Résumés

Le recyclage : un paradigme des études culturelles africaines
Philip Amangoua Atcha, Université Félix Houphouët-Boigny

Le recyclage est inscrit au cœur de toute entreprise culturelle. C’est pourquoi la culture contemporaine accorde une place de choix aux procédés recyclants. Notre culture recyclante permet à l’artiste de prendre son bien chez le voisin. L’une des particularités des études culturelles africaines est qu’elles sont basées sur le principe du recyclage, de la réappropriation. Ce chapitre fait la lumière sur les études culturelles et offre également une lecture médiatique de la culture à travers les transferts culturels.

Littérature-monde ou littérature-mode? Éloge du copiage chez Sami Tchak et Alain Mabanckou
Adama Coulibaly, Université Félix Houphouët-Boigny

Ce chapitre interroge le recyclage littéraire ou culturel sous le sceau d’une inscription de la mode, et peut-être de l’artifice, comme nouvelle catégorie esthétique. Loin d’une postulation d’une théorie des influences, l’hypothèse est que la dynamique littéraire dans laquelle Sami Tchak et Alain Mabanckou  s’inscrivent les autorise à copier, à recycler, voire à plagier des techniques, des pratiques, des configurations narratives et discursives butinées çà et là. Mon propos souhaite se dérober à toute emprise moralisante pour tenter de cerner une pratique d’écriture, une catégorie esthétique dans sa dynamique, dans sa prosodie, loin de la notion moderne ou moderniste de la propriété.

La beauté de leurs œuvres, entre autres justificatifs, se singularise dans une perspective diachronique qui instaure l’artifice et la mode comme traits fondamentaux de leur migrance littéraire… On se retrouve avec ce que Cornille (2008, 2011) appelle un plagiat esthétique. De la sorte, la littérature-monde à laquelle on les rattache décline bien plus une littérature-mode dont le mode majeur serait l’inscription de la reprise, de l’artifice, de l’éphémère et de la consommation comme fondements de la création contemporaine.

Dans une approche comparative, à partir de Verre cassé (2005) et African Psycho (2003) d’Alain Mabanckou, et de Hermina (2003) et Place des fêtes (2001) de Sami Tchak, je montrerai que l’hyper-réalisme présent dans ces romans, tout en problématisant une réception ambiguë dans le continent africain, s’inscrit dans une tendance contemporaine de motivation extrême de la forme où ce que certains appellent la littérature-monde ressemble plus à… une littérature-mode.

La critique africaine : de l’autorégulation à la systématisation
Kaoum Boulama, Université Abdou Moumouni de Niamey

L’art africain s’est frayé son propre système d’évaluation qui l’a fait évoluer depuis la nuit des temps. En effet, le conte, les légendes, les musiques populaires etc., se sont améliorés par l’effort permanent des artistes eux-mêmes qui ne cessèrent d’apporter une touche nouvelle à l’occasion de chaque prestation. Ainsi s’est instaurée une sorte d’autoévaluation qui est la première forme de critique de l’art africain de manière générale. La revue Présence Africaine créée en 1947 s’inscrit non seulement dans l’optique d’une évaluation de l’art africain, mais aussi de sa promotion. À partir du premier congrès international des écrivains et artistes noirs de Paris en 1956, on commença à promouvoir une évaluation plus objective et plus élargie qui allait au-delà de l’autorégulation. Les différents autres forums qui se sont succédé depuis Paris s’inscrivent tous dans la perspective d’installation d’une véritable critique africaine, plus autonome, qui se libère des critères occidentaux d’appréciation de l’art. C’est au colloque de Yaoundé tenu du 16 au 21 avril 1973 que les jalons d’une critique africaine systématique furent jetés, avec des canons d’évaluation qui prenaient en compte le contexte de création sur le continent noir. Aujourd’hui, l’art africain dispose d’une critique africaine professionnelle qui l’apprécie à partir de critères qui commencent à s’imposer dans le champ de la recherche scientifique.

Sociologie des petits récits. Essai sur « les écritures de la rue » en contexte africain
David K. N’Goran, Université Félix Houphouët-Boigny

Les modalités d’observation et d’appréhension de la « culture » n’ont jamais juré d’emblée avec les certitudes métaphoriques d’un long fleuve tranquille. Suivant l’incarnation de controverses interminables, une suite d’écoles, avec leurs conceptions afférentes, proposent des paradigmes consacrés dont on peut dire qu’ils constituent le socle traditionnel des études culturelles. Dans l’ensemble, et pour le dire rapidement, ces approches culturelles obéissent à une méthodologie accordant la part belle à la culture cultivée ou dominante comme postulat représentatif digne d’un nom absolu. Même quand elles recourent au régime du populaire supposé parachever la définition de la culture, particulièrement de la culture littéraire, celle-ci ne peut manquer de se référer à un item modal prescrit par la positivité du sommet. L’objet de ce chapitre est d’emprunter le chemin inverse, en distinguant, en études littéraires et/ou en études culturelles africaines, « grands » et « petits récits ». Il s’agira donc ici de postuler une sociologie des petits récits, autorisant que soient pris en compte les acteurs des lieux culturels dominés, ainsi que des objets au caractère littéraire subalterniste (« les écritures de la rue » par exemple), entre autres. Cet imaginaire des petits récits finit par modifier la cartographie des institutions traditionnelles au point de laisser émerger de nouvelles façons de définir les littératures africaines en ce XXIe siècle. Par le fait même, ceci incarne le préalable d’une des conditions de possibilité des études culturelles africaines renouvelées.

