3 Des noms, des vies, Gaza. Le sens des mots dans leurs points d’énonciation

Marie-Anne Paveau

Introduction

Le 7 octobre 2023 a ouvert des abîmes sur tous les plans. Sur celui de la langue et des discours, c’est un gouffre d’événements discursifs qui s’enchevêtrent et ne cessent de proliférer dans les espaces publics et privés du monde entier. Pourtant, à l’heure où j’écris cet article, en décembre 2025, les sciences du langage et du discours ne semblent pas s’en être saisies, en France en tout cas, alors que la matière, abondante et grave, disponible et accessible, fait l’objet de nombreux commentaires dans d’autres disciplines scientifiques, dans la presse, sur les réseaux sociaux, dans le discours social en général.

Je me penche dans ce travail sur la manière dont les noms et expressions désignant les protagonistes et les realia de la guerre génocidaire qui se déroule actuellement en Palestine sont à la fois employés et commentés par différents locuteur·trices francophones et anglophones. Ce sont donc les deux plans de l’usage et du commentaire métalinguistique qui m’intéressent, afin de montrer comment se manifestent concrètement, dans la production langagière, les points d’énonciation et d’existence des sujets.

Je mobilise des matériaux hétérogènes afin de montrer qu’il existe une homogénéité dans les points de vue des différents locuteurs, quand ils produisent des discours sur la question de Palestine : discours encyclopédique, discours de presse, discours diplomatique, discours didactique, discours de recherche. L’analyse ne vise pas l’exhaustivité lexicale ni la systématicité quantitative, mais se veut une lecture qualitative située, attentive aux effets de sens, aux conditions d’énonciation et aux rapports de pouvoir qui traversent les usages langagiers. Les différents items issus de ces discours sont traités comme des exemples, et examinés sous un angle qualitatif comme autant d’énoncés singuliers produisant des effets de sens communs.

Guerre des mots, concurrence des récits

Sur la question de Palestine[1], devenue depuis octobre 2023 celle de la guerre israélienne contre Gaza ou du génocide palestinien, ou de ce que les grands médias et certain·es chercheur·es continuent d’appeler le « conflit israélo-palestinien », la « guerre des mots », selon une expression consacrée, fait rage, tant dans la réalité des circulations discursives que dans leurs analyses médiatiques ou scientifiques.

Des mots situés

On s’en persuadera en consultant le très long article de Wikipédia en français intitulé « Guerre des mots dans le conflit israélo-palestinien », qui compte un peu plus de 20.000 mots (135.000 signes environ), 219 notes et de très nombreuses références bibliographiques. Parmi elles, plusieurs titres contiennent les expressions guerre des mots, war of words, guerre israélienne de l’information, guerre israélo-arabe des récits, et d’autres formulations analogues. Sur la question de Palestine, on peut dire que cette guerre fait rage depuis toujours, depuis la création d’Israël, et même, rappelle la politiste Amélie Férey dans un article sur la hasbara (« explication » en hébreu), depuis la naissance du sionisme : « Theodor Herzl détaille cette approche [en termes de récit et d’information] lors du premier Congrès sioniste de 1897 : “Depuis des temps immémoriaux, le monde a été mal informé à notre propos. […] Nous Sionistes désirons non une ligue internationale, mais une discussion internationale[2].” » (Férey 2021, 285) Depuis la naissance de l’État d’Israël en 1947, s’est en effet développé un corpus lexical polémique désormais bien connu : les points de vue sur les réalités s’opposant, les points d’énonciation produisent des dénominations et des formulations différentes, qui sont perçues ou construites comme des oppositions.

Image 1. Mur d’apartheid ou barrière de sécurité?

Du côté des noms communs et groupes nominaux, on peut mentionner les paires lexicales suivantes (dans l’ordre point de vue palestinien et soutien / point de vue israélien et soutien) : palestinien (d’Israël) / arabe (israélien), combattant ou activiste ou résistant / terroriste; otage / prisonnier; mur de séparation ou mur d’apartheid / barrière de sécurité ou anti-terroriste; territoires occupés / territoires disputés; colonie / implantation, Nakba / indépendance. Du côté des noms propres, cette concurrence concerne essentiellement des toponymes comme Cisjordanie / Judée-Samarie; Israël-Palestine / Israël; Mur des lamentations / Mur occidental; Esplanade des Mosquées / Mont du Temple, et un ensemble de noms arabes de villes d’Israël hors Cisjordanie faisant l’objet d’une « bataille des langues », continûment hébraïsés depuis 1948 (par exemple Isdud, Majdal et Akka deviennent respectivement Ashdod, Ashkelon et Akko en 1948)[3].

La journaliste Rania Massoud rapporte dans un article de 2010 les propos intéressants d’Éric Rouleau, ancien diplomate et à l’époque journaliste au Monde, sur la période qui suit la création d’Israël :

« Cette guerre terminologique existe depuis la création de l’État d’Israël, a-t-il affirmé lors de la conférence organisée par l’Institute of Palestinian Studies. À cette époque, les journalistes français ne pouvaient pas utiliser des termes non conformes au langage sioniste. Ainsi, il fallait automatiquement remplacer le mot “Palestinien” par “terroriste”. » « Tout au long des années 50 et 60, le seul fait d’écrire le mot “Palestinien” dans les colonnes du journal pouvait provoquer un véritable tsunami de la part des Israéliens », expliquait encore M. Rouleau avant de préciser que Le Monde a été à plusieurs reprises accusé d’antisémitisme et d’incitation à la haine contre Israël (Massoud 2010, en ligne).

