Travaux sur la guerre contre Gaza publiés entre octobre 2023 et décembre 2025. Bibliographie commentée (sciences du langage, communication)

Hadjira Medane et Marie-Anne Paveau

Nous présentons ici une quarantaine d’articles relevant des sciences du langage, parfois d’orientation sémiotique, avec quelques incursions en sciences de l’information et de la communication et en sociologie, rédigés majoritairement en anglais, avec quelques items en français et en arabe, depuis le 7 octobre 2023. Ils portent sur les formes langagières et les discours produits sur la guerre génocidaire contre Gaza, qui façonnent les représentations et les politiques, et qui, d’ores et déjà, écrivent l’histoire immédiate de ce qui se déroule sous nos yeux, le monde entier étant transformé en témoin direct par les relais iconiques et textuels des réseaux sociaux.

Dix-neuf pays sont représentés, par la nationalité des auteur·es ou le lieu de publication des articles : l’Algérie, l’Arabie saoudite, le Brésil, la Côte d’Ivoire, l’Égypte, les Émirats arabes unis, les États-Unis, la France, l’Indonésie, l’Irak, l’Irlande, la Jordanie, le Koweït, la Malaisie, le Pakistan, la Palestine, le Qatar, la Tunisie, la Turquie. Nous ne pouvons assurer la parfaite exhaustivité de notre collecte mais nous pensons cependant avoir rassemblé, en croisant les bibliographies des travaux et les bio-bibliographies des auteur·es, l’essentiel de ce qui s’est publié sur la période 2023-2025, en tout cas en anglais et en français (et nous serons heureuses que l’on nous signale d’autres références le cas échéant). La liste est éloquente puisque de nombreux pays des Suds musulmans sont représentés, et elle confirme cette sorte de grand partage qui se réalise actuellement dans ces disciplines à propos de l’événement de la guerre contre Gaza 2023-2025, que nous mentionnions dans notre présentation et que notre préfacière pointait aussi : au silence des Nords occidentaux, répond dans les Suds musulmans une ardeur à analyser et comprendre accompagnée d’un désir de visibiliser les points de vue palestiniens occultés et souvent disqualifiés.

Pour chaque article, nous avons donné la référence et le résumé, traduit en français quand c’était nécessaire. Nous avons proposé un commentaire analytique pour une douzaine d’entre eux. Notre objectif est de faire connaître et diffuser ces travaux et leurs auteur·es (et peut-être également de favoriser des traductions, comme nous l’avons fait nous-mêmes dans ce volume pour l’article 8), de manière à ce qu’ils soient pris en compte dans l’archive scientifique du traitement de l’événement en sciences du langage, et non pas engloutis dans le silence. 

Les coordinatrices

1. Abou Chiha, Fares S. & Abu Quiffa, Wael I. 2025. قراءة للمحتوى السياسي الساخر في الصحافة الفلسطينية خلا » حرب الإبادة على غزة « الكاريكاتير علاء اللقطة أنموذجا [Read the satirical political content of the Palestinian press during the genocide war on Gaza]. المجلة المغاربية للدراسات التاريخية والإجتماعية, 17(1): 615–631. https://asjp.cerist.dz/en/article/271125 [Algérie]

Traduction du résumé
L’étude vise à examiner l’efficacité du contenu satirique à travers les dessins de caricature dans la presse palestinienne lors de la couverture des répercussions de la guerre d’extermination en cours sur Gaza, en mettant particulièrement en lumière le dessin du caricaturiste palestinien Alaa Alagta comme corpus. L’étude cherche également à révéler ses formes les plus marquantes ainsi que les défis auxquels sont confrontés les dessinateurs de ce type d’art. Cette recherche s’inscrit dans le cadre des études descriptives et utilise comme outil l’entretien approfondi.
L’étude a abouti à plusieurs résultats majeurs, dont les principaux sont :

• Le contenu satirique à travers les caricatures a permis de dénoncer l’occupation israélienne en révélant ses pratiques et ses crimes brutaux contre le peuple palestinien, à renforcer le récit palestinien et à discréditer le récit israélien jugé faux et trompeur auprès de l’opinion publique dans le contexte de la guerre d’extermination à Gaza.

• Les caricatures satiriques ont mis en lumière, sous différents angles, la situation afin de sensibiliser le monde extérieur, en abordant les crimes de l’occupation contre les civils (enfants, femmes et personnes âgées) ainsi que les attaques contre les écoles, les hôpitaux, les universités, les lieux de culte, et les agressions contre le personnel journalistique, médical et humanitaire local et international pendant la guerre d’extermination à Gaza.

• Les caricatures à contenu satirique ont réussi à faire entendre la voix du peuple palestinien, et plus particulièrement celle des habitants de Gaza, à l’échelle internationale, notamment par l’exposition de planches caricaturales lors de manifestations et de rassemblements dans différents pays et leur large diffusion sur les réseaux sociaux pour dénoncer la guerre d’extermination à Gaza.

2. Abu Shawish, Jaber. 2025. « Linguistic Echoes of War: Neologisms in Palestinian Arabic amid the 2023 Gaza War ». SCIREA Journal of Education 10-6: 270–298. https://doi.org/10.54647/education880629 [Palestine]

Traduction du résumé
La langue est, par nature, dynamique. Elle évolue constamment afin de s’adapter aux besoins et aux expériences changeants de ses locuteurs. La langue évolue souvent rapidement en réponse aux crises, aux conflits et aux événements actuels. Elle est fortement influencée par les événements qui l’entourent, car elle est considérée comme vivante et dynamique. De nouveaux mots sont créés et certains mots existants acquièrent une nouvelle signification. Cette recherche sociolinguistique vise à identifier les néologismes les plus courants en arabe palestinien qui ont été inventés en réponse à la guerre de Gaza de 2023. Une longue liste de néologismes liés à la guerre (warologisms) a été compilée à partir d’une enquête distribuée aux étudiants universitaires pendant le semestre d’été de l’année universitaire 2024-2025. En outre, le chercheur s’est référé aux réseaux sociaux et aux reportages d’actualité pour compléter la liste. Un groupe de 108 néologismes a été sélectionné de manière ciblée, classé par thème, puis analysé afin de répondre à l’objectif de la présente étude. Les fréquences, les pourcentages et les classements ont été utilisés pour traiter les données collectées. Les résultats révèlent que la composition, les unités phraséologiques, les emprunts et la dérivation sont les processus les plus fréquents dans la formation des néologismes, tandis que le mélange et le redoublement sont rares. En outre, ces warologisms reflètent la réponse sociale, émotionnelle et culturelle à la guerre actuelle. L’étude se clôt sur des recommandations visant à enrichir le domaine de la recherche en sociolinguistique.

Commentaire
L’article de Jaber Abu Shawish s’inscrit dans le champ de la sociolinguistique et plus précisément dans l’étude de la dynamique lexicale en situation de crise. L’auteur part du postulat selon lequel la langue est un système vivant, influencé par les changements sociaux, politiques et culturels. Dans ce cadre, la guerre de Gaza déclenchée en octobre 2023 constitue un terrain d’observation privilégié pour analyser l’émergence de néologismes en arabe palestinien. La problématique centrale de l’article consiste à comprendre comment la guerre façonne la langue, quels types de créations lexicales émergent, selon quels procédés morphologiques elles se construisent et quelles réalités sociales, émotionnelles et culturelles elles traduisent. L’objectif est à la fois descriptif (recenser et classer les néologismes) et interprétatif (analyser leur portée socioculturelle). À partir de données recueillies sur les réseaux sociaux, dans les médias et via un questionnaire auprès d’étudiants universitaires, Jaber Abu Shawish constitue un corpus de néologismes qu’il nomme warologisms. Ces termes sont classés selon des domaines thématiques et des procédés de formation lexicale. Les résultats indiquent que la composition, les unités phraséologiques, l’emprunt et la dérivation sont les mécanismes les plus fréquents. L’étude met en évidence que ces innovations lexicales rendent compte de l’expérience vécue des Palestinien·nes en exprimant à la fois la souffrance quotidienne, l’ironie et les formes de résilience collective.

3. Alaqad, Mohammed H., Benelhadj, Fatma & Umiera, Hashim Haida. 2025. « Framing Resistance: Western Discourse, Double Standards, and the Dehumanization of Palestinians ». The International Journal of Palestine Studies (IJPS) 1(1), https://ejournal.um.edu.my/index.php/hscps/article/view/62623 [Malaisie et Tunisie]

Traduction du résumé
Cet article examine de manière critique le double standard persistant dans le discours politique et médiatique occidental concernant la violence d’État, la résistance et les droits humains, en mettant particulièrement l’accent sur la représentation de la lutte palestinienne. Alors que les démocraties occidentales prétendent souvent défendre le droit international et la responsabilité morale, leur soutien aux actions militaires israéliennes malgré les preuves accablantes de dommages causés aux civils révèle une profonde dissonance entre les valeurs affichées et les pratiques de politique étrangère. Cette contradiction non seulement sape les normes mondiales de justice, mais renforce également un discours qui déshumanise les Palestiniens et délégitime leur résistance. L’étude adopte l’analyse critique du discours (ACD) (Fairclough, 1995; van Dijk, 2001) pour interroger la manière dont le langage et le pouvoir interagissent dans les médias occidentaux et la rhétorique politique. L’ACD permet d’explorer la manière dont des termes chargés idéologiquement tels que « terrorisme », « autodéfense » et « sécurité » sont utilisés pour présenter les Palestiniens comme des menaces perpétuelles tout en occultant la violence structurelle de l’occupation et de l’apartheid (Pappé, 2006 ; Finkelstein, 2003). S’appuyant sur la théorie postcoloniale, en particulier la notion d’orientalisme de Saïd (1978), l’article soutient que les Palestiniens sont constamment marginalisés par des tropes orientalistes qui les dépeignent comme irrationnels, violents et culturellement incompatibles avec les valeurs occidentales. Cette analyse est également étayée par la théorie du cadrage médiatique (Entman, 1993), qui souligne comment la sélection des informations mises en avant et celles omises influencent la perception du public et les résultats politiques. Les conclusions révèlent plusieurs tendances clés : (1) la résistance palestinienne est discursivement délégitimée par des étiquettes telles que « terrorisme », ignorant les justifications juridiques prévues par le droit international; (2) les actions israéliennes sont systématiquement présentées comme défensives, tandis que les voix palestiniennes et les griefs historiques sont marginalisés; (3) les tropes orientalistes renforcent les hiérarchies coloniales et justifient la violence; et (4) le discours sur les droits humains est appliqué de manière incohérente, suggérant une hiérarchie racialisée ou stratégique des victimes (Butler, 2008; Douzinas, 2007). En fin de compte, ces schémas discursifs ne sont pas seulement rhétoriques, mais servent à légitimer les asymétries géopolitiques et à renforcer la domination coloniale en Palestine.

Commentaire
Dans un article intitulé « Framing Resistance: Western Discourse, Double Standards, and the Dehumanization of Palestinians », Alaqad, Benelhadj et Umiera proposent une analyse critique du traitement médiatique et politique occidental de la question palestinienne. Les auteurs mettent en évidence le décalage entre les valeurs universelles de justice et de droits humains revendiquées par les démocraties occidentales et leurs discours concernant la Palestine. En s’appuyant sur l’analyse critique du discours, la théorie du cadrage médiatique et les approches postcoloniales, l’étude examine les mécanismes linguistiques mobilisés pour représenter la résistance palestinienne. L’analyse montre que celle-ci est fréquemment assimilée au terrorisme, tandis que la violence israélienne est présentée comme légitime et défensive. L’étude souligne que l’usage de termes idéologiquement chargés tels que « terrorisme », « autodéfense » ou « sécurité » contribue à représenter les Palestiniens comme une menace permanente, tout en dissimulant la violence structurelle résultant de l’occupation et des politiques d’apartheid. Par ailleurs, l’analyse postcoloniale révèle que les représentations stéréotypées et orientalisantes participent à la déshumanisation des Palestiniens et à l’invisibilisation de leurs voix dans le discours dominant. Ces mécanismes discursifs, en favorisant une lecture sélective des droits humains, contribuent à légitimer les asymétries géopolitiques et à maintenir la domination coloniale en Palestine.

