Module 2 : Pour quoi et pour qui faire de la recherche?

10 Les impacts et effets de la recherche scientifique sur la société (intro aux STS) (attribué)

Mélissa Lieutenant-Gosselin

Présentation du thème et de l’autrice du chapitre

L’objet de ce chapitre est d’offrir une brève présentation des STS, le programme multidisciplinaire de recherche et d’enseignement en sciences sociales « Sciences, technologies et société ». Au travers de cette présentation, une attention particulière sera accordée aux effets et impacts des sciences et des technologies sur nos sociétés, mais aussi aux impacts et effets des sociétés sur les sciences et technologies.

Mélissa Lieutenant-Gosselin est doctorante en communication publique à l’Université Laval et membre de l’Association science et bien commun. Elle s’intéresse aux relations sciences-sociétés, plus particulièrement aux questions relatives à la démocratisation des sciences. Elle a également un passé de biologiste.

De manière générale les STS désignent un tournant de la recherche et de la réflexion sur les sciences et les technologies qui a pris le parti de les étudier dans leurs contextes sociaux et historiques, comme tout autre objet d’étude sociale. Les contours précis des STS sont beaucoup plus difficiles à déterminer. Je présenterai ici quelques courants qui me semblent importants soit dans l’histoire des STS, soit par les éclairages qu’ils apportent.

Avant de le faire, il me semble pertinent de présenter brièvement l’approche institutionnelle de l’étude des sciences. Les STS sont en effet apparues après l’approche institutionnelle et se sont construites en partie en opposition à celle-ci.

L’approche institutionnelle

L’approche institutionnelle s’intéresse aux normes et structures régulatrices des sciences et des scientifiques. En ressort souvent une vision idéalisée des sciences. Un de ses plus importants contributeurs, Robert K. Merton (1973) suggère par exemple un ensemble de normes morales qui permettraient le fonctionnement de la science en tant qu’institution sociale. Soit :

  1. L’universalisme, c’est-à-dire l’indépendance entre les savoirs produits et les caractéristiques individuelles et culturelles de leurs producteurs et productrices;
  2. Le « communisme», au sens où les résultats et les découvertes appartiennent à toute la communauté scientifique;
  3. Le désintéressement, l’objectif premier étant de faire progresser le savoir, le succès individuel n’est pas directement recherché;
  4. Le scepticisme organisé, soit la valorisation de l’esprit critique, même quant à ses propres hypothèses et résultats.

Précisons que Merton présentait ces normes comme un idéal auquel aspireraient les scientifiques et non comme une description de leurs activités réelles[1]. Il n’empêche que les normes relevées par Merton sont problématiques même en tant qu’idéaux, les études subséquentes des pratiques de science le montreront : l’idée d’universalisme, notamment, ne reconnait pas le caractère situé des savoirs. Cela favorise l’injustice cognitive en réduisant les savoirs non culturellement dominants à n’être qu’objets de curiosité[2].

L’étude de la construction des faits scientifiques

Dans les années 1960, les critiques des sciences se font entendre, notamment les critiques postcoloniales, féministes ou environnementalistes. La plupart des critiques s’entendent sur l’importance de reconnaître « que la science est une institution sociale liée de mille façons aux pouvoirs, et une institution autoritaire et élitiste » (Pestre 2013, 194).

C’est dans ce climat que naissent les STS. Les STS ne se contentent plus d’étudier les normes des sciences et de leurs acteurs et actrices, mais veulent se pencher sur les pratiques. Plus encore, les STS pensent la production des savoirs scientifiques comme un exercice de construction sociale. C’est la « science en train de se faire » qui intéresse.

La sociologie de la connaissance scientifique

Appelée en anglais, les Social Studies of Knowledge ou SSK, la sociologie de la connaissance scientifique est une approche des STS qui étudie ce qui mène à accepter un « fait scientifique » comme réel. Pour se faire, cette approche s’impose un critère méthodologique et épistémologique : l’acceptation d’un fait ne peut pas être expliqué par sa simple correspondance avec la réalité (Wikipédia 2018c).

Ainsi, selon un principe de symétrie, acceptation et rejet doivent être expliqués par les circonstances sociales et historiques. David Bloor, une des figures de proue de la sociologie de la connaissance scientifique, qualifie cette position de « programme fort ».