Si la situation a changé dans la presse concernant le mot Palestinien·ne, qui n’est plus évité, la « guerre des mots » a déplacé ses objets et continue de livrer ses batailles dans les discours sociaux, politiques et scientifiques.

Des lectures situées

Les conflits langagiers ne concernent pas seulement les mots, mais touchent les unités plus larges que sont les récits des événements, qu’il s’agisse de textes historiques, de descriptions médiatiques ou de constructions de mémoires. Cette guerre-là est sans doute plus souterraine et moins publique que la précédente, ce que montre bien la séquence actuelle en France depuis le 7 octobre 2023 : un des ressorts principaux des tensions, conflits et répressions qui agitent le monde universitaire français depuis cette date est la formulation, de la part des spécialistes de la Palestine et de sa « question », d’un récit contrevenant au narratif doxique en cours dans les grands médias, chez la majeure partie du personnel politique et dans une partie du monde universitaire. Un cas emblématique et même prototypique de cette tension est un échange entre la chercheuse Stéphanie Latte-Abdallah et la journaliste Eléonore Weil. La première est historienne et anthropologue, directrice de recherches au CNRS, médaille de bronze du CNRS, spécialiste de longue date de la Palestine sur des questions concernant les réfugié·es, les mobilisations et les résistances, l’incarcération et le traitement des dépouilles mortuaires palestiniennes par l’état israélien; la seconde est, d’après les informations biographiques fournies sur le site de France-Inter, « journaliste franco-israélienne indépendante, ex-journaliste au quotidien Haaretz ». L’échange tendu, le 12 octobre 2023 sur la chaîne Public Sénat, porte sur la nature du Hamas, que la journaliste qualifie de groupe terroriste comparable à Daech, alors que la chercheuse explique qu’il s’agit de la branche armée d’un parti politique[4]. Cette séquence est emblématique des concurrences et décalages de savoirs et de représentations entre chercheur·es spécialisé·es et journalistes mais également à l’intérieur du monde de la recherche. D’autres échanges et d’autres conflits médiatiques et scientifiques concernent la lecture coloniale des conquêtes territoriales et de la gestion de l’existence des Palestinien·nes par l’État d’Israël proposée par les chercheur·es en études palestiniennes, contestée par les défenseurs et défenseuses de la lecture sioniste qui qualifient ces entreprises en termes de droit d’exister et de droit de se défendre (Bontemps, Latte-Abdallah 2024).

Diplomatie publique et reformulation des connaissances

Si ces positions lexicales et discursives semblent relever des choix ou des connaissances des locuteur·trices, elles sont également le fruit de dispositifs communicationnels anciens et efficaces, mis en place, on l’a dit, dans le cadre de la « discussion internationale » réclamée par Herzl, mais aussi des outils de transmission des connaissances par l’État d’Israël.

L’« explication »

Depuis 1948, l’État d’Israël a mis en place un dispositif de « diplomatie publique », ou, en termes plus critiques et réalistes, de propagande, pour imposer son récit au niveau mondial, mais tout particulièrement aux États-Unis. C’est la fameuse hasbara mentionnée plus haut, que le chercheur Reza Benham appelle « l’industrie étatique des relations publiques d’Israël » (Benham 2023, en ligne), qui bénéficie de structures et de financements permanents (pour l’histoire de ce dispositif, voir par exemple Schleifer 2003). En 2006, est par exemple créé un « Ministère des affaires stratégiques et de l’information » (en anglais : « Ministry of strategic affairs and public diplomacy »), qui répond dans un premier temps à la création de BDS (Boycott Disvestment and Sanctions) en 2005[5], pour se consacrer ensuite, avec des budgets importants, à la recherche de contenus hostiles à Israël et à la diffusion de discours valorisants sur internet. Quelques années après, en 2009, l’hebdomadaire états-unien Newsweek publie le Global Language Dictionary, document issu du groupe de soutien états-unien The Israel Project, rédigé par Frank Luntz, consultant en communication et sondeur états-unien (Luntz 2009). Ce texte d’une centaine de pages se présente comme un manuel de communication destiné aux responsables israéliens et états-uniens chargés d’élaborer des stratégies de communication pour le Congrès, le public et les médias, de manière à présenter une image positive d’Israël. « This manual will provide you with many specific words and phrases to help you communicate effectively in support of Israel » (« Ce manuel vous fournira de nombreux mots et expressions spécifiques pour vous aider à communiquer efficacement en soutien à Israël. »), peut-on lire dans l’introduction (p. 4) : ce sont donc bien les mots et les discours qui font l’objet de cette didactique diplomatique, et les différents chapitres sont d’ailleurs significativement parsemés d’encadrés intitulés « Words that work » et « Words that don’t work » (« Les mots qui fonctionnent », « Les mots qui ne fonctionnent pas »).