4. Ali, Abid, Khan, Musa & Riaz, Muhammad. 2024. « Examining The Framing Of The Israel-Palestine Conflict: A Textual Analysis Of International Media News Coverage ». Migration Letters, 21(S11): 1212–1223.  https://migrationletters.com/index.php/ml/article/view/10899 [Pakistan]

Traduction du résumé
L’objectif de cette étude est d’examiner la manière dont le conflit israélo-palestinien est présenté dans les reportages des médias internationaux, en mettant particulièrement l’accent sur la période comprise entre le 7 octobre et le 20 novembre 2023. À travers l’analyse d’articles provenant de quatre sites d’information renommés (BBC, France24, Voice of America (VOA) et Al Jazeera), nous cherchons à comprendre comment différentes plateformes médiatiques créent des récits et peuvent influencer l’opinion publique. En appliquant les cadres théoriques de la théorie du cadrage et de l’analyse narrative, cette étude analyse les choix visuels et linguistiques effectués par divers organes de presse. Grâce à une analyse qualitative du contenu, notre méthodologie permet d’examiner de près les composants textuels et visuels des articles. Cette méthode nous aide à reconnaître les tendances, les préjugés et le ton général des reportages. Selon les données, au cours de la période considérée, Al Jazeera a offert une couverture plus impartiale et équilibrée d’Israël et de la Palestine. La BBC, France24 et VOA, en revanche, ont montré une propension à présenter leurs informations d’une manière plus favorable à Israël et plus dépréciative à l’égard de la Palestine. Les conclusions de l’étude soulignent l’importance du cadrage médiatique dans l’influence de la perception mondiale du conflit israélo-palestinien. Nous attirons l’attention sur les différences dans la couverture médiatique et soulignons l’importance d’une éducation critique aux médias pour les téléspectateurs du monde entier en comparant la couverture de ces différents médias. Ces conclusions ont des conséquences sur la manière dont les consommateurs de médias devraient percevoir la couverture médiatique, notamment sur la manière de reconnaître les biais potentiels et les récits sous-jacents qui peuvent influencer leur perception de situations géopolitiques complexes. En offrant un point de vue nuancé sur la manière dont les événements internationaux sont présentés au public, cette recherche s’inscrit dans le débat plus large sur les biais médiatiques et l’influence du cadrage dans la couverture de l’actualité internationale.

5. Al-Jarf, Reima. 2024. « The Gaza-Israel War Terminology: Implications for Translation Pedagogy ». International Journal of Middle Eastern Research, 3(1): 35–43. https://doi.org/10.32996/ijmer.2024.3.1.5 [Arabie Saoudite]

Traduction du résumé
Les étudiants traducteurs de mon université suivent un cours de traduction médiatique dans lequel ils traduisent les dernières actualités. Cette étude propose un modèle d’intégration de la terminologie et des textes relatifs à la guerre entre Gaza et Israël dans l’enseignement de la traduction afin de familiariser les étudiants avec cette terminologie, notamment les noms d’armes (grenades, mortiers, drones, missiles, Merkava, Cornet anti-blindés, obus de mortier), les toponymes (Khan Younis, Maghazi, Sderot, Ashkelon), les points de passage (Rafah, Erez), les groupes et brigades djihadistes (Jihad islamique, Golani), les actions militaires (incursion, bombardement, tir d’artillerie, génocide, déplacement) les métaphores de guerre (banque cible, tapis de bombes, terre brûlée, ceinture de feu, axe de Philadelphie, plan Hannibal), (UNRWA, hôpitaux de Gaza, famine, aide humanitaire) et autres. Les textes en anglais et en arabe peuvent être recueillis auprès des grands médias tels que RT, BBC, CNN, Al-Jazeera et Al-Ghad. Un blog de classe peut être créé pour publier les traductions, les corrections, les discussions et les commentaires. Les élèves peuvent s’exercer à la traduction complète, au résumé et à la traduction conceptuelle, en évitant la traduction mot à mot. Ils peuvent regarder des reportages sur la guerre entre Gaza et Israël, en rédiger un résumé et recevoir des commentaires et des retours. Les débutants peuvent traduire de courts extraits d’actualités (quelques lignes). Les élèves s’assurent que leurs traductions sont cohérentes, ont du sens et sont faciles à lire. Les élèves doivent utiliser Google Translate et l’intelligence artificielle (IA) avec prudence et lire le même article en anglais et en arabe pour s’habituer à la terminologie.

6. Allaoui Zaima et Cherak Radhia. 2024. « Le pouvoir des premiers mots : quand les titres orientent le discours médiatique sur l’affaire israélo-palestinienne en Algérie ». Ziglôbitha, Revue des Arts, Linguistique, Littérature & Civilisations n°012 : 117–132, https://www.ziglobitha.org/wp-content/uploads/2024/12/08-Art.-ALLAOUI-CHERAK-pp.117-132.pdf [Algérie]

Résumé
Cet article analyse les titres journalistiques du quotidien Le Soir d’Algérie afin d’explorer leur rôle dans la construction et l’orientation des perceptions médiatiques du conflit israélo-palestinien. L’étude mobilise une méthodologie combinant une analyse pragmatique et argumentative, appliquée à un corpus de trente titres publiés en octobre 2023. Les résultats mettent en évidence des stratégies discursives complexes : une construction linguistique des présupposés et des sous-entendus, un usage ciblé des référents idéologiques et une rhétorique structurée autour de cadres argumentatifs, tels que le droit international et l’humanitarisme. Ces dispositifs énonciatifs révèlent comment les titres participent activement à la médiatisation du conflit, en construisant des représentations idéologiquement marquées et en influençant les interprétations du lectorat. L’article contribue à une meilleure compréhension des mécanismes de production du discours journalistique et de leur impact sur la structuration de l’opinion publique.

7. Al-Minawi, Raghad Murad. 2024. « Analyzing the rhetoric of the Aqsa Flood War (2023-2024): A study of Hamas’ official discourse through conceptual metaphor theory and critical discourse analysis ». International Journal of Linguistics, Literature and Translation, 7(1): 191–198. https://doi.org/10.32996/ijllt.2024.7.1.17 [Jordanie]

Traduction du résumé
Cet article examine la représentation de la guerre “Déluge d’Al-Aqsa” (2023-2024) dans les discours officiels du porte-parole palestinien Abu-Obaidah, en s’appuyant sur la théorie des métaphores conceptuelles et la théorie de l’analyse critique du discours. Tous les discours publiés par le Hamas au cours des trois premiers mois de la guerre ont été rassemblés et analysés à l’aide de la théorie de l’analyse critique du discours de Van Dijk et de la théorie de la métaphore conceptuelle de George Lakoff. Ces deux approches ont été utilisées pour examiner la connotation des discours décousus du Hamas, riches en significations implicites. Les données ont été obtenues à partir de vidéos en ligne des discours d’Abu-Obaidah, et les transcriptions ont été traduites de la langue source, l’arabe, vers l’anglais. Les résultats ont montré que de nombreux thèmes liés à la guerre étaient mis en avant dans les déclarations officielles du Hamas, tels que les discours rhétoriques sur la guerre, les victoires militaires, la glorification des djihadistes, les menaces implicites/directes à l’encontre de l’ennemi, les justifications de la guerre et les actions en cours. En effet, les discours du Hamas reflètent leur idéologie en montrant le terrorisme de la partie israélienne et la manière dont elle a occupé leur terre sainte.

Commentaire
L’étude de Raghad Murad Alminawi, intitulée « Analyzing the Rhetoric of the Aqsa Flood War (2023–2024): A Study of Hamas’ Official Discourse through Conceptual Metaphor Theory and Critical Discourse Analysis », analyse la représentation de la guerre dite « Déluge d’Al-Aqsa » à travers les discours officiels du porte-parole du Hamas, Abu-Obaidah. L’étude s’appuie sur la théorie de la métaphore conceptuelle de Lakoff et l’analyse critique du discours de Van Dijk afin d’examiner les significations implicites et la charge idéologique de ces discours. Le corpus se compose de l’ensemble des allocutions publiées par le Hamas durant les trois premiers mois du conflit, collectées à partir de vidéos en ligne, transcrites puis traduites de l’arabe vers l’anglais. Les résultats révèlent une récurrence de thèmes liés à la guerre, tels que la glorification des combattants, la mise en avant de victoires militaires, les menaces explicites ou implicites adressées à l’ennemi ainsi que la justification idéologique du conflit et la présentation des actions en cours. Ces stratégies discursives visent, selon l’étude, à renforcer l’identité collective palestinienne et à légitimer la violence.

8. Al-Najjar Abeer & Zaid Bouziane. 2025. « Western media’s ethical collapse: silencing Gaza’s voice ». Third World Quarterly: 1–20. https://doi.org/10.1080/01436597.2025.2552361 [Émirats arabes unis]

Traduction du résumé
Cet article examine la couverture médiatique occidentale de la guerre à Gaza, en particulier celle des médias d’information dont le modèle économique leur permet d’être indépendants et, par conséquent, de ne pas être complètement influencés par la politique ou l’économie. L’article postule qu’un premier examen de leur couverture de la guerre montre comment ces organisations contribuent à la prolifération d’un environnement post-vérité dans lequel les valeurs journalistiques essentielles, telles que l’exactitude, l’indépendance et l’équilibre, sont mises de côté. À travers une approche qualitative basée sur des études de cas, l’article vise à analyser la perte de l’éthique médiatique fondamentale parmi les médias traditionnels occidentaux et à identifier un schéma de récits biaisés, d’omission sélective de faits et de prédominance des sources officielles du gouvernement israélien sur les voix journalistiques équitables, équilibrées et indépendantes. L’article soutient que cette représentation biaisée décontextualise, déhistoricise et déforme la complexité du conflit, tout en renforçant les dynamiques de pouvoir et les hégémonies existantes. Il appelle à une réévaluation des pratiques journalistiques et de l’éthique des médias dans le contexte de la couverture médiatique des conflits internationaux. Il affirme que pour que la démocratie prospère, une transformation radicale des pratiques médiatiques est essentielle, en donnant la priorité au rétablissement de l’intégrité journalistique et à l’engagement à dire la vérité, même face aux pressions politiques, aux déséquilibres de pouvoir et à la propagande.

Commentaire
Cet article rédigé par deux spécialistes de sciences de communication médiatique émiratis présente l’intérêt, comme d’autres de cette bibliographie, de montrer que les orientations pro-israéliennes de la presse occidentale (« western media ») sont anciennes, et solidement inscrites dans les discours sur la question de Palestine depuis des décennies. Les auteurs convoquent une bibliographie imposante à ce propos, largement ignorée en France, qui permet de donner une profondeur de champ à la question des biais discursifs de la presse occidentale dans la guerre d’anéantissement actuelle contre Gaza. L’article est centré sur l’éthique journalistique et choisit d’en examiner deux impératifs, la vérité et le contexte, qui sont selon les auteurs les garants de l’indépendance journalistique.

Ils examinent d’abord la manière dont l’exigence de vérité a été écartée au profit de la mise en avant de faits non vérifiés aux lendemains du 7 octobre (notamment l’affaire des bébés décapités) et les effets durables produits sur les Palestinien·nes, notamment l’accroissement de leur déshumanisation. Ils se penchent ensuite sur le problème du contexte et montrent par exemple comment le journal Le Monde a effectué une déshistoricisation et une décontextualisation de l’attaque du 7 octobre, par une « omission systématique de l’occupation israélienne et du blocus de Gaza qui dure depuis 15 ans » (« consistent omission of the Israeli occupation and Gaza’s 15-year blockade », p. 9). Cette omission entre selon les auteurs dans un schéma plus général de la « presse occidentale dominante qui donne la priorité à la couverture de la violence épisodique sur ses conditions structurelles » (« Western mainstream journalism that prioritises episodic coverage of violence over structural conditions », p. 9). Dans la séquence actuelle depuis le 7 octobre 2023, la question du contexte est cruciale, et constitue d’ailleurs en France un point de débat critique, un lieu de violente polémique publique et également une cause de répression pour certain·es défenseur·es de la cause palestinienne. Cet article fournit des éclairages documentés permettant de comprendre les enjeux des conflits discursifs autour de la question du 7 octobre et plus largement du génocide palestinien.

9. Alsemeiri, Ibrahim M., Elsemeiri, Duaa M., O’Carroll, Ciarán O. & Al-Jamal, Yousef M. 2024. « Legitimization under extreme scrutiny: a critical discourse analysis of Netanyahu’s 2024 UN general assembly speech. » Al-Mubadara، Vol. 2024, no. 4: 1–20. https://search.emarefa.net/detail/BIM-1729879 [Irlande, Malaisie, Palestine]

Traduction du résumé
Cette étude examine de manière critique le discours prononcé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu à l’Assemblée générale des Nations Unies en 2024, en s’intéressant à la manière dont le langage est stratégiquement manipulé pour justifier des actions largement qualifiées de génocide à Gaza par les Nations Unies, les organisations de défense des droits humains et les instances juridiques internationales. S’appuyant sur l’approche socio-cognitive de l’analyse critique du discours de Van Dijk, cette étude examine systématiquement les stratégies rhétoriques de Netanyahu. L’analyse se concentre sur la lexicalisation et la métaphore en tant qu’outils analytiques, examinant comment ces procédés construisent des récits de légitimité et de supériorité morale tout en marginalisant les perspectives opposées. La recherche aborde deux questions clés : comment l’utilisation par Netanyahu d’oppositions binaires légitime les actions israéliennes et marginalise les perspectives palestiniennes dans son discours à l’ONU? Et comment ces choix linguistiques renforcent-ils une dichotomie entre civilisation et barbarie? L’analyse révèle une ironie frappante : Netanyahu, tout en répondant aux allégations de génocide, utilise la tribune de l’ONU pour critiquer ses propres procédures et règlements, remettant en cause les valeurs mondiales et la légitimité des institutions mêmes chargées de faire respecter le droit international. Cette stratégie rhétorique vise non seulement à rejeter la faute sur autrui et à se soustraire à ses responsabilités, mais aussi à présenter Israël comme un défenseur de la démocratie et de la civilisation face à un adversaire prétendument barbare. Les conclusions de la recherche révèlent que Netanyahu utilise stratégiquement le langage pour masquer des violations avérées du droit international, notamment de lourdes pertes civiles et la destruction d’infrastructures essentielles. Sa rhétorique discrédite les institutions internationales et justifie des politiques controversées, ce qui constitue un obstacle majeur à l’application de la justice internationale et à la protection des droits humains.