Cette posture choque beaucoup. Plusieurs y voient un relativisme dangereux. Pourtant, la sociologie de la connaissance scientifique ne nie pas l’existence d’une réalité qui contraint ce qui est possible, de même, elle ne soutient pas la détermination des faits scientifiques par le social. En fait, la thèse de cette approche peut se résumer ainsi (dans les mots de Shapin 1982, 196) : « les savoirs produits par les personnes s’insèrent dans un système de connaissances culturellement hérité, dans des objectifs collectivement ancrés et dans les informations provenant de la réalité naturelle » (ma traduction).

En d’autres mots, les observations et les données sont pensées comme valables, mais pouvant être interprétées de multiples manières. Ces interprétations s’appuient elles-mêmes sur des présupposés culturels et collectifs.

Les études en sociologie de la connaissance scientifique ont fait ressortir l’importance des intérêts professionnels dans les positions adoptées par les scientifiques. Ainsi, les scientifiques tendent à protéger leurs investissements (temps, crédibilité, etc.) dans une théorie ou une méthode et n’adopteront pas facilement une nouvelle idée ou manière de faire, même si elle semble mieux expliquer/aborder le réel.

L’étude des controverses

Ce courant propose d’étudier les controverses scientifiques contemporaines de manière détaillée pour voir comment se construisent les accords scientifiques.

Ces études ont mis en lumière l’emploi, par les scientifiques, de critères sociaux pour régler les controverses : la réputation du chercheur ou de la chercheuse et de son établissement, la nationalité, le statut dans la communauté scientifique, les opinions informelles que s’en font ses collègues.

D’autre part, les travaux de Collins et Pinch proposent que définir ce qui est un fait et définir ce qui compte comme preuve revient à la même activité (Collins et Pinch, 1993). En d’autres mots, il n’y a pas de preuves sans théorie ou de théories sans preuves. De plus, la réussite des expérimentations est souvent grandement dépendante de savoir-faire et autres connaissances tacites, ce qui rend l’idée de mise à l’épreuve par la réplication beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît de premier abord.

Les études des controverses peuvent laisser croire, à tort, que lesdites controverses doivent se résoudre. Dans les faits, plusieurs positions coexistent bien souvent. Elles négligent également les acteurs externes : que ce soit les militants écologistes, les représentantes d’associations de patients, les amateurs ou encore les journalistes scientifiques (Bucchi 2004).

L’ethnométodologie des laboratoires

L’ethnométhodologie des laboratoires mise de l’avant par Bruno Latour et Steve Woolgar, propose une étude microsociale et ethnographique des pratiques en cours dans les laboratoires. En opposition à la sociologie de la connaissance scientifique et aux études des controverses, elles refusent de penser les faits scientifiques comme résultant des jeux de pouvoir et des facteurs sociaux. Elles ne portent par ailleurs pas leur attention sur la production des connaissances comme telle, mais sur le travail concret des scientifiques : « une description anthropologique au ras du sol […] centrée sur les actes, la gestion des choses et l’occupation de l’espace […] dans un mode sans événement ni diachronie, ne proposant ni un récit ni une « explication » sociale des sciences » (Pestre 2006, 44).

Ce type d’études met en exergue l’importance, dans le travail scientifique, des « négociations », qui peuvent en concerner tous les aspects. Contrairement aux études des controverses, l’approche ethnométhodologique révèle que ces négociations impliquent plusieurs autres acteurs que les scientifiques, tels que les organismes de financement, les fournisseurs de matériel et d’instrumentation, les décideurs et décideuses politiques, etc. Le point de vue de ces recherches demeure tout de même principalement « intramural » : les liens avec le contexte social plus large, avec la « société », ne sont pas très explorés et pas évidents (Bucchi 2004).

La sociologie de la traduction (théorie de l’acteur-réseau)

Souhaitant accroître la capacité explicative de l’étude détaillée de la production des faits scientifiques et sortir des laboratoires « pour aller suivre les savants dans le grand monde », Bruno Latour, Michel Callon et Madeleine Akrich proposent la sociologie de la traduction, ou théorie de l’acteur-réseau (Prud’homme, Doray et Bouchard, 2015; Wikipédia, 2018d).

