Avant-propos

Mamadou Badji

Il est un plaisir pour l’auteur de ces lignes de présenter à la communauté scientifique les Actes des premières Rencontres internationales Roger Decottignies de Dakar.

Axée sur le droit et l’histoire comparés de l’énergie solaire en France et au Sénégal, cette publication fait suite à l’étude coordonnée par David Bailleul en 2010. Il n’est toutefois pas dans le propos des contributeurs réunis ici de faire appel à un « droit de l’énergie solaire », matière encore en gestation, mais de jeter plutôt leur regard sur la régulation et les choix normatifs des États contemporains, ainsi que sur les conséquences de cette régulation et de ces choix en termes de développement des énergies renouvelables, et plus particulièrement de l’énergie solaire.

Cette recherche est non seulement bâtie autour d’un esprit de transferts réciproques de connaissances et de compétences, mais elle est portée par une ambition à forte résonnance environnementale, sociale et économique. Par ailleurs, le thème sur lequel les universitaires qui animent la coopération entre la Faculté des sciences juridiques et politiques de Dakar et la Faculté de droit de Chambéry ont choisi de « plancher » a été l’occasion de rendre justice à la collaboration franco-sénégalaise précoce en la matière, dans les années 1960, et dont les résultats sont ignorés aujourd’hui. Or, cette collaboration scientifique prend tout son sens quand on sait que, partout, l’heure est à la diversification des sources d’énergie et du renforcement de la place des « énergies vertes » dans les politiques publiques en matière énergétique.

Les Journées scientifiques de Dakar mettent donc à l’ordre du jour des préoccupations qui ont une résonance contemporaine. C’est que le caractère moteur de la politique économique du Sénégal s’y prête, un pays qui se fixe de grands choix stratégiques dans lesquels les enjeux énergétiques revêtent une importance capitale. Au demeurant, c’est le lieu de rendre un vibrant hommage à Jean-Pierre Girardier, dont le nom restera gravé à jamais dans la mémoire des participants à ce colloque. Grand témoin de la belle aventure des années 1960, il apporta sa pierre à la mise en place de projets innovants dans le domaine énergétique, aux côtés de Jacques Diouf et de nombreux dirigeants africains. Sa société d’économie mixte, la Sofretes (1973-1983), fut créée avec le précieux concours du Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) et de plusieurs grandes sociétés françaises. En saluant et en m’inclinant devant sa mémoire, je voudrais relever la créativité dont il avait fait montre dans un domaine où le Sénégal peut se flatter d’avoir compté sur sa contribution scientifique.

En mettant en présence des dizaines de chercheurs mobilisés autour d’une problématique et des auditoires assidus, attentifs et ardents, avec des communications et des discussions d’une telle qualité, les organisateurs ont placé ce colloque sous le signe à la fois d’une exigence de méthode scientifique rigoureuse et du souci d’une grande liberté de parole.

Le thème de ces premières Rencontres internationales pourrait apparaître par trop prospectif (en effet, très peu d’ouvrages spécialisés sur le droit des énergies renouvelables existent sur le marché de l’édition). Les lecteurs plongent ainsi dans un champ aux frontières d’analyses et de réflexions multiples. C’est que, pour les auteurs, en dépit d’équipements et de distribution  variable selon les régions, les pays du Nord comme ceux du Sud scrutent l’horizon en ayant les yeux rivés sur les enjeux et les objectifs planétaires de maîtrise du réchauffement climatique et de promotion des « énergies vertes ».

Cependant, l’objet des études rassemblées ici est de dépasser les dimensions scientifiques, technologiques et économiques des problèmes. Par une approche pluridisciplinaire, comparative, les auteurs s’attachent à faire ressortir d’autres problématiques, en en montrant les aspects sociétaux, politiques et juridiques souvent négligés. La science politique vient à cet égard en renfort des réflexions les plus actuelles et des concepts pointus permettent d’encadrer et de tirer toutes les leçons des expériences récentes et fructueuses. La pluralité des points de vue et l’esprit de dialogue garantissent donc le bien-fondé du diagnostic et des propositions.