10. Alsemeiri, Ibrahim M., O’Carroll, Ciarán & Aljamal, Yousef M. 2025. « A Critical Discourse Analysis of University Responses to Gaza Encampments: A Comparative Study of Columbia, Oxford, and Trinity College Dublin ». Open Journal of Social Sciences, 13: 260–281. https://doi.org/10.4236/jss.2025.134016 [Irlande, Malaisie, Palestine]

Traduction du résumé
Cette étude examine de manière critique la façon dont les universités Columbia, Oxford et Trinity College Dublin ont réagi aux campements étudiants de 2024 à Gaza, à travers leurs déclarations officielles. Si certaines universités ont axé leurs réponses sur la liberté d’expression et la sécurité sur les campus, d’autres ont activement rejeté les revendications étudiantes, renforçant ainsi leurs liens avec les institutions israéliennes. Ces réactions révèlent des dynamiques idéologiques, géopolitiques et de pouvoir plus profondes, encore peu explorées dans la littérature existante. Cette recherche analyse comment ces universités construisent et formulent leurs réponses aux campements, notamment en ce qui concerne les demandes étudiantes de boycott académique et de désinvestissement des institutions israéliennes, ainsi que les stratégies discursives qu’elles emploient pour présenter leurs positions. Elle explore comment ces stratégies reflètent les priorités institutionnelles, les préoccupations géopolitiques et les influences idéologiques, en particulier au regard du génocide perpétré par Israël à Gaza. S’appuyant sur une approche hybride d’analyse du discours, cette étude synthétise des éléments de l’approche historico-discursive (AHD) (Wodak, 2001), de l’analyse critique du discours (ACD) (van Dijk, 2015) et de l’analyse narrative (Riessman, 2008). Les résultats révèlent des différences significatives dans la manière dont les trois universités ont élaboré leurs réponses. Columbia et Oxford ont présenté les campements comme des menaces à la sécurité, recourant à un discours bureaucratique et procédural pour discréditer les revendications étudiantes de boycott et de désinvestissement académiques. Leurs déclarations ont privilégié la continuité institutionnelle et dépolitisé la crise humanitaire à Gaza. À l’inverse, Trinity College Dublin a pris en compte de manière plus concrète les préoccupations étudiantes, inscrivant sa réponse dans un discours plus large sur les droits humains, tout en s’abstenant de soutenir pleinement l’activisme étudiant. Cette recherche met en lumière le fait que les universités ne fonctionnent pas comme des espaces politiquement neutres, mais comme des institutions ancrées dans des intérêts nationaux et géopolitiques. Cela met en lumière, en outre, l’absence de véritable liberté académique aux États-Unis et au Royaume-Uni, où les réponses institutionnelles à l’activisme étudiant sont souvent façonnées par des pressions politiques et idéologiques plutôt que par les principes de la liberté d’expression et de la recherche académique. (voir sur le même thème Wollman & Marshall 2025)

Commentaire

Cet article est particulièrement intéressant pour comprendre la manière dont les universités états-uniennes et britanniques (à travers les trois exemples des campements étudiants à Columbia, Oxford et Trinity College) ont réagi aux manifestations étudiantes en soutien à la Palestine, et devrait permettre également d’éclairer les réponses de l’université française aux mêmes phénomènes sur les campus français. Sur cette question comme sur les autres, il n’existe pas de travaux en France et ce travail pourrait susciter, en tout cas nous l’espérons, des études analogues de la part de chercheur·es français·es, en particulier en analyse du discours et disciplines apparentées. L’article s’appuie sur une importante littérature concernant les discours institutionnels et l’activisme politique dans l’enseignement supérieur, qui fournit un cadrage du travail : ces travaux montrent en général qu’il existe une discordance entre le discours “inclusif” (“inclusive”) des universités et, dans les faits, leur contribution au maintien des structures du pouvoir. La mobilisation de la CDA (Critical Discourse Analysis) permet d’avoir une idée d’ensemble des positionnements des différents discours examinés dans le contexte des événements actuels. Les auteurs étudient les discours des universités à partir de douze catégories : cadres discursifs, métaphores, présuppositions, structures narratives, interdiscursivité, positionnement institutionnel, relations de pouvoir, contexte historique, contexte géopolitique, choix lexicaux, modalités, voix et agentivité. Ils montrent que les universités états-uniennes et britanniques, adoptant une “neutralité rhétorique” leur permettant de se poser en “entités impartiales” accueillant la liberté académique, produisent des discours sur la sécurisation des espaces qui dépolitisent la lutte étudiante et émettent des appels à la cohésion de la communauté qui marginalisent les protestataires; à contrario, l’université irlandaise, inscrite dans une culture ancienne de résistance, considère que les campements étudiants relèvent d’un engagement démocratique et, au lieu de la neutralité de ses consœurs états-unienne et britannique, choisit l’engagement moral (la condamnation des actions de guerre israéliennes) tout en maintenant la continuité institutionnelle. L’article montre également que les universités se comportent comme des acteurs politiques, calquant leur attitude sur celle de leurs gouvernements : soutien à Israël pour Columbia, position ambiguë pour Oxford et solidarité anticolonialiste pour Trinity. L’article montre donc au final à quel point les universités ne sont pas les espaces neutres et autonomes qu’elles prétendent être, mais sont au contraire profondément inscrites dans leurs contextes politiques et géopolitiques. Les auteurs émettent un certain nombre de recommandations pour les universités, notamment celles d’intégrer le discours des droits humains et leur communication et de repenser la notion de neutralité institutionnelle. Recommandations que les universités françaises pourraient prendre en compte.

11. Alsemeiri, Ibrahim M., ALzaeem, Ibrahim S. & Amer, Mohammed Wesam. 2025. « Law, Power, and Language: A Comparative Study of Western Responses to the ICC’s Netanyahu-Gallant Warrants ». International Journal of Linguistics, Literature and Translation, 8(4): 181–192. https://doi.org/10.32996/ijllt.2025.6.4.22 [Palestine]

Traduction du résumé
Cette étude examine les réactions contrastées des États-Unis et de l’Union européenne aux mandats d’arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI) à l’encontre des responsables israéliens Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant. Elle analyse de manière critique comment les considérations juridiques, politiques et stratégiques façonnent le discours de chaque acteur, notamment en ce qui concerne les mécanismes de justice internationale. Recourant à un cadre d’analyse du discours hybride, la recherche intègre l’approche historico-discursive (AHD) de Ruth Wodak, l’analyse critique du discours (ACD) de Norman Fairclough et l’approche sociocognitive de Teun van Dijk. Cette méthodologie interdisciplinaire permet un examen nuancé des dimensions idéologiques, historiques et de pouvoir du discours politique. Les données, issues de déclarations officielles américaines et européennes et de reportages médiatiques (principalement de Reuters et de YouTube), sont analysées afin de mettre au jour les stratégies référentielles, l’argumentation, la perspective, le cadrage, l’atténuation, l’idéologie et le pouvoir, la construction du discours et la contextualisation historique. Les résultats indiquent un changement significatif dans la politique étrangère américaine : d’une défense du droit à une politique de puissance, ancrée dans des intérêts nationaux et stratégiques. Le rejet par les États-Unis des mandats de la CPI, malgré les graves allégations de génocide à Gaza, en est un exemple. À l’inverse, l’UE maintient un engagement constant envers le droit international et le multilatéralisme, renforçant ainsi son rôle de puissance normative au sein de l’ordre mondial. L’étude soutient que ces réactions divergentes signalent une rupture géopolitique plus profonde au sein de l’alliance occidentale. Cette division reflète l’érosion du système international d’après-guerre et suggère une transition vers un monde multipolaire où des puissances régionales telles que l’UE, la Chine et la Russie exercent une influence croissante sur la gouvernance mondiale. S’appuyant sur les analyses de Gramsci concernant les périodes de transition, la recherche conclut que les tensions croissantes entre puissance et droit pourraient définir les contours d’une ère nouvelle et incertaine pour la justice internationale.

12. Arabi, Amal, & Ben Hania, Khadra 2025. خطاب الكراهية في المجتمعات المعاصرة (الخلفيات، الأهداف والأبعاد) – أحداث غزة أنموذجا [Hate Speech in Contemporary Societies: Backgrounds, Goals, and Consequences – The Gaza Events as a Model]. المجلة الجزائرية للمخطوطات, 21(1): 243–261. https://asjp.cerist.dz/en/article/266616 [Algérie]

Traduction du résumé
Cette étude aborde la question des discours de haine dans les sociétés contemporaines, en se concentrant sur leurs causes, leurs objectifs et leurs conséquences, notamment dans le contexte du conflit israélo-palestinien. L’étude met en lumière le rôle du discours religieux et politique dans la construction d’images stéréotypées de « l’autre » et l’approfondissement des divisions entre les personnes. Elle souligne également comment ce discours est utilisé pour atteindre des objectifs politiques, tels que la justification de la violence et de l’occupation. L’étude conclut en expliquant les conséquences négatives de ce discours, notamment l’escalade de la violence et des divisions sociales, qui compromettent les perspectives d’une coexistence pacifique.

13. Bibi, Amina & Shaheen, Umara. 2025. « Resistance and Rhetoric: A Critical Discourse Analysis of Mahmoud Abbas’s Speeches on the Israel-Palestine Conflict ». Social Science Review Archives, 3(1): 1745–1755. https://doi.org/10.70670/sra.v3i1.479 [Pakistan]

Traduction du résumé
Cette étude examine comment le langage représente et renforce les rapports de force dans le conflit actuel entre la Palestine et Israël. En se concentrant sur quatre discours prononcés par le président palestinien Mahmoud Abbas en 2023, cette recherche analyse de manière critique les stratégies, les motivations et les implications du conflit israélo-palestinien. À l’aide de la théorie du pouvoir et de la résistance de Foucault et du cadre CDA de Fairclough, cette étude comble une lacune dans la littérature existante sur les efforts de résistance récents. Elle vise à explorer comment le langage fonctionne comme un outil d’action politique dans la résolution des conflits et la formation de l’identité. Les résultats de cette recherche révèlent les complexités cachées du discours, soulignant la nécessité de faire preuve de résilience, d’unité, de justice et de solidarité mondiale face à la souffrance des Palestiniens. Le président palestinien appelle également la communauté internationale à réévaluer sa position envers Israël et à proposer une conférence de paix comme dernière chance de trouver une solution. Ses discours fonctionnent à la fois comme des discours et des pratiques sociales, invitant à une réévaluation internationale de la situation en Palestine. L’étude suggère que la reconnaissance des griefs historiques et des réalités actuelles peut guider la communauté internationale vers des solutions efficaces et la solidarité avec les voix marginalisées.

14. Cherkaoui, Tarek. 2025. « Framing the Gaza Conflict: Media Bias, Violence, and the Battle of Narratives ». The Political Economy of Communication, 11(1). https://polecom.org/index.php/polecom/article/view/179 [Turquie]

Traduction d’un extrait de l’introduction (absence de résumé)
Les médias couvrant le conflit israélo-palestinien déshumanisent souvent la mort des Palestiniens en utilisant un langage passif. Les Palestiniens ne sont pas « tués », mais plutôt « meurent » ou sont décrits comme des « corps sans vie ». Les morts israéliens sont rapportés de manière directe et humanisée, souvent accompagnés d’interviews de familles endeuillées. Des études révèlent que de grands médias comme le New York Times et le Washington Post évoquent bien plus souvent les morts israéliens, alors même que les victimes palestiniennes sont nettement plus nombreuses. Des termes émotionnels tels que « massacre » ou « carnage » sont presque exclusivement réservés aux morts israéliens, tandis que les morts palestiniennes, y compris celles d’enfants, sont décrites de manière à occulter les responsabilités (Youmans, 2024). Ces choix éditoriaux reflètent des biais structurels plus profonds au sein des médias américains (et des médias occidentaux en général), qui se traduisent par une déférence envers les discours officiels et les intérêts des entreprises. De fait, des journalistes américains ont protesté contre le manque d’équilibre dans la couverture du conflit israélo-palestinien. En novembre 2023, plus de 750 journalistes ont signé une lettre ouverte accusant les rédactions américaines de partialité envers les Palestiniens dans leur couverture du conflit en cours à Gaza (Wagner et Sommer, 2023).