Grossièrement, la sociologie de la traduction propose d’inclure à nos études les acteurs non humains – appelés « actants » (les objets, les structures organisationnelles, etc.) reconnaissant ainsi leur existence et leur importance (et celles du réel). Ceux-ci se lient aux acteurs humains dans des réseaux hétérogènes, des « collectifs », attribuant un sens à une connaissance, un objet, etc. et cherchant à imposer cette compréhension. Ces sens seront « traduits » par de nouveaux collectifs lorsque ceux-ci s’approprieront la connaissance, l’objet, la technique… en question. Objets et sujets, acteurs et actants sont intimement reliés et s’inter-définissent.

Pour Latour, Callon et Akrich le social ne détermine pas la science, la science et le social s’interpénètrent l’un l’autre au gré des réappropriations qui nécessairement les transforment. Cette approche recadre radicalement l’étude du social et met l’importance sur les changements, la fluidité, la réappropriation par les acteurs.

Kouokam Magne (2016) a utilisé la sociologie de la traduction pour étudier la réappropriation et les sens locaux accordés au paludisme et au choléra au Cameroun. Elle montre comment la non-connaissance et non-reconnaissance des savoirs et traductions locaux nuisent à l’efficacité des campagnes de prévention.

STS et effets des sciences sur les sociétés

Les études sociales des sciences nous amènent à changer notre compréhension de la science : il n’y a pas une science, il y a des sciences, ou plutôt des pratiques de science, en outre, ce qui fait science et bonne science est socialement négocié. Plus encore, les faits scientifiques résultent eux-mêmes d’exercices de construction négociée influencés par les acteurs humains; leurs réalités sociohistoriques; leurs intérêts personnels et collectifs; les outils matériels, institutionnels, cognitifs auxquels ils font appel; les objectifs qu’ils poursuivent.

En outre, le social ne fait pas qu’impacter les sciences : il les rend possible. Les sciences sont en effet des activités collectives qui dépendent de l’existence d’institutions sociales.

Cela signifie également que les études sociales des sciences démontent l’image de la science et des scientifiques qui découvrent la réalité grâce à une méthode scientifique permettant d’appréhender objectivement la réalité. Cette image de la science est pourtant largement dominante.

Le maintien de cette vision dominante des sciences, malgré les études STS, m’apparaît favoriser un certain conservatisme institutionnel et réduire l’apport des lumières extérieures à la communauté scientifique, notamment celui des groupes marginalisés, qui pourraient avoir des idées et des approches originales et fécondes.

Aux plans social et économique, cette vision non problématisée des sciences favorise les favorisés : elle concentre, par exemple, les ressources entre quelques mains au détriment de la productivité scientifique et épuise la relève. De même, il existe un immense débalancement entre les pays riches et les pays pauvres, non seulement au niveau des ressources (économiques, institutionnelles, humaines, etc.), mais aussi quant à leur reconnaissance et leur considération[3].

D’autre part, une conception de la science comme découvreuse d’une réalité objective peut être utilisée pour clore les débats et, ainsi, tuer le politique. Certains tentent, par exemple, de ridiculiser des oppositions éthiques en invoquant des arguments scientifiques présentées comme objectifs, politiquement neutres. Ainsi, les débats autour de l’usage de contraceptifs ou des OGM, par exemple, sont présentés comme de malheureux exemples de politisation des sciences, alors que ce sont plutôt des valeurs et des manières de voir le monde qui s’y affrontent en s’appuyant, ou non, sur des savoirs scientifiques.

Enfin, et c’est particulièrement important pour votre réflexion, valoriser une science en dehors du social, c’est aussi refuser l’action politique des intellectuels. Les « savants » deviennent alors « scientifiques », techniciens des sciences qui produisent des savoirs sans réflexion sur leur société et sur le rôle qu’ils et elles y jouent (Salomon 2006; Piron et Varin 2014). C’est également se refuser, collectivement, la possibilité de débattre des choix politiques présents à toutes les étapes de la production des savoirs scientifiques : choix des priorités, des questions, des approches disciplinaires, méthodologiques et théoriques; interprétation des résultats; formes de diffusion; applications; modes et critères de financement, etc.

Bibliographie commentée

Les guides d’introduction aux STS sont, je le déplore, très rarement accessibles en libre accès. Heureusement, les informations disponibles sur Wikipédia sont relativement riches et de bonne qualité. Je vous invite donc à utiliser les pages Wikipédia suivantes comme points de départ de l’exploration théorique des STS et de certains de ces auteurs et autrices d’importance.