D’une manière générale, la hasbara cible des organes de presse, des journalistes, des universitaires, des hommes et femmes politiques, des artistes, autrement dit ce que l’on pourrait appeler de « grand·es locuteur·trices », doté·es d’une forte capacité de diffusion de la parole. Cette organisation du discours public sur Israël, qui passe aussi par des campagnes de désinformation et de diffamation analogues aux méthodes de guerre psychologique (Férey 2021), se fait autour de quelques thèmes permanents : la vulnérabilité du pays et son isolement dans le monde arabe, son droit de se défendre, ses objectifs de paix, la symétrie du « conflit » avec les Palestinien·nes, l’assimilation de la critique antisioniste à l’antisémitisme. La « guerre des mots » et des récits est donc aussi le fruit d’un important dispositif de « diplomatie publique » qui organise les circulations lexicales et discursives.

Pédagogie de l’effacement

Mais elle est aussi, concernant plus spécifiquement les Palestinien·nes, le résultat d’une sorte de pédagogie politique, qui passe par le contrôle et/ou la censure des outils de transmission des connaissances.

Dans ses travaux sur les représentations des Palestinien·nes dans les manuels scolaires en Israël-Palestine, la chercheuse Nurit Peled-Elhanan mobilise la notion de « passé utilisable » pour interroger les modalités narratives mises en œuvre dans le discours pédagogique :

Le livre scolaire ne reproduit jamais les faits comme ils sont car ce n’est pas son but. L’objectif est plutôt de créer le citoyen de demain et pour ce, il faut utiliser un passé utilisable avec lequel on peut se formuler le présent, le futur et vivre dans cette prétendue vérité, la vérité du pouvoir, la vérité de la nation. Je n’ai donc pas cherché à vérifier les vérités historiques ou géographiques, mais je me suis demandé comment cette narration crée ce passé utilisable (Peled-Elhanan 2014, 32).

Dans l’ouvrage qu’elle a consacré à la question, Palestine in Israeli School-Books: Ideology and Propaganda in Education (La Palestine dans les manuels scolaires israéliens : idéologie et propagande dans l’éducation), publié en 2012, elle montre comment ce « passé utilisable » s’élabore par le biais des dénominations. Dans les manuels, les dénominations des Palestinien·nes sont la plupart du temps généralisantes, portant une altérité excluante (non-Jews, non-Jewish, non-Juifs en français) ou une généralité effaçant les identités particulières (Arabs, Israel’s Arabs, Arabes, Arabes d’Israël en français); la dénomination Palestinien·ne(s) est la moins fréquente, et la plupart du temps associée au terrorisme. La chercheuse explique que ces noms ne respectent pas le point d’énonciation et les auto-désignations des Palestinien·nes :

Palestiniens (prononcé Falastiniens[6]) et Palestine (Falastin) sont les noms que le mouvement national palestinien a choisis pour désigner sa terre et son peuple au début du XXe siècle, se distinguant ainsi de l’appellation britannique, de celles de Philistins et Hébreux, et se débarrassant de toutes les autres connotations du terme Palestine. Bien que les ouvrages étudiés ici aient été publiés après les accords d’Oslo, qui prévoyaient la reconnaissance mutuelle des nations israélienne et palestinienne, ils ne respectent pas le nom que les Palestiniens se donnent eux-mêmes : Falastinians. Les ouvrages de gauche les désignent tour à tour comme Arabes, Arabes d’Israël ou Palestiniens, tandis que ceux de droite les appellent Arabes, Arabes d’Israël et, plus rarement, Pales(h)tinaiim, terme généralement réservé aux terroristes. L’appellation Arabes renforce l’idée qu’Israël a toujours cherché à véhiculer : les Palestiniens ne constituent pas une nation à part entière, mais font partie d’une autre nation, bien plus vaste, située hors d’Israël : le monde arabe (Peled-Elhanan 2012, 52; ma traduction).

Un exemple concret illustre cette utilisation du mot Arabe qui fonctionne comme un hypéronyme invisibilisant et excluant :

Dans le manuel, Israël: The Man and the Space (Israël : l’homme et l’espace), tous les autres [c’est-à-dire la population non-juive d’Israël] sont définis ainsi : « La population arabe. […] À l’intérieur de ce groupe de population, il y a des croyants de différentes religions et des groupes ethniques différents : Musulmans, Chrétiens, Druzes, Bédouins et Circassiens, mais comme la majorité d’entre eux sont des Arabes, dorénavant, tout au long de cet ouvrage, nous donnerons à ce groupe le nom d’Arabes ou de population arabe. » Parce qu’ils ne sont pas juifs, ils ne sont pas reconnus pour ce qu’ils sont (Peled-Elhanan 2014, 39).