Ce qui rend la situation actuelle exceptionnelle, ce sont deux facteurs : premièrement, il s’agit du premier massacre et nettoyage ethnique de grande ampleur de l’histoire à être diffusé en direct 24 h/24, ce qui signifie qu’aucun conflit n’a jamais été aussi bien documenté :

Chaque jour, images, vidéos et messages vocaux prolifèrent plus vite qu’on ne peut les voir, les entendre ou les comprendre. Nous disposons de chiffres, de visualisations de données, de graphiques et de tableaux sur le nombre de morts, les camions d’aide humanitaire et le nombre de calories ingérées… Et, bien sûr, de rapports sur les violations des droits humains, d’analyses sanitaires, de recueils de lois. Nous avons des transcriptions de discours de responsables gouvernementaux appelant à raser Gaza, à la rendre inhabitable. (Elshaik et al., 2023)

Deuxièmement, les réseaux sociaux ont fondamentalement transformé la manière dont les guerres sont rapportées. Contrairement aux conflits précédents, nous assistons désormais à un flux constant et sans filtre d’images et de témoignages en provenance de Gaza, qui expose au grand jour des réalités indéniables. Pourtant, alors même que ces horreurs sont diffusées en direct, la plupart des responsables et des médias occidentaux (à l’exception de la Norvège, de l’Irlande, de l’Espagne et de Malte) continuent de nier les atrocités commises. Cette juxtaposition de témoignages en temps réel et de déni systématique rend ce moment à la fois emblématique de préjugés profondément ancrés et particulièrement choquant.

15. Damayanti, Fahnarul & Setyawan, Agustinus Hary. 2025. « Critical Discourse Analysis in News Media Between the Guardian and Al Arabiya News Website in Israel-Palestine Conflict ». JALL (Journal of Applied Linguistics and Literacy) 9(1): 57–73, http://dx.doi.org/10.25157/jall.v9i1.17892 [Indonésie]

Traduction du résumé
De nos jours, les conflits entre deux nations sont un sujet brûlant dans le monde entier. Le conflit israélo-palestinien en est un exemple. Le 7 octobre 2023, le Hamas a attaqué Israël, faisant la une de tous les médias. Actuellement, les médias jouent un rôle important dans la diffusion d’informations à travers le monde. Cette recherche utilise l’analyse critique du discours. Les données ont été tirées des sites d’information The Guardian et Al Arabiya dans leur édition d’octobre 2023. Cette recherche utilise une méthodologie qualitative descriptive. Les données ont été analysées à l’aide de l’approche de Van Dijk, qui se concentre sur la macrostructure, la microstructure et l’idéologie entre deux médias d’information. Les résultats montrent que les deux médias d’information parlent de l’attaque du Hamas contre Israël. Israël est présenté de manière positive comme une victime et le Hamas est présenté de manière négative comme une menace. Cela montre que The Guardian et Al Arabiya sont plus favorables à Israël qu’à la Palestine. Le chercheur suggère d’approfondir l’analyse entre The Guardian et Al Arabiya.

16. El Damanhoury Kareem, Saleh Faisal & Lebovic Madeleine. 2025. « Covering the Israeli–Palestinian conflict: A Critical Discourse Analysis of Al Jazeera English and BBC’s Online Reporting on the 2023 Gaza War ». Journalism and Media, 6(1): 9–25. https://doi.org/10.3390/journalmedia6010009 [États-Unis et Palestine]

Traduction du résumé
L’attaque surprise du Hamas contre le sud d’Israël le 7 octobre 2023 et la riposte militaire israélienne ont déclenché un épisode catastrophique du conflit israélo-palestinien et exacerbé les tensions dans la région. Cette étude compare la couverture et le discours d’Al Jazeera English (AJE) et de la BBC sur les événements clés des premières phases de la guerre de 2023 entre Israël et Gaza. Utilisant l’analyse critique du discours comme cadre analytique, cette étude emploie des méthodes mixtes pour comparer la transitivité, l’intertextualité et la lexicalisation en tant que caractéristiques discursives clés dans la couverture de la guerre par les deux médias. Contrairement aux travaux qualitatifs précédents, cette étude ne révèle quantitativement aucune variation entre l’utilisation de la voix active par AJE et la BBC, mais souligne des différences qualitatives clés dans le traitement discursif des Palestiniens et dans la couverture médiatique du nombre de victimes. Elle démontre en outre des différences radicales dans les schémas de citation et la lexicalisation négative des premières phases de la guerre, AJE adoptant une approche plus équilibrée et la BBC s’abstenant de mettre l’accent sur les accusations portées contre Israël de « génocide », de « nettoyage ethnique », de « terrorisme » et de « crimes de guerre ». L’étude se termine par une discussion sur les implications des discours différentiels autour de la guerre de Gaza et du conflit israélo-palestinien dans les médias internationaux.

Commentaire

Cet article s’inscrit dans le large corpus de travaux comparatifs entre la presse occidentale et la presse arabe concernant le “conflit israélo-palestinien” et en particulier les précédentes guerres contre Gaza (2008–2009, 2012, 2014, 2021). Les auteurs s’appuient sur une large bibliographie documentant la comparaison et l’article présente donc l’intérêt pour un lecteur occidental de présenter un ensemble de travaux peu connus en France et par conséquent rarement ou pas du tout mobilisés dans les études sur le discours médiatique. Les auteurs s’appuient sur des recherches antérieures ayant déjà décrit les différences de traitement de l’information sur les guerres à Gaza, la BBC ayant tendance à “amplifier la voix des sources officielles, notamment israéliennes, minimiser le contexte politique et historique, associer les Palestiniens à la violence et au militantisme, et remettre en question le nombre de victimes palestiniennes” (p. 3), alors que Al Jazeera “accorde davantage de place aux organisations humanitaires et aux sources palestiniennes, historicise le conflit et impute à Israël la responsabilité de sa politique et de son action militaire en Cisjordanie et à Gaza occupées” (p. 3). Ils rappellent des points de comparaison désormais bien installés dans la littérature sur ce conflit, comme l’usage de la voix passive qui permet d’invisibiliser les auteurs d’exactions ou de massacres, outil rhétorique largement utilisé par les médias occidentaux quand il s’agit d’Israël. Mais ils signalent que la couverture médiatique du 7 octobre, contrairement aux attentes, ne présente pas ce trait dans leur corpus et leur travail met en exergue deux autres différences spécifiques repérées dans la couverture médiatique du 7 octobre 2023, qui concernent les citations et le lexique. Ils montrent d’abord que la BBC consacre presque la moitié de ses citations à des locuteurs occidentaux (“western voices”), en particulier britanniques (personnel politique, familles de victimes, leaders communautaires juifs, humanitaires), au détriment des voix palestiniennes et israéliennes. Du côté d’Al Jazeera, les auteurs montrent que l’organe de presse qatari cite quant à lui volontiers les ONG (les grandes, mais également des organisations plus modestes comme la Palestine Red Crescent Society) et des observateurs de l’ONU, ménageant donc une place importante à des voix considérées comme neutres; d’une manière générale, Al Jazeera présente plus d’informations recueillies sur le terrain que la BBC, qui reste sur des sources occidentales. Les auteurs montrent ensuite, en étudiant les emplois lexicaux, que la BBC mobilise un lexique négatif essentiellement pour désigner et décrire le Hamas et ses actions (par exemple heinous, hideous, slaughter), alors qu’Al Jazeera utilise un lexique négatif pour décrire à la fois les actions d’Israël et celles du Hamas. La conclusion des auteur·es va, sous réserve d’études ultérieures, vers l’idée d’une meilleure couverture médiatique par le média qatari que celle de la BBC, prise dans des biais pro-israéliens anciens, corrélatifs à une invisibilisation et une déshumanisation des Palestinien·nes.

17. Elmasry, Mohamad Hamas. 2024. « Images of the Israel-Gaza War on Instagram: A Content Analysis of Western Broadcast News Posts ». Journalism & Mass Communication Quarterly, 102(3): 695–721. https://doi.org/10.1177/10776990241287155 [Qatar]

Traduction du résumé
Cette analyse de contenu quantitative examine comment les chaînes d’information occidentales populaires (BBC News, CNN, Fox News, Sky News et MSNBC) ont utilisé Instagram (IG) pour couvrir la phase initiale de la cinquième guerre entre Israël et Gaza du XXIe siècle, qui a débuté le 7 octobre 2023. La recherche s’appuie sur la théorie du cadrage et le modèle de reportage défensif/victime. Dans l’ensemble, les résultats suggèrent que les reportages occidentaux sur IG sont résolument pro-israéliens. Les médias étudiés favorisent systématiquement les sources israéliennes et pro-israéliennes par rapport aux sources palestiniennes et pro-palestiniennes; ils mettent en avant les victimes israéliennes tout en négligeant les victimes palestiniennes; et ils présentent la violence israélienne comme de la légitime défense, tandis que la violence palestinienne est présentée comme de l’agression.

18. El Sakka, Abaher. 2025. « The Grammar of Israeli Settler Colonial Violence and the Genocidal War Waged on Gaza: from the Nakba to the 7th of October 2023 ». Partecipazione E Conflitto 18. http://siba-ese.unisalento.it/index.php/paco/article/view/31951 [Palestine]

Traduction du résumé
Cet article analyse les discours officiels et non officiels d’Israël à l’égard des Palestiniens depuis le 7 octobre 2023. Ces discours sont distincts des discours coloniaux historiques établis, mais l’article met en lumière les changements dans les structures sémantiques et les utilisations relatives aux significations et aux connotations. Tout d’abord, l’article donne des exemples de discours officiels israéliens qui reflètent des discours fondamentalement coloniaux lorsqu’il s’agit d’arguments et de récits réutilisés dans le contexte actuel du génocide. Ainsi, l’article examine les discours qui s’inscrivent dans les structures binaires de la banalité du mal, du bien et du mal, du progrès et de la sauvagerie, des Lumières et des ténèbres (immoralité), et de l’« animalisation des Palestiniens ». Cette logique binaire facilite les appels au déplacement forcé, à l’urbicide, au domicide, à l’anéantissement des familles, au meurtre d’enfants, à la privation de nourriture, d’eau et de carburant, à la fermeture de l’aide humanitaire, au bombardement de cimetières et d’hôpitaux, au bombardement de lieux de culte islamiques et chrétiens, au meurtre de secouristes et de bénévoles de la protection civile et de l’aide humanitaire. Deuxièmement, l’article examine la guerre génocidaire, qui repose sur la négation de l’existence des Palestiniens en tant que peuple et communauté, et le processus de déshumanisation qui permet la destruction de la terre et du peuple palestiniens. Cet article examine en particulier les violences organisées contre les Palestiniens de Cisjordanie depuis le 7 octobre, en analysant les discours qui accompagnent ces actes de violence perpétrés tant par les colons que par les forces militaires. Il se concentre sur l’analyse du contexte sociopolitique des acteurs et sur la mobilisation discursive et matérielle des partis et organisations israéliens.

Commentaire
Dans son article intitulé « The Grammar of Israeli Settler Colonial Violence and the Genocidal War Waged on Gaza », publié dans la revue Partecipazione e Conflitto (PACO), Abaher El Sakka analyse les discours israéliens depuis le 7 octobre 2023 en les inscrivant dans la continuité du colonialisme de peuplement sioniste. L’auteur articule son propos autour d’un cadre théorique croisant études coloniales, théorie du génocide et analyse du discours politique. L’article met en évidence le rôle central du langage dans la normalisation de la violence. El Sakka montre comment les binarités coloniales classiques : civilisation/barbarie, lumière/obscurité, humanité/animalité sont réactivées et intensifiées dans les déclarations officielles israéliennes. Cette grammaire discursive n’est pas présentée comme un simple accompagnement rhétorique mais comme une condition de possibilité de pratiques matérielles telles que l’urbicide, le domicide, la famine organisée ou la destruction des infrastructures civiles. L’article inscrit la guerre actuelle à Gaza dans la temporalité longue de la Nakba continue. En refusant toute lecture événementielle ou sécuritaire, l’auteur met en lumière la cohérence historique du projet sioniste en tant que projet colonial fondé sur l’effacement palestinien. Sur le plan empirique, l’article se distingue par l’ampleur et la diversité des matériaux mobilisés, allant des discours de responsables politiques aux rapports d’organisations internationales, en passant par les statistiques du PCBS et les enquêtes d’opinion israéliennes. Cette accumulation factuelle renforce l’idée d’une violence systémique et largement soutenue par la communauté internationale.