Wikipédia. (2018a). Sciences, technologies et société. https://fr.wikipedia.org/wiki/Sciences,_technologies_et_société. La page Wikipédia des STS est pleine de renseignements pertinents et de liens vers d’autres pages ou d’autres documents intéressants. Elle offre en somme un bon point de départ.

Wikipedia. (2018b). Science and technology studies. https://en.wikipedia.org/wiki/Science_and_technology_studies. Les STS du côté anglophone, introduction de concepts et de mouvements. Liste de chercheurs et chercheuses importantes.

Wikipédia (2018c). Sociologie de la connaissance scientifique. https://fr.wikipedia.org/wiki/Sociologie_de_la_connaissance_scientifique. Plus mince, la page de la sociologie de la connaissance scientifique présente quand même ses fondateurs et quelques liens intéressants. En particulier, une bibliographie commentée (en anglais) proposée par Martin Kusch : https://www.hps.cam.ac.uk/students/research-guide/sociology-scientfic-knowledge

Wikipédia (2018d). Théorie de l’acteur-réseau. https://fr.wikipedia.org/wiki/Théorie_de_l’acteur-réseau

Wikipédia (2018e). Jean-Jacques Salomon. https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Jacques_Salomon
La page Wikipédia sur Jean-Jacques Salomon réfère à plusieurs de ses textes et conférences accessibles en libre accès. Par exemple :

  • Salomon, Jean-Jacques. 2007. « L’irresponsabilité sociale des scientifiques » [archive]. Conférence donnée devant les élèves de Première supérieure (Préparation à l’École normale supérieure, à l’École polytechnique et à HÉC) et leurs professeurs au Lycée Louis-le-Grand, Paris, 15 mars. En ligne : http://www.cosmopolisonline.it/articolo.php?numero=II12007&id=3 (Résume certaines des grandes lignes de son ouvrage séminal de 2006. Les scientifiques. Entre savoir et pouvoir [Paris: Albin Michel])
  • Salomon, Jean-Jacques. 1986. « Science, technologie et développement. Le problème des priorités », Revue Tiers Monde no 105, pp. 213-222. En ligne : http://www.persee.fr/doc/tiers_0040-7356_1986_num_27_105_4451 (Une critique de l’approche unique/universelle en développement.)

On retrouve quand même quelques ressources introductives en libre accès. Je vous propose de consulter un dictionnaire des STS publié par un centre de recherche québécois et le numéro spécial d’une revue du champ des STS.

Dictionnaire des termes relatifs aux STS publié en libre accès par un centre de recherche québécois (le CIRST). Permet une introduction rapide à plusieurs concepts et quelques courants d’études.

Prud’homme, Julien, Pierre Doray et Frédéric Bouchard (dir.). 2015. Sciences, technologies et sociétés de A à Z. Collectif sous la direction de Prud’homme, Doray et Bouchard, Collection « Libre Accès », 264 p. Téléchargement gratuit au : https://pum.umontreal.ca/catalogue/sciences-technologies-et-societes-de-a-a-z

 

  1. La revue Revue d’Anthropologie des Connaissances, qui « se propose d’explorer le champ de réflexion formé de nombreux travaux à la fois théoriques et pratiques qui visent à montrer comment les connaissances se forment et se diffusent », propose un numéro 10e anniversaire (2017) qui fait le point sur différents aspects des STS. En ligne au : http://www.socanco.org/anniversaire

Voir aussi, notamment, les numéros suivants :

 

Les travaux séminaux en STS libre d’accès sur le net sont encore plus difficiles à trouver. Je n’ai réussi qu’à trouver cet ouvrage important, en anglais cependant, mis en disponibilité par un de ses auteurs sur ResearchGate.

 

  1. Collins, Harry and Trevor Pinch. 1998 [1993]. The Golem: What You Should Know about Science (2nd ed.). Cambridge, UK; New York, NY: Cambridge University Press. En ligne: https://www.researchgate.net/publication/238342346_The_Golem_What_You_Should_Know_about_Science

 

Sans être (encore) intégrés aux canons des STS, restés largement occidentaux, les trois textes suivants mériteraient d’y figurer. Ils proposent des critiques contextualisées de la science dominante et de ses effets, mais aussi des propositions d’autres manières de faire et penser les sciences.