Image 2. Palestine. Index des villages et des colonies, 1949

Le travail de Nurit Peled-Elhanan permet de comprendre que la « guerre des mots » n’est pas une simple bataille lexicale dans l’arène médiatique mais un processus long de réécriture de l’histoire et, littéralement, d’écriture des vies palestiniennes à partir de l’altérisation, de la désidentification et, finalement de l’inexistence. Dans sa thèse de doctorat intitulée La question de Palestine au sein du discours institutionnel international, Ahmed Alustath montre les évolutions lexico-sémantiques des termes utilisés dans les discours de l’ONU (voir sur ce point son article tiré de ce travail dans le présent volume). Il explique que le terme Arabes est remplacé par le mot Palestiniens à partir des années 1980 (reconnaissance de l’État palestinien puis accords d’Oslo) et qu’il continue à circuler avec un sens différent :

Toutefois, à partir de l’année 1982, le terme Arabes s’inscrit dans une reconfiguration de son sens social en raison de l’évolution événementielle de la question de Palestine; sa circulation discursive dans le temps a en effet permis de changer le référent. Il ne désigne plus la communauté arabe de Palestine, mais il fait plutôt référence aux autres Arabes dont Israël occupe les territoires comme en Syrie et au Liban (Alustath 2023, 569).

On comprend donc que le mot fait l’objet de deux usages : un usage idéologique et politique dans les manuels, et un usage plus descriptif et informatif dans le discours institutionnel international. Dans un travail analogue à celui de Nurit Peled-Elhanan, sur les manuels des élèves palestinien·nes, Samira Alayan montre que « la Nakba est absente des manuels scolaires. Même si la guerre de 1948 est évoquée, les détails des événements ne sont pas mentionnés car Israël ne reconnaît toujours pas sa responsabilité dans ces événements et refuse que l’on mentionne le terme et les conditions de la Nakba » (Alayan 2014, 53). La sociologue Tal Dor explique en effet que

le savoir officiel israélien nie la Nakba et interdit sa commémoration. En 2011, l’amendement 40 à la loi de base budgétaire, connu sous le nom de « loi Nakba » a ainsi été adopté par le parlement israélien. Il autorise le ministre des Finances à retirer les fonds publics de toute institution ou organisme qui commémore « le jour de l’indépendance d’Israël ou le jour où l’État a été établi comme jour de deuil », ou qui nie « l’existence d’Israël en tant qu’“État juif et démocratique » (dans Botiveau et al. 2024, 213).

Mais l’absence de la Nakba dans les manuels scolaires des élèves palestinien·nes s’explique aussi par le fait que la rédaction des manuels est contrôlée par l’Autorité palestinienne, elle-même tributaire de ses financeurs internationaux comme la Banque mondiale ou l’Union européenne : de fait, la Nakba est un angle mort pour l’ensemble du champ éducatif en Israël-Palestine.

On comprend donc que le « passé utilisable » consiste en une mémoire écrite et surveillée par l’État d’Israël et ses soutiens, et que les Palestinien·nes sont privé·es de leur capacité à s’écrire et à se dire, y compris dans l’origine de leur (in)existence.

Linguistique spontanée et « résistance épistémique »

Si, on l’a dit en introduction, la linguistique savante ne semble pas s’intéresser à un phénomène qui pourtant la concernerait au premier chef, les non-linguistes, c’est-à-dire les locuteur·trices qui formulent des discours spontanés sur le langage, produisent quant à eux nombre de discours sur la question depuis le 7 octobre[7]. Parmi elles et eux, des chercheur·es, des journalistes, des écrivain·es, des réalisateur·trices, des ONG, des militant·es.

Le nombre des publications est trop élevé pour qu’on puisse en faire une synthèse ici et l’on ne s’intéressera qu’à quelques réflexions de chercheur·es, où se retrouvent peu ou prou les trois grandes catégories des productions des linguistes folk : descriptions, prescriptions et interventions.

Descriptions lexicographiques

Les descriptions portent sur la « guerre des mots » mentionnée plus haut ou sur le lexique de l’événement. Chez les chercheur·es, on trouve par exemple des tableaux récapitulatifs ou des listes de termes avec leur définition et l’explication de leurs enjeux idéologiques et politiques, le tout avec une dimension plus ou moins pédagogique. Marie Durrieu, spécialiste de relations internationales et science politique, fournit par exemple, en complément d’un article dans La revue géopolitique du Diploweb (site animé par des chercheur·es et relevant de l’Institut national du service public), un fichier pdf contenant tableau en deux colonnes (« vocabulaire palestinien » et « vocabulaire israélien ») mentionnant quelques-unes des oppositions binaires de la liste fournie plus haut, assorties de définitions (Durrieu 2024). Dans Télérama, François Dubuisson, chercheur en droit international à l’Université libre de Bruxelles, « décrypte », selon le vocabulaire consacré des médias quand ils parlent de langue, la fameuse « guerre des mots » à partir de la conception juridique d’une « langue commune », entravée par « des divergences d’argumentation ou d’interprétation » : le 17 octobre 2023, soit dix jours après les attaques du 7, il définit occupation, nettoyage ethnique, crimes de guerre, génocide[8], Tsahal, otages et apartheid (Dubuisson 2023). Dès novembre, France-Culture produit un podcast en 18 épisodes intitulé Israël-Palestine, les mots de la guerre, dans lequel sociologues, politistes, historiens, anthropologues et juristes interviennent pour expliquer les mots bande de Gaza, Hamas, Jihad, Jérusalem, accords d’Oslo, Nakba, colonisation, otages, sionisme, Autorité palestinienne, assassinats ciblés, intifada, Israéliens, Palestiniens, Juifs ultra-orthodoxes, chrétiens de Terre sainte et Fermes de Chebaa.