19. Gondwe, Gregory, & Walcott, Carolyn (2024). « Victims or villains? How editorial cartoons depict the 2023 Israel-Palestine war ». Online Media and Global Communication, 3(1): 1–26. https://www.degruyterbrill.com/document/doi/10.1515/omgc-2023-0061/html [États-Unis]

Traduction du résumé
Objectif de l’étude : L’étude analyse des caricatures éditoriales en ligne illustrant le conflit israélo-palestinien à travers une analyse visuelle, symbolique, métaphorique et textuelle. L’étude révèle un sentiment anti-guerre dominant dans les caricatures éditoriales, avec une tendance notable à soutenir la Palestine. Ce soutien est particulièrement marqué dans les caricatures provenant des pays du Sud, en particulier d’Afrique subsaharienne, alors que ces caricatures sont rares dans les médias occidentaux grand public.

Méthodologie : L’étude adopte une approche approfondie, analysant des caricatures provenant à la fois de médias occidentaux et non occidentaux. Elle utilise les théories de l’analyse multimodale du discours (MDA) et de la sémiotique multimodale (MS), en se concentrant sur le symbolisme et le texte pour décoder les récits nuancés contenus dans les caricatures.

Principales conclusions : Les caricatures dépeignent des récits complexes, utilisant le symbolisme pour expliquer comment les politiciens et les principaux médias présentent certaines entités tout en minimisant la victimisation. Elles révèlent des perspectives subjectives qui influencent la perception du public. Elles font écho aux opinions scientifiques existantes sur le pouvoir d’influence des caricatures éditoriales dans la communication de concepts politiques complexes.

Implications sociales : les caricatures façonnent la compréhension du conflit par le public, influençant potentiellement les préjugés et les perspectives. Elles présentent le Hamas à la fois comme un agresseur et une victime, dépeignant des perceptions multiples du groupe.

Implications pratiques : Les résultats sont essentiels pour décrire les identités politiques, y compris celles d’organisations majeures telles que l’ONU. L’audace avec laquelle ces entités sont représentées offre un moyen pratique de comprendre le rôle de ces organisations.

Originalité/valeur : L’étude enrichit la littérature existante en appliquant une analyse multimodale aux caricatures éditoriales, dévoilant ainsi des récits et des perceptions cachés. Elle suggère la nécessité d’une analyse plus approfondie des structures historiques, géopolitiques et de pouvoir du conflit. Cette recherche offre une compréhension multiforme de la manière dont les caricatures éditoriales façonnent les perceptions et les interprétations du conflit israélo-palestinien, en soulignant leur nature complexe et influente dans le discours médiatique.

Commentaire

Cet article est intéressant car il prend comme objet d’analyse le dessin de presse, dans une perspective plurisémiotique (articulation entre image et texte), et sur l’ensemble de la planète, ce qui fournit une vision panoramique de la manière dont ce genre médiatique a saisi la séquence du 7 octobre. Les dessins sont recueillis entre le 7 et le 31 octobre 2023, en Amérique du Nord, en Europe, en Asie et en Afrique, 14 sur les 58 collectés étant sélectionnés pour l’étude. Les résultats de l’étude font apparaître quelques phénomènes intéressants qui contribuent à la compréhension de la mise en discours et en images et plus largement de la représentation de l’attaque du Hamas. Les auteurs remarquent d’abord que l’Occident, c’est-à-dire l’Amérique du nord et l’Europe dans leurs données, produit peu, voire très peu de dessins de presse sur cet événement, tous dénonçant l’attaque et produisant un discours favorable à Israël, l’Europe se distinguant par des éléments relevant de la lutte contre l’antisémitisme. En Asie, ce sont les positions critique d’Israël qui dominent, alors que l’Afrique se distingue par ses largeurs de vue : les auteurs remarquent en effet que les dessinateurs africains contextualisent davantage l’événement que leurs homologues des autres continents, et dressent une comparaison avec l’apartheid sud-africain. Cette étude, qui repose sur un jeu de données certes modeste, n’en propose pas moins un regard précieux sur la représentation du 7 octobre, car il est international et tient donc compte des différents points de vue qui se construisent à partir de situations géopolitiques, de positions politiques et d’expériences historiques. (sur les caricatures et les dessins de presse, voir également Abou Chiha & Abu Quiffa 2025, Sharaf Eldin 2024 et Somia & Fajar 2024)

20. Hamioud Sohaib, Nessil Mohammed Abdellatif & Amrani Djalal Eddine. 2023. « Al Jazeera Coverage of the Israeli War on Gaza 2023: A Critical Discourse Analysis ». Akofena 13(3): 167–182. https://doaj.org/article/fb0ce23c73394baa9486cadb0766e9ca [Algérie]

Résumé
Cette étude examine comment Al Jazeera Arabic encadre le discours sur la guerre israélienne contre Gaza après l’attaque du 7 octobre 2023 contre Israël menée par Hamas, en utilisant l’Analyse Critique du Discours (ACD) basée sur le cadre théorique de Van Dijk. La méthodologie qualitative de l’ACD est soutenue par une approche quantitative intégrant une analyse de corpus assistée par ordinateur pour améliorer l’objectivité et la validation des résultats. L’objectif de l’étude est de découvrir les stratégies idéologiques sous-jacentes utilisées par Al Jazeera dans son discours lors de la couverture de la guerre. En examinant les stratégies discursives, l’étude révèle les structures idéologiques caractérisant le discours de la chaîne, notamment la représentation positive des Palestiniens et la représentation négative des Israéliens. De plus, les résultats mettent en lumière la manière dont Al Jazeera soutient la cause palestinienne, leur offrant une voix médiatique tout en les positionnant sur un terrain moralement supérieur par rapport à Israël. Les résultats révèlent également les récits de la chaîne concernant le rôle des acteurs internationaux, en particulier les États-Unis et l’Occident, soulignant leur alignement total avec Israël contre les droits historiques et légaux des Palestiniens.

21. Helmie, Jauhar, Aisah, Aisah, & Kurniawati, Nia. 2025. « Critical Discourse Analysis of Palestinian Ambassador Speech: Examining Power and Ideology to stop the Genocide in Gaza ». An-Najah University Journal for Research – B (Humanities), 40(7). https://doi.org/10.35552/0247.40.7.2586 [Indonésie]

Traduction du résumé
Dans le domaine de la linguistique, l’analyse critique du discours (ACD) constitue un cadre théorique puissant qui examine le langage en tant que construction sociale dynamique. Objectifs : elle est souvent appliquée à la recherche sur les questions sociales qui vise à mettre en lumière l’idéologie, le pouvoir, les attitudes politiques et le genre véhiculés dans les textes. L’un des sujets de la recherche en ACD est le discours. Un discours représente le pouvoir et l’idéologie de l’orateur lorsqu’il est prononcé en relation avec des questions sociales et politiques. Le discours en question est celui prononcé par l’ambassadeur palestinien lors d’une session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies au siège de l’ONU à New York. Méthodologie : Cette recherche a utilisé la notion de Reisigl & Wodak (2009) d’approche historique du discours (DHA) des stratégies discursives, afin de révéler les caractéristiques extra-linguistiques qui construisent le pouvoir et l’idéologie dans le discours de l’ambassadeur palestinien. Afin d’identifier les problèmes de recherche, l’auteur a appliqué une approche qualitative en utilisant l’analyse de documents comme instrument et les huit étapes de l’approche analytique générale pour la DHA de Wodak (2015). Résultat : À la lumière des résultats, les 5 données révèlent que Riyad Mansour utilise 5 types de stratégies discursives, dont 4 stratégies de nomination, 1 stratégie de prédication, 5 stratégies d’argumentation, 1 stratégie de perspectivation et 6 stratégies d’atténuation. En outre, les résultats ont également révélé que chacune des 33 données illustre les pouvoirs et les idéologies de Riyad Mansour. Recommandation : On interprète que ces pouvoirs et idéologies sont exprimés dans des discours afin d’influencer le public pour qu’il mette fin aux tueries à Gaza.

22. Hoon, Lim Lai. 2024. « A content analysis of the 2023 Israel-Palestine conflict news reporting in The star online ». Journal of Social Sciences and Humanities, 21(3): 211–221. https://ejournal.ukm.my/ebangi/article/view/74221/16114 [Malaisie]

Traduction du résumé
Le conflit israélo-palestinien est un conflit géopolitique complexe qui a captivé l’attention des médias du monde entier. Le 7 octobre 2023, des militants du Hamas ont lancé une attaque majeure contre Israël depuis la bande de Gaza, entraînant la perte tragique de plus de 1 400 vies et la capture de plus de 200 personnes. En réponse à ces hostilités, Israël a lancé des contre-attaques sur Gaza, qui ont malheureusement causé la mort de plus de 10 000 personnes. La couverture médiatique de ce conflit a révélé les multiples facettes de la lutte entre les deux pays, qui trouve son origine dans des disparités historiques, géographiques et politiques. La manière dont les médias présentent le conflit influence considérablement la perception du public et les décisions politiques. Cette étude analyse la manière dont The Star Online, un important média malaisien, présente le conflit israélo-palestinien. Utilisant une approche mixte, cette étude recourt à des analyses de contenu quantitatives et qualitatives. Des recherches par mots-clés, notamment « conflit israélo-palestinien » et « guerre de Gaza », ont été effectuées afin de rassembler les articles de presse pertinents publiés entre le 7 octobre 2023 et le 7 janvier 2024. L’objectif est d’identifier les thèmes et les sources dominants qui permettent ensuite de révéler les cadres de traitement médiatique de cet événement. L’examen de ces cadres met en lumière la manière dont les représentations médiatiques façonnent la compréhension du conflit par le public et ses implications pour la stabilité régionale. Les cadres thématiques et épisodiques sont tous deux présents dans les conclusions, où les cadres thématiques semblent prédominer. La résolution du conflit est considérée comme une responsabilité sociétale. Les cadres proposent des solutions et des conséquences au conflit, sans toutefois aborder ses causes profondes.

23. Houlette, Hilary. 2024. « Amid the Fray: A Thematic Discourse Analysis of Presidential Statements Issued in Response to the 2023 War in Israel and Palestine ». Innovative Higher Education 49: 927–952. https://doi.org/10.1007/s10755-024-09719-3 [États-Unis]

Traduction du résumé
Le 7 octobre 2023, le Hamas a attaqué Israël, déclenchant la guerre de 2023 en Israël et en Palestine. Alors que des atrocités contre les droits humains se produisent, la guerre a suscité un débat politique controversé et un discours civil. Compte tenu de leur position d’autorité, les présidents et recteurs d’université ont pris position sur le conflit par le biais de déclarations publiques, tout en cherchant à soutenir les membres de leur communauté universitaire dans ce processus. Cette recherche utilise l’analyse thématique du discours pour évaluer les déclarations des présidents afin (1) de comprendre comment les dirigeants positionnent leurs institutions au milieu des conflits et (2) d’identifier qui les dirigeants universitaires soutiennent dans ce processus. En examinant les attributs et les défauts inhérents aux déclarations des présidents, cette recherche tente de fournir des stratégies et des recommandations aux dirigeants universitaires afin qu’ils mettent en œuvre des pratiques inclusives en période de crise.

24. Kareem, Ahmad Hamad & Najm, Yaseen Mahmood. 2024. « A Critical Discourse Analysis of the Biased Role of Western Media in the Israeli-Palestinian Conflict ». Journal of Language Studies, 8(6): 200–215. https://doi.org/10.25130/Lang.8.6.12 [Irak]

Traduction du résumé
Cet article utilise une approche d’analyse critique du discours pour examiner le rôle de la couverture médiatique occidentale du conflit israélo-palestinien. Il utilise une méthode analytique pour étudier l’influence des médias occidentaux dans le conflit israélo-palestinien. L’étude vise à analyser le rôle partial des médias occidentaux dans le conflit israélo-palestinien, en se concentrant sur la manière dont leur couverture médiatique met disproportionnellement en avant certains aspects spécifiques, tels que le meurtre de civils palestiniens, ce qui conduit à des perceptions de partialité et à des récits biaisés. L’étude est réalisée à l’aide de la notion de « carré idéologique » de Van Dijk, catégorisée par des dichotomies « nous contre eux » à l’aide de procédures qualitatives et quantitatives. Les textes analysés sont choisis parmi diverses chaînes YouTube, telles que Now This Impact et Middle East Eye, et analysés sur le plan idéologique et linguistique. La présente étude soutient que les médias occidentaux jouent un rôle majeur dans la construction et la perpétuation d’une couverture médiatique biaisée et dans le cadrage d’une sympathie et d’une attitude pro-israéliennes. Nous espérons que cette recherche mettra en lumière les subtilités et les biais des reportages des médias occidentaux sur le conflit israélo-palestinien en cours, en mettant particulièrement l’accent sur la dernière guerre à Gaza. Cette recherche montre que les représentations des Palestiniens dans les journaux occidentaux sont sans équivoque négatives, les décrivant souvent explicitement ou implicitement comme des combattants, des kamikazes, des militants islamiques et des terroristes, soulignant une menace perçue par opposition aux Israéliens. Les résultats montrent que les journaux partagent des points de vue comparables sur les Palestiniens et utilisent une terminologie presque identique pour les caractériser. De plus, les médias occidentaux sont partiaux envers le camp israélien, décrivant la lutte palestinienne comme une agression tandis que les attaques israéliennes sont présentées comme une défense et une réaction.