 

  1. Collectif. 2018. Swaraj des savoirs : un manifeste indien pour la science et la technologie, Éditions sciences et bien commun. En ligne (en traduction français annotée, et chapitres supplémentaires réactifs en cours d’écriture) : https://scienceetbiencommun.pressbooks.pub/swaraj/

Version originale anglaise : http://kicsforum.net/kics/kicsmatters/Knowledge-swaraj-an-Indian-S&T-manifesto.pdf

 

  1. Visvanathan, Shiv. 2016. « La quête de justice cognitive » (Traduction de The Search for Cognitive Justice, 2009). In Justice cognitive, libre accès et savoirs locaux. Pour une science ouverte juste, au service du développement local durable, sous la direction de Florence Piron, Samuel Regulus et Marie Sophie Dibounje Madiba. Québec, Éditions science et bien commun. En ligne à https://scienceetbiencommun.pressbooks.pub/justicecognitive1

Version originale anglaise accessible en ligne :

http://www.india-seminar.com/2009/597/597_shiv_visvanathan.htm.

 

  1. De Sousa Santos

Meilleure référence à trouver.

 

Voici les autres références citées et disponibles en libre accès.

 

Un exemple d’usage de la théorie de la traduction par une chercheuse camerounaise :

Kouokam Magne, Estelle. 2016. « Expériences de recherche en anthropologie de la santé au Cameroun et aux frontières tchado-camerounaises : lutte contre le paludisme et le choléra ». In Justice cognitive, libre accès et savoirs locaux. Pour une science ouverte juste, au service du développement local durable, sous la direction de Florence Piron, Samuel Regulus et Marie Sophie Dibounje Madiba. Québec, Éditions science et bien commun. En ligne à https://scienceetbiencommun.pressbooks.pub/justicecognitive1

Texte qui exemplifie et critique le modèle dominant en science autour d’un exemple de cas : l’affaire Séralini.

Piron, Florence et Thibaut Varin. 2014. « L’affaire Séralini et la confiance dans l’ordre normatif dominant de la science », Implications philosophiques. En ligne : https://corpus.ulaval.ca/jspui/bitstream/20.500.11794/663/1/Piron-Varin.pdf

Texte introductif d’un auteur important en STS

Shapin, Steven. 1982. « History of science and its sociological reconstructions », History of Science 20 : 157-211. En ligne : https://dash.harvard.edu/bitstream/handle/1/3353814/Shapin_History.pdf?sequence=1

 

J’ajoute enfin à cette liste quatre ouvrages que je n’ai pu trouver en libre accès, mais qui sont d’excellents ouvrages introductifs soit aux STS, soit à la réflexion critique sur les sciences. Des conférences ou résumés (vidéo ou écrites) liés aux ouvrages ou à ces auteurs et autrice disponibles en ligne sont proposés à la suite des références.

 

Bucchi, Massiamiano. 2004. Science in Society. An introduction to social studies of science, Routledge, 162 p.

Cet ouvrage m’a particulièrement plu parce que l’auteur accorde beaucoup d’importance à la communication des sciences (souvent peu incorporée aux STS) et à la place des publics des sciences.

Ce texte est une traduction révisée et augmentée de Scienza e Società. Introduzione alla sociologia della scienza. Bologna : Il Mulino, 2002.

 

Pestre, Dominique. 2006. Introduction aux Science Studies. La Découverte, coll. « Repères », 122 p. Compte rendu en ligne : https://journals.openedition.org/lectures/324

 

Salomon, Jean-Jacques. 2006. Les Scientifiques. Entre savoir et pouvoir. Éditions Albin Michel, 435 p. Texte de conférence disponible en ligne, qui reprend certaines des idées de l’ouvrage : http://www.cosmopolisonline.it/articolo.php?numero=II12007&id=3

 

Stengers, Isabelle. 1997. Sciences et pouvoirs. La démocratie face à la technoscience, La Découverte. Ouvrage qui dénonce clairement les problèmes de l’autorité scientifique.