C’est une publication exceptionnellement riche que les lecteurs ont entre les mains, avec des photos à l’appui, permettant de prendre la mesure de la résonance contemporaine des problèmes abordés, y compris dans leur dimension historique.

Ce bref propos est aussi l’occasion, pour finir, non seulement de saluer cette coopération universitaire dont on sait qu’elle est l’essence même de la fonction des institutions d’enseignement supérieur, mais aussi de rendre hommage à la discipline scientifique que s’imposent les collègues, à leur volonté de mettre à la disposition de la communauté académique les résultats de leurs débats, avec ce qu’ils comportent de critiques, d’interrogations pas encore complètement levées, mais, aussi, de propositions de réformes. En cela, les collègues jouent pleinement leur rôle, aptes à la contestation, mais ne s’y enfermant pas.

Les auteurs dont les articles figurent ici ne sont pas dupes des modes, ce qui leur permet de mieux argumenter sur les réformes nécessaires. On accuse parfois la réflexion universitaire d’être déconnectée des problèmes du terrain. Sans doute ne pourra-t-on pas faire un tel reproche à ce livre placé sous le signe de la recherche du concret et du réalisme.

Je ne saurais enfin tout à fait terminer sans faire mention de la convention qui lie l’Université de Savoie Mont Blanc et l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, dont les facultés de droit ont chacune été créées par le juriste Roger Decottignies, qui fut aussi le premier Président de l’Université Savoie Mont Blanc.

Que ces lignes nous permettent donc de nous tourner vers l’avenir et de souhaiter que chacun considère les Rencontres internationales Roger Decottignies comme l’un des « moments forts » d’échanges et de production scientifiques entre nos institutions universitaires, dans la rigueur des choix scientifiques et la recherche d’une haute exigence épistémologique. Il convient que de nouvelles rencontres ponctuent cette volonté de travail en commun, ce qui permettra d’élargir encore plus le champ de la réflexion à d’autres objets du savoir juridique et de la science politique.

 

Dessin réalisé pendant les journées des 4 et 5 mai 2016 par Banna Sadio, élève à l’école des Beaux-Arts de Dakar.
Mur extérieur de l’Institut français, Dakar, 2016.

Remerciements

La réalisation de cet ouvrage n’aurait pas été possible sans la collaboration de l’ensemble des personnels techniques et administratifs, des enseignants et des étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, dont l’investissement dans les débats et l’accueil ont nourri, dans tous les sens du terme, les Rencontres internationales Roger Decottignies de mai 2016. Les coordonnateurs de cet ouvrage tiennent à les en remercier très chaleureusement.

Leur gratitude va également aux personnels administratifs et aux collègues de l’Université Savoie Mont Blanc qui ont encouragé, soutenu concrètement ou simplement permis cette première aventure, dont, au premier chef, le doyen Jean-François Dreuille et les auteurs des textes ici rassemblés. Cette collaboration aura une suite, à la fois à Dakar et à Chambéry, tel est le vœu le plus cher des deux coordonnateurs.

L’ambassade de France à Dakar a participé à la prise en charge d’un transport et soutenu, par la présence du chef du Service de coopération et d’action culturelle et directeur de l’Institut français, l’inauguration de l’exposition photographique en lien avec les rencontres. Le Laboratoire Triangle UMR 5206 ENS Lyon a également pris en charge les trajets et les enquêtes préparatoires de Frédéric Caille, à deux reprises. Enfin, les universités Cheikh Anta Diop de Dakar et Savoie Mont Blanc, par l’intermédiaire des budgets de relations internationales et de ceux de leurs facultés de droit, ainsi que par la signature d’une convention de partenariat et par l’implication de leurs laboratoires, le LERPDES de Dakar et le CDPPOC de Chambéry, ont également été des acteurs fondamentaux de cette collaboration. Que tous en soient bien chaleureusement, et solairement, remerciés.

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Du soleil pour tous de Mamadou Badji est sous une licence Licence Creative Commons Attribution 4.0 International, sauf indication contraire.

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