On pourrait multiplier les exemples de ces éléments de lexicographie qui ponctuent le déroulement des événements, constituant autant de micro-dictionnaires.

Analyses critiques

À côté de cette activité de description spontanée, relevant d’ailleurs plus d’une forme de sémantique explicative que d’une véritable lexicographie, certain·es chercheur·es proposent une lexicologie critique, proche des analyses linguistiques que pourraient par exemple fournir des analystes du discours, des sociolinguistiques ou des sociolexicologues.

Dans un article restituant une table ronde sur la qualification des violences en Palestine et en Israël à partir de l’Afrique, la sociologue et pédagogue Tal Dor propose une analyse du mot Nakba et de ses circulations comme « outil de vérité et de résistance épistémique fondamental » (2024, 212). « Le terme de Nakba, souligne-t-elle, est intéressant comme outil épistémologique, car c’est un terme et un savoir autochtone (indigenous knowledge), soit aussi un outil de résistance épistémique » (p. 213). Elle retrace l’histoire de l’usage et de la réception du mot, rappelant qu’au début des années 2000 il était « méconnu en hébreu et dans la société israélienne », mobilisé par de rares personnes comme « l’historien Ilan Pappé, qui donnait déjà des cours sur la question à l’université de Haïfa dans l’État d’Israël – cours à cause desquels il a dû quitter son poste et le pays » (p. 213). Elle explique que c’est après le 7 octobre que « le mot s’est davantage répandu dans la sphère publique […], notamment sous la forme d’un appel à une “deuxième Nakba” ou encore à une “Nakba de Gaza” lancé par des figures politiques et publiques, comme par exemple le ministre de l’Agriculture Avi Dichter en novembre 2023 » (p. 213). Elle note un phénomène qui intéresse directement une linguistique située prenant en compte les points d’énonciation et d’existence des locuteur·trices : « Jusqu’en 2001, le terme n’était quasiment pas utilisé en hébreu, même par les militants antisionistes. Certains l’ont découvert très tardivement, ce qui a pu produire des vrais chocs personnels, avec l’impression qu’on leur avait menti » (p. 213). Ces « chocs personnels » sont, en termes linguistiques, produits par un signe installant brutalement un signifié et surtout un référent dans la conscience et le répertoire des sujets.

Sur Middle East Eye, en juillet 2024, le politiste et historien Joseph Massad publie un long article intitulé « Why the West created a new dictionary for Israel and Palestine » (« Pourquoi l’Occident a créé un nouveau dictionnaire pour Israël et la Palestine »), traduit en français sur le site de International Solidarity Movement – ISM-France. Il y défend l’idée que « dans l’Occident officiel et ses médias grand public, il existe un dictionnaire et un thésaurus spécialisés pour traduire au public occidental tout ce qui concerne Israël et la Palestine. » Il y mentionne une « syntaxe grammaticale » particulière comme l’emploi de la voix passive, et une « pratique de définition et de traduction ». Il rappelle la note envoyée aux journalistes du New York Times en novembre 2023, leur demandant de « limiter l’utilisation de termes comme “génocide” et “nettoyage ethnique”, de ne pas utiliser le mot Palestine “sauf dans de rares cas” et d’éviter des termes comme “camps de réfugiés” et “territoire occupé” pour décrire les véritables camps de réfugiés palestiniens et les territoires occupés par Israël. » Il analyse longuement le terme guerre Israël-Hamas installé dans la presse grand public états-unienne et mondiale en expliquant que, le Hamas étant « l’organe légitime de gouvernance de Gaza » et, précédemment, en Cisjordanie, « la guerre génocidaire d’Israël contre le peuple palestinien aurait dû au moins être qualifiée de “guerre israélo-palestinienne”, ce qui serait la description la plus neutre de ce qui s’est passé. »

Image 3. La route de Jérusalem, Hébron

Il estime en effet que la guerre menée par Israël est menée contre tou·tes les Palestinien·nes, et non contre un parti politique ou sa branche armée. Il fait aussi l’analyse critique des mots terroriste et conflit, ce dernier empêchant selon lui de « faire référence au colonialisme israélien ». Il aborde également le « dictionnaire idéologique » des noms propres, en particulier le cas de la concurrence des toponymes (al-Quds / Jérusalem et al-Khalil / Hébron), menant des comparaisons avec Pékin, Bombay et Kiev, dont les Occidentaux ont rapidement adopté les noms endogènes Beijing, Mumbai et Kyiv. Que des villes palestiniennes soient dépendantes de la « nomenclature biblique chrétienne et juive occidentale » lui semble intenable, « même dans l’histoire coloniale ». « Ces choix linguistiques et le dictionnaire idéologique qui les guide, souligne-t-il, font partie de l’arsenal que les gouvernements impérialistes occidentaux et leur presse grand public déploient contre le peuple palestinien en soutien à Israël. »