Extrait en ligne : https://revueprojections.wordpress.com/2015/07/29/lautorite-scientifique-comme-imposture-isabelle-stengers/

Autre extrait : https://ebook.chapitre.com/ebooks/sciences-et-pouvoirs-la-democratie-face-a-la-technoscience-9782707172570_9782707172570_3.html

Conférence de Stengers faisant suite à la publication d’un autre ouvrage « Une autre science est possible », 15 mai 2018 : https://www.canal-u.tv/video/iea/conference_187_ieaolu_d_isabelle_stengers_une_autre_science_est_possible.42335

 

Références complémentaires pour aller plus loin

Quelques ressources intéressantes à explorer :

The Sociology of Science. N.d. Mis en ligne par SisyphusRedeemed. Cours en anglais en trois parties sur YouTube :

Partie 1 (Merton, notamment) : https://youtu.be/sXSyXCiIcc8

Partie 2 (Bloor, le programme fort) : https://youtu.be/C10Q0mEbhUI

Partie 3 (Shapin et Schaffer) : https://youtu.be/QfYl8XIc_8E

 

Le Portail Science et Société est une ressource à explorer. En plus de résumés liés à plusieurs thèmes des STS, on y retrouve des liens vers des versions numériques de textes plus rares, des annonces diverses (actualités sciences et sociétés, projets, colloques, etc.). En ligne : http://science-societe.fr/

Quelques de ressources de ce site :

 

L’Association sciences citoyennes, propose une critique française militante des sciences et de leurs institutions. https://sciencescitoyennes.org/

Ses colloques sur la Recherche responsable. Janvier 2018. Peuvent êtres consulter sur la Wikiuniversité au :

https://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche:Recherche_Responsable#Justice_et_injustice_cognitive

 

Je vous propose enfin quelques exemples de travaux récents en STS disponibles en libre accès.

Akrich, Madeleine et Marc Berg. 2004. « Introduction – Bodies on Trial: Performances and Politics in Medicine and Biology », Body Society, 12, pp.1-12. https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00122124

Blanchard, Antoine. 2010. Ce que le blog apporte à la recherche. Marin Dacos. Read/Write Book, OpenEdition Press, Read/Write Book, 9782953641905. http://books.openedition.org/oep/172?lang=fr

Blanchard, Antoine. 2016. Comment montrer la science en train de se faire ? Du Palais de la découverte à la sociologie des sciences. Alliage : Culture – Science – Technique, Alliage, pp.50-59. https://halshs.archives-ouvertes.fr/hal-01326641

Calvez, Marcel. 2010. « Expertise interactionnelle, expérience locale et connaissance tacite: Le cas des signalements de clusters de cancers », In Aux frontières de l’expertise. Dialogues entre savoirs et pouvoirs, Presses universitaires de Rennes, pp.115-129, Res publica. https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00524084

Gardey, Delphine. 2005. « Procréation, corps, sciences et techniques au XXe siècle », In Femmes, genre et sociétés : l’état des savoirs, La Découverte. https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00003864

Grossetti, Michel. 2006. « Les limites de la symétrie », SociologieS. https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01396879

Tournay, Virginie. 2010. « Institutionnaliser les technologies du vivant : Présentation », In Sociologie et Sociétés, Presses de L’Universite (University of Montreal), 42 (2), pp.5 – 13. https://halshs.archives-ouvertes.fr/hal-01559994

Perrin, Jacques-Aristide. 2016. « Pour un “ engagement ” dans la recherche: sortir du subtil jeu de la dissimulation de sa démarche dormante au nom d’un dévoilement heuristique », Communication le 5 février 2016 lors de la formation scientifique thématique ED 526 Sociétés et Organisations: ‘Des sciences sociales engagées’?, Février 2016, Limoges, France. https://halshs.archives-ouvertes.fr/hal-01271906

Exercice – Un cadre conceptuel radicalement honnête

Je vous invite ici à incarner certaines des notions avancées par les études en STS.

Dans la préparation d’un doctorat ou d’une maîtrise, la plupart des programmes nous invitent à présenter un cadre conceptuel, des hypothèses ou des objectifs. Selon la rhétorique scientifique traditionnelle, ce sont ces éléments qui guident l’idéation de notre travail. J’ose ici dire qu’il s’agit là, au mieux d’une image tronquée, au pire d’un voile qui masque tout ce qui a de contextuel dans le travail scientifique.

Je vous invite à produire un court texte qui expose les raisons contextuelles qui vous ont amené à proposer tel sujet (ou à vous y intéresser, si vous n’en n’êtes pas encore à l’étape de préciser votre projet d’étude).

Pensez, par exemple, à vos propres intérêts (passions, passe-temps), à votre histoire et réalité personnelle (homme, femme, du Sud, riche ou pauvre, etc.), aux contraintes de temps, d’argent et d’espace, aux intérêts de vos professeurs et professeures et autres personnes signifiantes, aux contraintes institutionnelles, à ce que vous impose votre programme, etc.