25. Koursi Mohamed. 2025. « Le traitement de la guerre à Gaza dans les médias. Analyse de deux quotidiens : El Moudjahid et Al Quds al Arabi ». Journal of Human Studies and Social 14(1). https://doi.org/10.46315/1714-014-001-044 [Algérie]

Traduction du résumé
Le « Déluge d’Al-Aqsa » du 7 octobre 2023, est lancé par les « Brigades Al-Qassam » depuis l’enclave de Gaza contre les kibboutzim, qui symbolisent, dans l’imaginaire collectif palestinien, la dépossession coloniale. Deuxième moment : un an plus tard, le 7 octobre 2024, la commémoration de cette attaque est largement couverte à travers ses différentes manifestations et commentée par les médias du monde entier. Notre choix s’est porté sur deux journaux : El Moudjahid et Al-Quds al-Arabi. El Moudjahid a des racines historiques dans la guerre de libération nationale et sa ligne éditoriale reflète la position inébranlable de l’État algérien sur les droits des peuples à l’autodétermination et à l’indépendance. Al-Quds al-Arabi est un journal palestinien, « l’un des plus suivis dans le monde arabe, en Europe et en Amérique du Nord ». Nous ferons également une brève incursion dans le « complexe médiatique » occidental afin d’examiner comment le même événement est abordé. Nos choix se portent ici sur le journal français Le Monde, qui occupe la première place parmi les médias d’information générale français ayant une audience internationale; Der Spiegel, le principal hebdomadaire allemand en termes de lectorat et d’influence; et la chaîne de télévision française France 24 qui, selon sa charte, « promeut les valeurs françaises à travers le monde ».

26. Maalej, A. Zouheir & Zibin Aseel. 2024. « Metaphors they kill by: Dehumanization of Palestinians by Israeli officials and sympathizers ». International Journal of Arabic-English Studies 25(1). https://doi.org/10.33806/ijaes.v25i1.693 [Jordanie et Arabie saoudite]

Traduction du résumé
Dans le paradigme cognitif, les métaphores joueraient un rôle clé « non seulement dans le langage, mais aussi dans la pensée et l’action » (Lakoff et Johnson 1980, p. 3). En tant que forme d’action, le génocide dans l’histoire humaine récente a été encouragé  par la métaphore, avec les Juifs de l’Holocauste comme « parasites » (Musolff 2010), les Irakiens comme « violeurs » (Lakoff 1991), les Tutsis rwandais comme « cafards » (Hintjens 1999; Mowarin 2014), les Bosniaques comme des « fondamentalistes islamiques » (Karčić 2022), etc. L’objectif de la présente étude est d’examiner le génocide en cours commis par Israël contre les Palestiniens dans la bande de Gaza en mettant en évidence l’influence de l’idéologie politique sur la cognition, tant dans la pensée que dans l’action (Gibbs 2017). En particulier, il sera démontré que la métaphore conceptuelle « la politique est une religion » (Charteris-Black 2004) dans la cognition socioculturelle du groupe des sionistes chrétiens agit en tandem avec la « déshumanisation animalisée » (Sevillano et Fiske 2023) des Palestiniens et la motive. Une telle idéologie, entachée d’essentialisme psychologique (Leyens et al. 2001) de la suprématie juive, instrumentalise la métaphore conceptuelle délibérée et supérieure (Steen 2023) selon laquelle les humains sont des animaux, ainsi que d’autres métaphores de base telles que « les Palestiniens sont des rats, des fourmis et des cafards », dépouillant ainsi le groupe extérieur palestinien de son humanité (Leyens et al. 2000; Leyens et al. 2003; Haslam 23.2.2024, 2006; Haslam, Loughnan et Sun 2011; Harris et Fiske 2011) afin de légitimer le génocide palestinien. La déshumanisation par l’animalisation, qui est un modèle de génocide, sera expliquée à l’aide de la théorie conceptuelle de la métaphore de Lakoff et Johnson (1980, 1999) et de la métaphore de la grande chaîne des êtres de Lakoff et Turner (1989).

Commentaire

La métaphore est un outil discursif et rhétorique largement documenté dans les médias et le grand public : procédure de comparaison binaire et explicite, elle est souvent frappante et même provocante dans les discours politiques et les situations de disqualification ou d’oppression. Cet article en donne une analyse précise sur les plans cognitif et linguistique, à partir du travail de George Lakoff et Mark Johnson sur la métaphore conceptuelle, Metaphors we live by, ouvrage publié en 1980, traduit en français en 1985 sous le titre Les métaphores dans la vie quotidienne, et devenu un classique de la linguistique cognitive. Le titre de l’article de Zouheir Maalej, sémanticien saoudien et Aseel Zibin, linguiste jordanienne, « Metaphors they kill by », est une reformulation du titre des deux linguistes états-uniens, qui soutient la thèse de la réelle agentivité de la métaphore dans le monde, au-delà des effets rhétoriques qu’elle produit : d’une certaine manière, cette formule est la version scientifique du stéréotype des « mots qui tuent », largement répandu dans le sens commun mondial. L’analyse porte sur les métaphores animales désignant les Palestinien·nes, menée à partir d’une collecte manuelle réalisée à partir de mots clés comme dehumanization, human animals, inhuman animals, Palestinians are animals, dans un ensemble de sites d’information, d’articles d’opinion de la presse anglophone et de déclarations ou communiqués de responsables politiques enregistrés sur YouTube. Ces métaphores semblent aux deux auteur·es des indices discursifs du génocide qu’ils estiment en cours à Gaza actuellement, succédant à deux étapes antérieures de sa préparation, la polarisation (polarization) et l’interprétation (construal). Il et elle estiment en effet que l’opération « Déluge d’Al-Aqsa » a réactivé une polarisation du monde en deux camps, et intensifié l’altérisation (othering) des Palestinien·nes, alors que se sont formulées des interprétations de soi et de l’autre antinomiques chez les Palestinien·nes et les Israélien·nes. L’article contient une synthèse importante des travaux sur les métaphores animales et examine ensuite un certain nombre d’exemples concernant les Palestinien·nes, comme « cafards drogués » (« drugged cockroaches »), « rats et animaux humains » (« rats and human animals »), « tas de fourmis » (« bunch of ants »). Les auteur·es montrent comment ces métaphores ménagent des passages de l’animalisation à la déshumanisation d’abord, et de la déshumanisation au génocide ensuite, en s’appuyant sur une lignée discursive de déshumanisation des victimes qui marquent le génocide nazi (le Juif·ves comme vermine) et celui du Rwanda (les Tutsis comme cafards). L’article, long et très documenté, constitue une analyse importante de la manière dont les discours constituent des catégories d’humain·es et permettent, au bout du compte des passages à l’acte, en les justifiant.

27. Medane Hadjira et Hocine Naima, 2025. « Espaces numériques de résistance : Analyse des hashtags militants liés à la guerre à Gaza ». Langues & Cultures 6(1) : 30–43. https://asjp.cerist.dz/en/downArticle/625/6/1/269504 [Algérie]

Résumé
À l’ère du numérique, les réseaux sociaux sont devenus des espaces de mobilisation et de résistance, particulièrement dans le contexte des conflits. Dans le cadre de la guerre à Gaza, les hashtags militants servent d’outils de visibilité, de contestation et de structuration des discours en ligne. Cet article analyse la manière dont ces hashtags participent à la construction du récit du conflit, en mettant en évidence les dynamiques linguistiques et discursives qui les sous-tendent. L’étude montre que ces espaces numériques favorisent la circulation de discours engagés, mais aussi des formes de polarisation et de propagande. L’usage des hashtags ne se limite pas à l’information, il devient un véritable acte politique, façonnant les perceptions et les représentations du conflit. Ainsi, cette recherche souligne comment les pratiques discursives sur les réseaux sociaux transforment les modes d’engagement et participent aux luttes symboliques autour de la guerre à Gaza.

Commentaire

Cet article écrit en français présente un double intérêt. Il développe d’abord une conception particulièrement intéressante des réseaux sociaux comme « territoires symboliques construits par les discours, les interactions et les dynamiques de pouvoir » (p. 31), étroitement connectés aux espaces réels, en l’occurrence, dans le cas étudié, celui de la bande de Gaza. Cette conception se tient à l’écart des univers discursifs numériques comme espace « virtuel » qui serait comme un double ou un reflet de la réalité phénoménale, pour les considérer comme des lieux d’action à part entière. L’action en question est l’action militante, autrement dit l’activisme, saisi à partir de la matérialité du hashtag sur X, activisme qui produit des contre-discours de résistance, ce terme étant descriptif des discours considérés : l’article écrit par une linguiste algérienne rend compte en effet du point d’énonciation des victimes de la guerre israélienne contre Gaza, de celui des opposants à la politique de l’État d’Israël et des actions de son armée, et, plus largement, des défenseur·es de la cause palestinienne et du droit à l’autodétermination du peuple palestinien. À partir des formes des treize hashtags sélectionnés, Hadjira Medane et Naima Hocine montrent comment la guerre génocidaire actuelle est redéfinie à partir de références historiques et inscrite dans une histoire des anéantissements à l’échelle mondiale. Ensuite, l’article présente l’intérêt du choix des points de vue pris comme objets d’analyse, dans une période où, on l’a dit en introduction de cette bibliographie, les sciences du langage françaises et francophones restent particulièrement discrètes sur cet événement, et où les discours dominants en France (médias et politiques) restent sur la ligne de la défense de l’État d’Israël et de ses actions militaires et politiques. Hadjira Medane et Naima Hocine contribuent donc à fournir une archive des contre-discours qui s’inscrivent dans le très important événement discursif mondial que constitue la guerre d’anéantissement contre Gaza, mais qui y sont cependant invisibilisés ou disqualifiés.

28. Miloudi, Imene. 2025. « Le discours contestataire à travers les slogans des manifestants pro-Palestine, dans les villes arabes et occidentales ». Langues & Cultures 6(3) : 542–551. https://asjp.cerist.dz/en/article/279546 [Algérie]

Résumé
Cet article autour d’un discours du mouvement protestataire en soutien à Gaza (depuis Octobre 2023), propose une étude linguistico-discursive du slogan. Nous examinons ce genre d’écrits de la ville dits contestataires en tant que phénomènes potentiellement linguistiques en allant au-delà des caractéristiques lexico-syntaxiques prétendument inhérentes à ce mode d’expression, déjà abordés dans d’autres travaux scientifiques. En intégrant les outils heuristiques empruntés à l’analyse du discours et à la pragmatique, nous avons fait ressortir les dimensions discursives d’une soixantaine de slogans pro-Palestine en tant que formules linguistiques et dispositifs énonciatifs. Le slogan, à cet égard, se caractérise essentiellement par des choix linguistiques particuliers et des constantes énonciatives que cette contribution s’est proposée de mettre en évidence.

29. Mohamed Aya. 2024. « Critical Discourse Analysis of Media Coverage of the Palestinian-Israeli War in Two News Channels ».  International Journal of Social Science and Humanities Research 12(3): 358–365. https://doi.org/10.5281/zenodo.13758029 [Kowëit]

Traduction du résumé
Cette étude utilise l’analyse critique du discours (ACD) pour examiner la manière dont le conflit israélo-palestinien est représenté dans la couverture médiatique en comparant deux chaînes d’information de premier plan : Al-Jazeera (arabe) et BBC News (britannique). En analysant les reportages diffusés entre le 2 et le 30 décembre 2023, cette recherche vise à mettre en évidence la manière dont les idéologies et les rapports de force divergents influencent la représentation d’événements identiques. L’étude se concentre sur les caractéristiques linguistiques, les pratiques discursives et les influences idéologiques afin de comprendre le rôle du langage médiatique dans la construction et le reflet des structures de pouvoir sociétales. Grâce à une approche qualitative et au modèle tridimensionnel de Fairclough, cette recherche fournit des informations sur les biais et les tendances hégémoniques au sein du discours médiatique, contribuant ainsi à une meilleure compréhension de l’impact des récits médiatiques sur la perception du public et leur reflet des orientations politiques.