Mais l’entreprise linguistique spontanée la plus systématique et aboutie est celle menée par l’historien Adam Raz et le sociologue Assaf Bondy qui ont publié en mai 2025 un livre en hébreu, non traduit jusqu’à présent, Le lexique de la brutalité : termes clés de la guerre de Gaza, décrivant environ 150 mots et expressions utilisés couramment par les Israéliens depuis le 7 octobre (Bondy, Raz 2025). Le livre, inaccessible jusqu’à présent à un·e non-hébréophone, a été longuement chroniqué en anglais dans le quotidien israélien Haaretz par la journaliste Sheren Falah Saab, dont l’article, « ‘Depopulation,’ ‘Kill Zone,’ and ‘Second Nakba’: The Lexicon of Brutality Exposes How Israelis Talk About the War » (« “Dépeuplement’” “Zone de mort“ et “Seconde Nakba”; le lexique de la brutalité montre comment Israël parle de la guerre ») constitue pour le moment la référence pour des informations sur cet ouvrage. En introduction, les auteurs parlent d’un livre incomplet, toujours en devenir, dont « les entrées évoluent sous la pluie d’obus et de missiles, tandis que le tas de cadavres à Gaza ne cesse de s’alourdir » (cité dans Falah Saab 2025, traduit en français dans Romain 2025, en ligne). Adam Raz et Assaf Bondy se donnent pour but « d’observer comment le discours israélien façonne la conscience collective à l’égard des Palestiniens », à partir de l’hypothèse de la brutalisation des sociétés produites par les guerres que l’on doit à l’historien George L. Mosse. Pour cet historien de la Grande guerre, les expériences de guerre produisent des effets de brutalisation, c’est-à-dire d’acceptation et de naturalisation de la grande violence et de la mort de masse, ayant mené aux fascismes des années 1930 en Europe. Sheren Falah Saab explique que cette notion est mobilisée par les auteurs du Lexique de la brutalité :

Selon Raz et Bondy, l’utilisation d’un langage militariste, agressif et violent non seulement minimise l’humanité des Palestiniens, mais façonne également la perception de la réalité et le comportement public. Analystes, politiciens et autres personnes occupant des postes clés manipulent les mots et les expressions et, en fin de compte, contrôlent les pensées et le comportement des Israéliens (Falah Saab 2025, en ligne).

Parmi les mots figurant dans le lexique, trois sont construits sur Nakba : Seconde Nakba, Nakba 2023 et Nakba de Gaza. Ils renforcent l’argumentation des auteurs, qui soutiennent l’idée que le lexique de 2023 est en grande partie le même que celui de 1948, avec une évolution vers la banalisation et l’usage explicite. Par exemple, alors que le terme pillage était connoté de manière négative en 1948, il s’est valorisé selon eux en 2023, correspondant à des mises en scène ludiques effectuées par les soldats sur les réseaux sociaux, et à des pratiques désormais valorisées. Parmi les mots recensés, on trouve des noms ou des descriptions des Palestinien·nes : la désignation animaux humains, les expressions menace existentielle et pas d’innocents à Gaza dont les auteurs montrent qu’elles sont devenues de véritables stéréotypes discursifs et Amalek et Amalécites, employés notamment par Benjamin Netanyahou faisant allusion à un épisode biblique désignant la tribu des Amalécites comme les ennemis premiers des Hébreux[9]. Parmi les entrées figurent aussi des termes désignant les déplacements forcés de population (dépeuplement, émigration volontaire, transfert) et la mort et la destruction (décombres, famine, zones de mort, raser Gaza, victoire totale).

Adam Raz et Assaf Bondy insistent sur ce qu’en linguistique on appellerait la performativité ou, au moins, la valeur illocutoire des termes et expressions recensés, c’est-à-dire le fait que les productions de discours sont des actes de langage qui ont la capacité de modifier la réalité. Ces usages lexicaux ne décrivent pas seulement la réalité, ils contribuent à la produire, au sens fort de la performativité discursive, en légitimant certaines actions et en rendant d’autres impensables. Dans un article de La Croix, Cécile Lemoine rapporte cette remarque d’Assaf Bondy :

La plupart des Israéliens ne font pas la guerre, mais ils en sont complices par les mots qu’ils choisissent d’utiliser, expose Assaf Bondy. Nos dirigeants ont eu un rôle central dans la brutalisation du langage. Dès le soir du 7-Octobre, Benyamin Netanyahou a lancé qu’il allait “transformer Gaza en ruines”. Dès le début, les dirigeants ont exactement dit ce qu’ils allaient faire, et l’ont fait, ouvrant les portes de la haine discursive qui s’est ensuite emparée de la société israélienne. Ce discours est une cage pour les Israéliens (Lemoine 2025, en ligne).

Cette intéressante notion de « haine discursive » entre tout à fait en résonance avec de nombreux travaux d’analyse du discours qui traitent actuellement des « discours de haine »; mais c’est sans doute la métaphore de la « cage » qui mériterait une investigation et un approfondissement dans le cadre d’une étude linguistique.