Je vous invite à faire cet exercice, non seulement pour donner forme aux notions abordées dans cette fiche, mais aussi pour vous amener à prendre conscience de ces influences dans votre travail scientifique. Notez aussi que vous pouvez consciemment décider de vous défaire de ces influences ou encore d’en adopter d’autres (comme une pensée féministe ou décoloniale, un engagement pour la justice sociale ou cognitive, ou même, le choix de prioriser vos propres passions!).

En outre, si vous faites ce travail avec sérieux, il s’agira d’un intéressant récit autoethnographique que vous pourrez peut-être mettre à profit autrement.

Exemple

Il est impossible de fournir un corrigé à cet exercice. Je vais plutôt exposer ici quelques raisons « officielles » et « officieuses » des choix de mon projet de maîtrise : « Relation hétérozygotie-fitness chez l’épinoche à trois épines. Des effets locaux substantiels non reflétés au niveau de l’effet global ».

Officiellement, j’ai indiqué implicitement ou explicitement dans mon mémoire (Lieutenant-Gosselin, 2005[4]) : que je travaillais sur les épinoches à trois épines (un petit poisson) parce que ceux-ci sont bien connus biologiquement (études du comportement et de la génétique, notamment), que j’utilisais les marqueurs microsatellites[5] parce qu’ils étaient utilisables (méthode publiée par d’autres), mais aussi aptes à refléter la diversité génétique globale et à être associés à des traits locaux (important pour mon projet).

Tout cela est vrai, mais il y a tant de plus à dire! J’en donne quelques exemples ci-dessous :

D’abord, je devais travailler sur les saumons (un gros poisson d’importance économique dans mon coin de pays). Or, cette année-là, on n’a pas été capable d’en pêcher assez : tout bêtement! Il s’adonnait (pur hasard) que, dans mon laboratoire, de vieux spécimens d’épinoches étaient disponibles – en fait, proches d’être jetés. En plus, plusieurs données avaient été accumulées sur ces poissons : cela me permettait de faire un projet beaucoup plus imposant que je n’aurais été capable autrement.

Ensuite, j’ai utilisé les microsatellites aussi, sinon surtout, parce que mon laboratoire avait une grande expertise dans le domaine et parce qu’un vieil appareil permettant d’analyser les microsatellites était libre. La plupart de mes collègues souhaitaient, en effet, utiliser le tout nouveau séquenceur que mon directeur venait d’acheter. L’attente pour utiliser cet appareil était longue, contrairement à la machine démodée que j’ai utilisée.

Le texte ne dit pas non plus que je devais aussi étudier un autre type de marqueurs génétiques, nommément les gènes du MHC, mais que j’ai tout simplement été incapable de le faire pour des raisons techniques.

Le contexte plus large est encore moins présent dans ce texte. J’étudiais dans une université de Québec, parce que je voulais aller ailleurs qu’à Montréal (après y avoir fait mes études de baccalauréat) et que mon conjoint voulait quitter Sherbrooke (pour les mêmes raisons). Je m’intéressais aux poissons seulement parce que mon directeur de maîtrise s’y intéressait, j’aurais préféré travailler sur d’autres animaux, des insectes, qui rendent plus faciles les études génétiques; ou des mammifères, qui permettent de belles journées de travail sur le terrain!

Tant d’autres choses pourraient encore être dites : du feu qui détruisit la maison de mes parents, rendant l’écriture de mon mémoire particulièrement difficile ou de ma timidité et de mon caractère entêté qui m’ont retenue de me joindre à des travaux déjà en cours dans le labo, par exemple.

Et vous?


  1. Robert K. Merton. 1942. The normative Structure of Science. Disponible en ligne au : https://www.panarchy.org/merton/science.html
  2. Cette notion est traitée ailleurs dans le guide.
  3. Aspect traité en détails ailleurs dans le guide.
  4. https://corpus.ulaval.ca/jspui/bitstream/20.500.11794/18738/1/23280.pdf 
  5. Bouts de génomes dans lesquels des groupes de nucléotides se répètent plus ou moins souvent d’un individu à l’autre. Par exempe, répétition du doublet Adénine-Cytosine de 3 à 10 fois.

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