30. Muhamad Amin, Hana & Al-Saggaf, Mohammad Ali Abdellah. 2025. « Highlighting Biased Western Media Discourse on Israel-Palestine: A Textual Analysis of News Articles by Mohammed El-Kurd ». The International Journal of Palestine Studies (IJPS) 1(1), https://ejournal.um.edu.my/index.php/hscps/article/view/56670 [Malaisie]

Traduction du résumé
Les médias occidentaux font preuve d’un parti pris évident lorsqu’ils rendent compte de l’escalade du conflit entre Israël et la Palestine, d’une manière qui désavantage les Palestiniens. Cependant, on observe depuis peu une tendance manifeste à la multiplication des contre-discours palestiniens qui remettent en question et dénoncent le discours partial des médias occidentaux. La montée en puissance des contre-discours palestiniens peut être attribuée aux réseaux sociaux, qui permettent aux Palestiniens de contourner le problème de la censure des médias traditionnels, notamment en offrant une tribune à de nombreux Palestiniens qui défendent la cause palestinienne. Cet article s’est intéressé plus particulièrement à Mohammed El-Kurd, qui a utilisé sa tribune de journaliste, d’écrivain et de militant pour proposer des contre-discours afin de contester la représentation erronée et l’invalidation du peuple palestinien. À l’aide de l’élément d’analyse textuelle du modèle tridimensionnel (3D) de Fairclough pour l’analyse critique du discours (CDA), cet article explique les caractéristiques linguistiques de trois articles d’El-Kurd publiés dans le magazine américain The Nation. L’étude révèle qu’El-Kurd a systématiquement utilisé la voix active, les valeurs expressives négatives de ses homologues occidentaux, ainsi que la répétition, les formulations excessives et les collocations.

31. Nasar, Warda, Akhtar, Naveeda & Anwar, Muhammad Nadeem. 2025. « Ideological Framing of the Palestine-Israel Conflict: A Corpus-Based Eco-Linguistic Analysis of Western and Middle Eastern Media Editorials ». Social Science Review Archives. https://doi.org/10.70670/sra.v3i2.660 [Pakistan]

Traduction du résumé
La présente étude explore le domaine émergent de l’écolinguistique en tant que forme d’analyse critique du discours dans le contexte du conflit qui oppose actuellement la Palestine et Israël. L’objectif des chercheurs est de recenser les mots écologiques et les schémas linguistiques utilisés dans les éditoriaux spécifiques au conflit publiés dans les journaux Al-Ahram et The Guardian, respectivement au Moyen-Orient et en Occident, entre octobre 2023 et janvier 2025. Beaucoup a été écrit sur les villes détruites, les civils tués et les infrastructures réduites en ruines à cause de cette situation catastrophique, mais rien de significatif n’a été fait en utilisant le cadre normatif de l’écolinguistique de Stibbe. Cela implique une analyse linguistique basée sur le corpus des éditoriaux à l’aide du logiciel Sketch Engine, mettant en évidence les mots-clés écologiques, les concordances et les collocations. Les résultats révèlent comment le langage encode les histoires qui nous animent et définit notre relation avec les autres espèces et la terre. L’approche écolinguistique de Stibbe, qui intègre des récits cognitifs, offre aux futurs chercheurs un potentiel suffisant pour aider les populations à réinventer des sociétés plus écologiques en les sensibilisant aux actions destructrices de l’homme qui nuisent à tout ce qui soutient la vie sur notre planète.

32. Nuraini, Fira Pujia, Mulyana, Deddy, Herawati, Maimon, & Shaharoun, Awaluddin. 2025. « International Court Justice ruling for Palestine-Israel in Indonesian media: Discourse analysis in Kompas.com, CNNIndonesia.com, Detik.com ». Islamic Communication Journal 10(1). https://doi.org/10.21580/icj.2025.10.1.23793 [Indonésie]

Traduction du résumé
Cette étude analyse la couverture médiatique de trois grands médias indonésiens, Kompas.com, CNNIndonesia.com et Detik.com, concernant la décision rendue en juillet 2024 par la Cour internationale de justice, qui a déclaré illégale l’occupation des territoires palestiniens par Israël. À l’aide de l’approche d’analyse critique du discours de Teun A. van Dijk, cette étude vise à révéler comment ces médias rapportent la décision de la CIJ et expriment leur soutien à la Palestine. L’approche de Van Dijk se concentre sur la relation entre le discours, le pouvoir et l’idéologie, en analysant la macrostructure (thèmes et sujets principaux) et la microstructure (choix des mots, des phrases et de la rhétorique) des textes d’actualité. Les données ont été recueillies à partir d’articles publiés par Kompas.com, CNNIndonesia.com et Detik.com à la suite de la décision de la CIJ du 19 juillet 2024. Les résultats montrent que les trois médias soutiennent la décision de la CIJ et renforcent le discours pro-palestinien en Indonésie. Sur le plan pratique, les résultats de cette recherche peuvent servir de référence pour élaborer des stratégies de communication médiatique plus efficaces afin de soutenir les questions de justice internationale et de renforcer la solidarité publique.

33. Orhan Çağlayan, Filiz. 2024. « Rationalization of Evil through Media: A Twitter Discourse Analysis on Israel’s Genocide against Palestine after October 7 ». Milel ve Nihal, 21. https://doi.org/10.17131/milel.1485798 [Turquie]

Traduction du résumé
Israël, qui s’est installé dans les territoires palestiniens depuis 1948 et poursuit depuis des années sa politique expansionniste, ne reconnaît pas le droit à la vie des Palestiniens dans la région. Tout récemment, Israël a déclaré la guerre et tué quarante-quatre mille personnes à Gaza, invoquant la mort et la prise d’otages d’Israéliens lors de ce que le Hamas a appelé l’attaque « déluge d’Al-Aqsa » du 7 octobre. Israël insiste sur le fait qu’il poursuivra cette guerre jusqu’à ce que les otages soient libérés. Cette étude vise à révéler comment la tension entre Israël et la Palestine, qui a atteint le niveau d’un génocide depuis le 7 octobre, a été transformée en discours dans les médias israéliens. La présentation bureaucratique et rationnelle du conflit entre Israël et la Palestine à travers l’antisémitisme est efficace pour légitimer les victimes et les actions d’Israël dans les médias grand public. C’est pourquoi, depuis le 7 octobre, les tweets de Benjamin Netanyahu et du président américain Joe Biden, ainsi que les comptes officiels X du bureau du Premier ministre israélien et des Forces de défense israéliennes, feront l’objet d’une analyse du discours, limitée aux mois d’octobre et novembre. Israël a utilisé de nombreux adjectifs pour faire appel aux sentiments humanitaires à l’égard des otages israéliens, démontrant que sa sécurité est en danger. Israël a souligné la menace de l’islam radical en mentionnant l’État islamique et l’Iran en plus du Hamas, de manière à mobiliser les sensibilités passées. En déshumanisant le Hamas à l’aide d’étiquettes telles que « terroriste », « hybride humain-animal », Israël légitime tout ce qui leur est infligé. Fort de ce discours, il pratique une brutalité systématique propre à la modernité. Ainsi, la réalité est déformée par le discours construit par Israël sur les réseaux sociaux et l’opinion publique mondiale est contrainte d’aborder la question palestinienne à travers le prisme construit par Israël.

34. Paveau Marie-Anne. 2025. « Gaza. Des mots en –cide pour rompre le blocus de la parole. (1/2) ». La pensée du discours [Carnet de recherche]. https://doi.org/10.58079/144r6 [France]

Résumé
Cet article est consacré aux néologismes construits sur le suffixe -cide, à partir du modèle prototypique génocide, dans les discours sur la guerre d’anéantissement  d’Israël contre Gaza. Depuis le printemps 2024, apparaissent en effet dans les discours francophones et anglophones, principalement chez les chercheur·es et les membres d’organisations internationales comme l’Organisation des nations unies (ONU)  ou la Cour internationale de Justice (CIJ) ou d’organisations non gouvernementales (ONG), des mots en -cide, qui semblent baliser l’anéantissement en en identifiant des secteurs : c’est par exemple le cas du savoir, à travers les mots scholasticide et éducide, ou de l’habitation à travers le mot domicide. Dans ce travail, on dresse une première liste des items rencontrés, et on décrit la façon dont ces mots pour dire les événements actuels à Gaza s’inscrivent dans les manières de dire les génocides aux XXe et XXIe siècles, à partir d’un relevé historique des dénominations des génocides arménien, juif et tsigane, khmer, yougoslave et rwandais.

Commentaire
Dans son article « Gaza. Des mots en -cide pour rompre le blocus de la parole », publié dans La pensée du discours, Marie-Anne Paveau propose une analyse discursive des néologismes  construits sur le suffixe -cide apparus depuis octobre 2023 pour qualifier la violence exercée à Gaza. S’inscrivant dans le champ de l’analyse du discours, l’autrice interroge le stéréotype de l’« indicible » souvent mobilisé face aux génocides. Elle montre que, loin d’être impuissante, la langue produit au contraire de nouvelles formes pour nommer l’anéantissement en cours. L’émergence de termes tels que urbicide, démocide, scholasticide, futuricide etc. est analysée comme une réponse à un blocus discursif et politique. Paveau souligne que ces créations s’inscrivent dans une histoire longue des dénominations des génocides. Son article met en évidence la fonction performative du langage dans la reconnaissance de la violence. Il montre également que nommer, c’est contester les tentatives de déni et de neutralisation du réel.

35. Sadique Adi Ashjan & Barbosa Francirosy Campos. 2024. « A Palestina Em Livro Didático De História Da Rede Educacional Adventista: A Eloquência Do Silêncio ». Revista Psicologia Política 24. https://doi.org/10.5935/2175-1390.v24e24126 [Brésil]

Traduction du résumé
Le présent article est l’un des résultats d’une recherche doctorale en psychologie et traite des discours sur la Palestine dans un manuel d’histoire du réseau éducatif adventiste. Étant donné que la question palestinienne est très déformée par le discours hégémonique, incitant aux préjugés et aux stéréotypes, l’objectif de ce travail était d’analyser la manière dont le sujet est abordé par le discours didactique, en tenant compte de sa responsabilité éducative et sociale. La méthodologie utilisée était une recherche bibliographique et documentaire fondée sur une perspective analytique décoloniale. Les résultats montrent que le récit atténue les faits historiques et passe sous silence les diverses violences subies dans les territoires palestiniens, en raison de l’occupation militaire, du nettoyage ethnique, de l’apartheid et du colonialisme, ce qui constitue un effacement symbolique et un épistémicide. Nous concluons que le récit nécessite d’importantes corrections afin de transmettre la réalité effective de ce contexte et de permettre aux élèves d’en avoir une conscience plus critique.

36. Sharaf Eldin, Ahmad Abdel Tawwab. 2024. « The Power of Political Cartoons in Shaping Discourse on the Gaza War ». CDELT Occasional Papers in the Development of English Education, 87(1): 27–76. doi: https://doi.org/10.21608/opde.2024.384363 [Égypte]

Traduction du résumé
Cette recherche vise à explorer le pouvoir des caricatures politiques dans la formation du discours sur la guerre de Gaza. L’étude vise à répondre à plusieurs questions clés, notamment comment les caricatures politiques utilisent des stratégies indirectes telles que le symbolisme pour transmettre des significations et des messages liés au conflit, quelles dynamiques de pouvoir et idéologies sont représentées et transmises à travers les caricatures politiques sur la guerre de Gaza, et comment l’aspect linguistique des caricatures politiques contribue à leur impact persuasif dans la formation du discours sur le conflit. En outre, l’étude cherche à appliquer l’analyse critique du discours (CDA) afin de mettre en évidence les stratégies persuasives, les dynamiques de pouvoir et les idéologies incarnées dans les caricatures politiques. La méthodologie de l’étude s’appuie sur le cadre d’analyse critique du discours de Van Dijk, qui permet d’analyser des données sélectionnées en termes de niveaux linguistiques, idéologiques, visuels et contextuels utilisés pour produire un discours persuasif. La recherche s’appuie à la fois sur la théorie idéologique et visuelle de Van Dijk et sur ses catégories d’analyse du discours idéologique. La méthode d’analyse est une combinaison des deux approches. Cette étude revêt une importance particulière en raison de son impact potentiel sur l’opinion publique, en particulier dans des contextes de conflit et sur des questions sensibles telles que la guerre de Gaza. De plus, l’examen des caricatures publiées dans les journaux arabes et internationaux permet une analyse comparative de la manière dont les différentes perspectives culturelles et idéologiques sont représentées et transmises à travers l’imagerie visuelle. L’analyse portera sur plusieurs niveaux essentiels : linguistique, visuel, idéologique et contextuel. Dans l’ensemble, cet article de recherche vise à fournir des informations précieuses sur la manière dont les caricatures politiques façonnent le discours sur des questions géopolitiques sensibles telles que la guerre de Gaza, à travers leur utilisation de stratégies indirectes, la représentation des dynamiques de pouvoir, les aspects linguistiques contribuant à leur impact persuasif et l’application d’une analyse critique du discours pour mettre au jour les stratégies persuasives qui y sont intégrées.