Conclusion

Dans l’introduction de After The Last Sky, ouvrage co-écrit avec Edward Said, le photographe Jean Mohr rapporte un dialogue avec une jeune agente des douanes à l’aéroport de Tel Aviv en 1986 :

– « Have you enjoyed your stay in our country? Where did you stay?… and did you see any Arabs? » (« Avez-vous aimé votre séjour dans notre pays? Où avez-vous résidé?… et avez-vous vu des Arabes? »)
– « Listen, unless you keep your eyes closed it’s difficult not to see Arabs in Israel! » (« Écoutez, à moins de garder les yeux fermés c’est difficile de ne pas voir d’Arabes en Israël! »)
– « I’m sorry, I meant : did you visit any Arabs? » (« Je suis désolée, je voulais dire : avez-vous rendu visite à des Arabes? ») (Mohr, Said 1999, 9)

Plus que la correction de see (voir) en visit (rendre visite), c’est le double usage du mot Arabs qui suscite l’intérêt : alors que le mot semble porter le soupçon du danger pour la sécurité d’Israël chez la jeune femme, il signale chez Jean Mohr la simple existence d’un peuple sur sa terre. C’est sans doute dans la multitude de ces dialogues ordinaires qui tissent les existences que se tiennent les enjeux de langue les plus importants.

Dans le cadre limité de cet article, je n’ai pu qu’effleurer l’important corpus d’analyses lexicales et discursives spontanées sur la question de Palestine telle qu’elle se présente dans le cadre de la guerre israélienne contre Gaza. Il s’inscrit d’ailleurs dans une archive ancienne, où figurent des travaux en analyse du discours, et un travail de collecte et d’analyse resterait à faire pour montrer comment les productions actuelles s’inscrivent dans une mémoire discursive gouvernée par les points d’énonciation et d’existence. Les analyses effectuées invitent à repenser le rôle des sciences du langage dans les situations de conflit, non comme simple discipline descriptive, mais comme espace critique apte à interroger les conditions mêmes de possibilité du dire et de l’existence[10].

Références

Alayan, Samira. 2014. « Les manuels des élèves palestiniens en Israël et en Palestine ». Dans Lombard, Roland, Paccouret, Marilyn (coords), Israël-Palestine : le conflit dans les manuels scolaires : 49-59. Paris : Syllepse.

Alustath, Ahmed. 2023. La question de Palestine au sein du discours institutionnel international : une analyse outillée du discours de l’Organisation des Nations Unies. Thèse de doctorat, Université de Franche-Comté.

Benham, Reza. 2023. « Déconstruire la “hasbara”, la machine de propagande israélienne », trad. de l’anglais par Dominique Muselet. Chronique de Palestine, https://www.chroniquepalestine.com/deconstruire-hasbara-machine-propagande-israelienne/

Benvenisti, Mero. 2000. Sacred landscape, the buried history of the Holy Land since 1948. Berkeley: University of California Press.

Bondy, Assaf S., & Raz, Adam. 2025. הלקסיקון של הברוטליות: מונחים מרכזיים ממלחמת עזה [Le lexique de la brutalité : termes clés de la guerre de Gaza]. Haifa : Pardes.

Bontemps, Véronique et Latte-Abdallah, Stéphanie (dir.). 2025. Gaza, une guerre coloniale. Arles-Beyrouth : Actes Sud-Institut des études palestiniennes.

Botiveau, Raphaël, Dezalay, Sara, Dor, Tal, Sbeih, Sbeih, Table-ronde organisée par Awenengo Dalberto, Séverine, Bonnecase, Vincent, Brisset-Foucault, Florence et Pommerolle, Marie-Emmanuelle. 2024. « Penser les qualifications des violences en Palestine et Israël depuis l’Afrique ». Politique africaine, 175-176 (3-4) : 193-218. https://doi.org/10.3917/polaf.175.0193

Dubuisson, François. 2023. « Israël-Palestine : la guerre des mots décryptée par un prof de droit international ». Télérama. https://www.telerama.fr/debats-reportages/israel-palestine-la-guerre-des-mots-decryptee-par-un-prof-de-droit-international-7017685.php

Durrieu, Marie. 2024. « Comment comprendre le conflit israélo-palestinien de ses origines au 7 octobre 2023? ». La revue géopolitique. https://www.diploweb.com/Comment-comprendre-le-conflit-israelo-palestinien-de-ses-origines-au-7-octobre-2023.html

Falah Saab, Sheren. 2025. « ‘Depopulation,’ ‘Kill Zone,’ and ‘Second Nakba’: The Lexicon of Brutality Exposes How Israelis Talk About the War », Haaretz. https://www.haaretz.com/israel-news/2025-05-04/ty-article-magazine/.premium/depopulation-kill-zone-and-second-nakba-the-new-hebrew-war-dictionary-is-out/00000196-871b-d22a-a3de-b73f3dfd0000

Férey, Amélie. 2021. « Chapitre 11. Israël : de la hasbara à la guerre cognitive ». Dans Marangé Céline et Quessard Maud (dir.) Les guerres de l’information à l’ère numérique, p. 283-297. Paris : Presses Universitaires de France. https://doi.org/10.3917/puf.maran.2021.01.0283

Lemoine, Cécile. 2025. « “La guerre a durci les cœurs et les âmes”. Après deux ans de conflit, la société israélienne gagnée par la brutalité », La Croix, no. 43357, https://www.la-croix.com/international/pas-d-innocents-a-gaza-animaux-humains-quand-la-societe-israelienne-est-rongee-par-la-violence-20251024

Luntz, Frank. 2009. The Israel Project’s 2009. GLOBAL LANGUAGE DICTIONARY. https://archive.org/details/TheIsraelProjectTheGlobalLanguageDictionary2009HasbaraManual (publié le 30.07.2009 dans l’hebdomadaire états-unien Newsweek).