Littératures africaines et lecture comme médiation. Réflexions sur l’appréhension des cultures africaines à partir des violences collectives dans le roman francophone
Isaac Bazié, Université du Québec à Montréal

L’étude des cultures africaines passe souvent par l’exposition des pratiques et des objets culturels africains. Cette manière de procéder est tout à fait indiquée, à tout le moins dans une tradition épistémologique qui a longtemps minoré l’Afrique et ses productions. La réponse à ces perceptions péjoratives passe certes par la mise en évidence de la richesse des cultures et littératures africaines, mais elle passe aussi par une autre approche : celle qui permet de réfléchir sur les grilles de lectures des cultures africaines. La présente contribution pose les jalons théoriques d’une posture de lecture, en considérant la lecture comme un acte de médiation. Le roman africain francophone qui traite des drames collectifs sert de lieu d’expérimentation aux fins de la définition de cette médiation. La démarche qui en découle pourrait ultérieurement être appliquée aux objets culturels, au-delà de la littérature de violence.

Pour une taxinomie des genres littéraires bààtɔnù
Gniré Tatiana Dafia, LAREFA, Université d’Abomey-Calavi

Véhicule privilégié des cultures qui la créent et la pratiquent, la littérature orale représente, sans conteste, la mémoire partielle ainsi que le patrimoine du groupe qu’elle exprime. Chez les Bààtɔbù du nord du Bénin, comme chez tous les peuples de l’Afrique noire, la littérature orale se manifeste par l’intermédiaire des griots. Ce sont eux, « gens de la parole », qui créent l’histoire et qui transmettent la poésie et la musique, de génération en génération, à travers diverses paroles. Ainsi constituée de genres dont bon nombre sont restés jusque-là inexplorés, la littérature orale bààtɔnù se décline en littérature orale sacrée et en littérature orale profane. L’objectif fondamental de cette étude est de dresser une nomenclature de ces différents genres oraux pratiqués par les Bààtɔbù. Une telle démarche permettra à coup sûr de rendre plus perceptible et plus visible un des aspects de la riche littérature orale béninoise.

Le mariage polygamique dans les arts en Afrique : la polyandrie comme une parodie de la polygynie
Aïssata Soumana Kindo, Université Abdou Moumouni de Niamey

La présente contribution porte sur l’analyse du roman de la Camerounaise Calixthe Beyala, Seul le diable le savait, et du film du Burkinabè Abdoulaye Dao, Une femme pas comme les autres. Ces deux œuvres traitent du thème du mariage en général et d’une forme de polygamie en particulier : la polyandrie. En effet, Bertha Andela dite Dame Maman et Mina, les personnages principaux de ces œuvres, sont deux femmes singulières qui ont choisi de prendre des coépoux, des seconds maris donc, en dépit de tout ce que cela peut avoir de choquant et provoquant dans des sociétés africaines où la tradition est encore prégnante. Bien qu’issues d’environnements culturels différents (Afrique centrale/Afrique de l’Ouest) et de conditions sociales différentes (l’une est paysanne et l’autre PDG d’une société), Dame Maman et Mina ont décidé de ne plus subir en silence la loi des hommes, mais plutôt de s’affirmer en transgressant les codes usuels. Menée sous l’angle comparatiste, cette étude aborde, dans un premier temps, la place du thème de la polygamie dans le roman et le cinéma africains, dans un deuxième temps le fonctionnement des trios et enfin, dans un troisième temps, ce chapitre fait une lecture du choix de la polyandrie par l’autrice et le cinéaste.

Masques, alliances et parentés à plaisanterie au Burkina Faso :  le jeu verbal et non verbal
Alain Joseph Sissao, Institut des Sciences des Sociétés (INSS), Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST) du Burkina Faso

Dans la société burkinabè, les masques sont des expressions culturelles intrinsèques à chaque ethnie. Le moment de la sortie des masques engage toute la communauté, qu’il s’agisse du temps des récoltes ou d’autres événements comme les funérailles, les initiations ou les moments de réjouissances. À ces occasions, on remarque que l’entrée en scène des masques procède du rituel mais aussi du ludique. La sortie des masques est un art total qui engage toute la culture. Une catégorie précise de masques plaisante avec certains membres du public, en mimant des pas de danse mais aussi en simulant la violence à l’aide de leur fouet pour les effrayer. On peut dire que ces masques nouent une relation à plaisanterie avec les spectateurs et spectatrices ou toute la communauté. Je vais tenter de jeter les bases de cette problématique en recherchant les différents arguments qui permettent de corroborer cette hypothèse. Le chapitre explorera, d’une part, les éléments du jeu verbal et, d’autre part, les éléments du jeu non verbal du masque.

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