37. Sharaf Eldin, Ahmad Abdel Tawwab, Hamouda, Wafya, Reda Ali, Walid, & Mohamed, Hoda Soliman. 2024. « The role of metaphor in the Israeli-Palestinian conflict. A cognitive linguistic approach ». Cogent Arts & Humanities, 11(1). https://doi.org/10.1080/23311983.2024.2394283 [Égypte]

Traduction du résumé
Les métaphores sont depuis longtemps reconnues comme des outils puissants qui façonnent notre compréhension du monde. Dans le contexte du conflit israélo-palestinien, les métaphores jouent un rôle crucial dans la formation des perceptions et des attitudes à l’égard du conflit. Cette recherche explore le lien entre la théorie conceptuelle des métaphores de Lakoff et Johnson et le rôle des métaphores dans le conflit israélo-palestinien d’un point de vue linguistique cognitif. L’étude se concentre sur l’utilisation du langage métaphorique par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas entre avril et septembre 2023. En appliquant l’approche de Lakoff et Johnson, la recherche vise à mettre en évidence les métaphores spécifiques utilisées par ces dirigeants pour présenter le conflit d’une manière qui serve leurs intérêts et leurs discours respectifs. L’objectif de la recherche est d’acquérir une compréhension plus nuancée de la manière dont les métaphores façonnent le discours entourant le conflit israélo-palestinien. En explorant les stratégies cognitives et linguistiques utilisées par les acteurs politiques, l’étude cherche à élucider les mécanismes sous-jacents par lesquels les métaphores peuvent être exploitées pour construire, perpétuer et potentiellement transformer le récit du conflit. Les résultats de cette recherche devraient offrir des informations précieuses sur le rôle du langage dans la formation des perceptions, la construction de l’identité et la justification des actions politiques dans le contexte du conflit israélo-palestinien. L’analyse des schémas métaphoriques utilisés par les principales parties prenantes permettra de comprendre comment les cadres cognitifs sont établis, maintenus et potentiellement remis en question, contribuant ainsi à une compréhension plus globale de la dynamique du conflit.

Commentaire
L’article de Sharaf Eldin et al., intitulé « The Role of Metaphor in the Israeli-Palestinian Conflict: A Cognitive Linguistic Approach », propose une analyse du rôle structurant des métaphores dans le discours politique israélo-palestinien, en s’inscrivant dans le cadre théorique de la linguistique cognitive et plus précisément de la Théorie de la Métaphore Conceptuelle développée par Lakoff et Johnson. À partir d’un corpus de discours et de déclarations officielles émanant de Benjamin Netanyahu et de Mahmoud Abbas entre avril et septembre 2023, les auteurs montrent comment les métaphores constituent des cadres cognitifs permettant de construire les représentations du conflit, de légitimer des positions politiques et de façonner les identités collectives en présence. La distinction analytique en trois niveaux : structurel, temporel et relatif  met en évidence la polarisation métaphorique des discours. Abbas mobilise des métaphores de victimisation, d’enfermement et de dégradation (« bird in a cage », « a mirage in the desert », « like a cancer »), qui soulignent l’injustice, l’impuissance et l’urgence morale. Netanyahu, à l’inverse, privilégie des métaphores de résilience, de moralité et de défense (« light of hope », « a marathon », « a ship sailing through stormy seas », « like a snake »), construisant un récit d’exceptionnalité et de légitime défense. L’étude met en évidence le caractère non neutre de ces choix métaphoriques, qui participent à la dramatisation, à la polarisation et à la naturalisation des récits antagonistes, tout en soulignant leur impact sur la perception publique et les dynamiques de légitimation du conflit.

38. Silva, Maria Eduarda dos Santos e Santana do Nascimento, Gabriel. 2024. « A construção da imagem de Lula pela folha de São Paulo a partir dos posicionamentos presidencias sobre o conflito israelo-palestino ». Revista 15 De Outubro, 3 (1): 120–35. https://doi.org/10.5281/zenodo.14058371 [Brésil]

Traduction du résumé
L’engagement de Lula envers la question palestinienne est une réalité qui existe depuis son premier mandat et qui s’explique par la volonté d’une exposition internationale, visant à jouer un certain rôle en tant que pays émergent, mais aussi par un alignement idéologique sur les valeurs défendues par la gauche, telles que la justice sociale, la liberté et l’émancipation. Cependant, avec l’intensification du conflit israélo-palestinien, le 7 octobre 2023, les positions du président ont commencé à attirer davantage l’attention de la presse nationale et internationale. Dans ce contexte, notre objectif principal est d’analyser comment l’image de Lula est construite par un journal à grand tirage au Brésil, Folha de São Paulo, en relation avec ses discours sur le conflit. Pour atteindre cet objectif, nous avons sélectionné deux articles publiés au mois d’octobre 2023 et nous nous sommes appuyés sur certains concepts issus de l’analyse du discours (Maingueneau, 2008, 2013; Foucault, 1999; 2008; Possenti, 2009; 2023). En résultat, nous avons constaté que, bien qu’appartenant à des champs discursifs opposés, Lula et le journal Folha de São Paulo abordent le même thème central, mais qu’il existe entre eux une incompréhension mutuelle qui génère une simulation de l’Autre, c’est-à-dire qu’une image négative du président est construite.

39. Somia, Anwar, Behzad & Fajar, Zulekha. 2024. « Representation of Gaza War in Pakistani and British Newspapers Editorial Cartoons: A Semiotic Analysis ». Qlantic Journal of Social Sciences, 5(4): 1–8. https://qjss.com.pk/index.php/qjss/article/view/6/6 [Pakistan]

Traduction du résumé
Cette étude vise à examiner la représentation de la guerre de Gaza dans les éditoriaux des journaux pakistanais et britanniques à travers des caricatures. Le modèle analytique multimodal de Machin et Mayr (2012) a été appliqué pour l’analyse des caricatures. Les données utilisées dans cette étude ont été recueillies dans des journaux anglophones. Les sources de données de cette recherche comprenaient deux journaux pakistanais (The Dawn, The News International) et deux journaux britanniques (The Telegraph, The Independent). La période de collecte des données est de trois semaines. Les caricatures éditoriales ont été sélectionnées à l’aide d’une technique d’échantillonnage raisonné. Les résultats de l’étude indiquent que les caricatures éditoriales des journaux pakistanais et britanniques présentent des différences significatives en termes de narration et d’alignement idéologique concernant la question de la guerre à Gaza. Les caricatures pakistanaises mettent en évidence la victimisation des Palestiniens, critiquent le soutien occidental à Israël et prônent la solidarité islamique et internationale contre les politiques d’Israël. En revanche, les caricatures britanniques critiquent les dirigeants politiques et les grandes questions internationales à travers l’humour et la satire. Ces résultats reflètent le contexte politique, culturel et social de chaque pays, qui influence la manière dont la guerre à Gaza est représentée et perçue par le public. Cette étude souligne l’importance des caricatures et des images dans la transmission d’idées et de perspectives spécifiques, en particulier dans le contexte de la guerre à Gaza.

Commentaire

41. Üstün Külünk, Sema. 2025. « Gaza speaks through translation: The politics of language on Palestinian social media ». Continuum, 39(4): 552–570. https://doi.org/10.1080/10304312.2025.2491053 [Turquie]

Traduction du résumé
Cet article explore le rôle central de la traduction dans la formation et la diffusion des récits de conflit, en se concentrant sur le conflit israélo-palestinien qui perdure à Gaza. L’étude examine comment les récits personnels traversent les frontières et sont transformés pour atteindre un public mondial grâce à des récits auto-traduits et partagés sur Instagram. Un élément fondamental de cette recherche est l’utilisation de l’anglais comme moyen d’auto-traduction, qui facilite les efforts des Palestiniens pour combler les fossés linguistiques et se connecter avec le public international, dans le but de favoriser l’empathie, la défense des droits et des résultats concrets. En introduisant le terme « PalesTranslation », cette étude résume la dynamique complexe entre la situation palestinienne et le processus de traduction, transmettant les expériences humaines complexes du conflit et du déplacement. Elle souligne comment la traduction – interprétée à la fois dans son sens littéral et métaphorique – façonne et transmet les récits. Cette approche communicative dépeint la complexité de ces expériences et amplifie les voix des communautés marginalisées qui s’efforcent de se faire entendre à l’échelle mondiale. En augmentant la visibilité de ces récits traduits, l’article incite à réévaluer les perspectives conventionnelles et plaide en faveur de la justice en réponse au génocide en cours à Gaza. Cette enquête vise à encourager une implication plus empathique et proactive dans les études culturelles et médiatiques, dans l’espoir d’influencer positivement les dynamiques de pouvoir.

42. Wollman, Julie E. & Marshall, Ivana M. 2025. « Presidential messages during a time of crisis: a comparative discourse analysis of written communication during the Israel-Hamas War ». Journal of Higher Education Policy and Management, 47(6): 729–741. https://doi.org/10.1080/1360080X.2025.2497587 [États-Unis]

Traduction du résumé
Les présidents d’université sont censés communiquer avec leurs administrés en cas de crise sur le campus, mais peu d’études ont été menées sur la manière dont les mots spécifiques qu’ils utilisent dans leurs communications écrites influencent la perception des événements et façonnent le sens que les lecteurs leur donnent. Cette étude a consisté en une analyse du discours utilisé par deux présidents d’une grande université privée de recherche américaine dans leurs courriels adressés à la communauté du campus pendant la période de troubles causés par la guerre entre Israël et le Hamas en 2023-2024. L’un des présidents ayant succédé à l’autre pendant la crise, il a été possible de comparer leur utilisation du langage, d’analyser leur cadrage caractéristique et leur interprétation intentionnelle, et de proposer des implications pour les dirigeants en matière de choix lexicaux dans leurs messages publics. Les résultats révèlent que chaque dirigeant a privilégié un langage différent pour construire son identité professionnelle et son leadership, reconnaître les émotions, façonner la signification des événements et encourager des comportements spécifiques. Leurs choix lexicaux montrent des contrastes marqués dans la manière dont ils ont cadré la crise et façonné l’interprétation.

43. Zibin, Aseel, Altakhaineh, Abdel Rahman Mitib & Jarrah, Marwan. 2024. « Compound nouns as linguistic framing devices in Arabic news headlines in the context of the Israel-Gaza conflict. » Russian Journal of Linguistics 28 (3): 535–558. https://doi.org/10.22363/2687-0088-39562 [Jordanie]

Traduction du résumé
Les noms composés, qu’ils soient métaphoriques ou non, sont des structures linguistiques compactes et évocatrices largement utilisées dans les titres d’actualité. Cependant, une analyse de la littérature pertinente montre qu’ils n’ont pas été étudiés dans le contexte des titres d’actualité dans les médias arabes. Cette étude vise donc à identifier le rôle des noms composés métaphoriques et accrocheurs en tant que puissants dispositifs de cadrage dans les titres d’actualité arabes, en particulier dans le contexte du conflit israélo-gazaoui. En nous appuyant sur la théorie du cadrage d’Entman (1993), nous avons analysé le corpus, composé de 350 titres d’articles provenant d’agences de presse arabes, et identifié les composés à l’aide des critères d’Altakhaineh (2019) pour déterminer s’il s’agissait de composés. Le nombre total de composés collectés s’élevait à 231 (196 endocentriques et 35 exocentriques). L’étude révèle une utilisation délibérée des composés nominaux endocentriques et, parfois, exocentriques comme expressions accrocheuses et métaphores, montrant comment ils influencent le récit entourant le conflit cible. La préférence délibérée pour les composés endocentriques par rapport aux composés exocentriques dans les titres d’actualité arabes renforce l’importance de la clarté et de la compréhension immédiate dans les dispositifs de cadrage afin de garantir une communication efficace. À travers l’identification et l’analyse de dix cadres, nous soutenons que l’utilisation de composés comme dispositifs de cadrage dans la couverture médiatique arabe du conflit israélo-gazaoui reflète une perspective distinctive, construisant une réalité qui diverge nettement du récit souvent dépeint dans certains médias occidentaux.

Mention de la source du contenu multimédia

  • Ma’moun Othman, 2021. « Watch » also called « domes » pattern (Palestinian embroidery). CC BY-SA 4.0

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Gaza, les mots pour (ne pas) le dire Droit d'auteur © 2026 par Hadjira Medane et Marie-Anne Paveau est sous licence License Creative Commons Attribution - Partage dans les mêmes conditions 4.0 International, sauf indication contraire.