Massad, Joseph. 2024. « Pourquoi l’Occident a créé un nouveau dictionnaire pour Israël et la Palestine », trad. MR. International Solidarity Movement – ISM France. https://ismfrance.org/index.php/2024/07/30/pourquoi-loccident-a-cree-un-nouveau-dictionnaire-pour-israel-et-la-palestine/

Massoud, Rania. 2010. « Entre Israéliens et Palestiniens, une guerre des mots qui ne dit pas son nom ». L’Orient-Le Jour. https://www.lorientlejour.com/article/643988/Entre_Israeliens_et_Palestiniens%2C__une_guerre_des_mots_qui_ne_dit_pas_son_nom.html

Paveau, Marie-Anne. 2008. « Les non-linguistes font-ils de la linguistique? Une approche anti-éliminativiste des théories folk ». Pratiques 139-140 : 93-110.

Peled-Elhanan, Nurit. 2012. Palestine in Israeli School-Books: Ideology and Propaganda in Education. London: I.B. Tauris.

Peled-Elhanan, Nurit. 2014. « Les Palestiniens dans les manuels israéliens ». Dans Lombard, Roland, Paccouret, Marilyn (coords). Israël-Palestine : le conflit dans les manuels scolaires, p. 31-47. Paris : Syllepse.

Romain, Yves. 2025. « Les mots façonnent la conscience collective des Israéliens à l’égard des Palestiniens ». Le Club de Médiapart, https://blogs.mediapart.fr/yves-romain/blog/080525/les-mots-faconnent-la-conscience-collective-des-israeliens-legard-des-palestiniens-0

Said, Edward. 2010 [1979]. La question de Palestine, trad. de l’anglais par  J.-C. Pons. Arles : Actes Sud.

Said, Edward & Mohr Jean. 1999. After The Last Sky. Palestinians lives. NewYork, Chichester, WestSussex: Columbia University Press.

Schleifer, Ron. 2003. « Jewish and contemporary origins of Israeli hasbara », Jewish Political Studies Review, vol. 15, n° 1/2: 123‐153.


  1. Je choisis cette expression en référence au titre de l’ouvrage d’Edward Said qui a été fondamental dans la sensibilisation du public à la situation des Palestinien·nes, en en permettant une formulation en termes palestiniens et en visibilisant l’histoire de la Palestine (Said 2010 [1979]).
  2. Référence de la citation : Herzl Theodor, 1973, « Opening address at the First Zionist Congress ©, in Theodor Herzl, Zionist Writings : Essays and Addresses, New York, Herzl Press, vol. 1, 132‐138.
  3. L’hébraïsation des noms de villes israéliennes commence en effet en 1948, par la dénomination hébraïque de nouvelles localités ou l’hébraïsation de noms arabes préexistants. Voir sur ce point Benvenisti 2000.
  4. La vidéo n’est plus disponible mais l’extrait correspondant à cet échange a été largement diffusé et on le trouve facilement sur les réseaux sociaux par exemple.
  5. BDS est une campagne non violente ayant pour but de dénoncer la colonisation israélienne et de favoriser le droit au retour des réfugié·es palestinien·nes. Ses outils sont le boycott, l’appel au désinvestissement en Israël et à des sanctions pour ses violations du droit international.
  6. En anglais dans le texte original : Palestinians et Falastinians.
  7. J’appelle non-linguistes, sans être satisfaite de cette appellation trop binaire qui ne rend pas justice à la porosité des rôles, un ensemble de locuteur·trices qui produisent des métadiscours sur le langage hors de la linguistique professionnelle, et qui se présentent donc, à des degrés divers, en connaisseurs de leur objet (Paveau 2008).
  8. À cette date on parle de « risque de nettoyage ethnique » et de « risque de génocide ».
  9. Au moment où il annonce le lancement d’opérations terrestres à Gaza le 28 octobre, Benjamin Netanyahou déclare : « Souvenez-vous de ce qu’Amalek vous a fait », reprenant ainsi une parole biblique (Deutéronome 25, 17-19). Amalek est dans la Bible le persécuteur des Juifs et le symbole du mal absolu. Voir sur ce mot le texte de Michèle Sibony dans ce même volume
  10. Je remercie Hadjira Medane de sa lecture attentive, qui m’a permis d’améliorer ce texte.

Licence

Symbole de License Creative Commons Attribution - Partage dans les mêmes conditions 4.0 International

Gaza, les mots pour (ne pas) le dire Droit d'auteur © 2026 par Hadjira Medane et Marie-Anne Paveau est sous licence License Creative Commons Attribution - Partage dans les mêmes conditions 4.0 International, sauf indication contraire.