Autonomisation économique et émergence du leadership féminin des survivantes de Boko Haram. Cas des départements du Logone-et-Chari et du Mayo-Sava
Safiatou Saïdou et Safiatou Saïdou
Introduction
La crise sécuritaire liée aux exactions de Boko Haram a affecté les populations de l’Extrême-Nord du Cameroun, ce qui a entraîné le déplacement de celles-ci et augmenté leur niveau de vulnérabilité. Le rapport de juin du Bureau de la coordination humanitaire des Nations-Unies (OCHA, 2022) précise que l’insécurité liée aux conflits armés dans la zone du bassin du lac Tchad continue d’affecter cette région. Les départements du Logone-et-Chari, du Mayo-Sava et du Mayo-Tsanaga sont les plus affectés, concentrant à eux seuls près de 90% des incidents sécuritaires enregistrés dans la région, ce qui entraîne une augmentation significative des besoins vitaux de base et mobilise fortement les acteurs humanitaires.
Depuis le début de la crise sécuritaire, le gouvernement camerounais, en collaboration avec les organisations humanitaires nationales et internationales, s’efforce de soutenir la réhabilitation des communautés affectées afin d’améliorer leurs conditions de vie. Selon l’OCHA (2021), la réponse humanitaire dans la région de l’Extrême-Nord mobilise au moins 53 organisations, dont 17 ONG internationales, 15 ONG nationales, 11 agences onusiennes, 8 acteurs gouvernementaux et 2 organisations du Mouvement de la Croix-Rouge. Près de 83% de leurs interventions sont concentrées dans les départements du Logone-et-Chari, du Mayo-Sava et du Mayo-Tsanaga. Dans ces programmes d’aide humanitaire, l’intégration de l’approche genre a permis d’orienter certaines interventions en faveur des femmes, à la fois victimes et actrices des processus de guerre, de paix et de sécurité. Cette orientation s’inscrit dans la logique de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies (ONU, 2000), qui préconise la protection des droits des femmes et des filles en période de conflit, leur participation aux processus de paix, ainsi que la prise en compte de leurs besoins spécifiques dans les actions de consolidation de la paix. En cohérence avec l’Objectif de développement durable 5 (ODD 5), visant l’égalité des sexes et l’autonomisation de toutes les femmes et les filles à l’horizon 2030, les interventions humanitaires tendent ainsi à renforcer l’autonomisation féminine, notamment par l’amélioration de la sécurité humaine dans les départements du Logone-et-Chari et du Mayo-Sava.
Ce chapitre analyse l’autonomisation des femmes affectées par la crise sécuritaire et la construction de leur leadership dans les départements du Logone-et-Chari et du Mayo-Sava. Il s’interroge sur les mécanismes mis en œuvre par les organisations humanitaires pour atteindre ces objectifs, ainsi que sur les conditions d’émergence du leadership féminin au sein des communautés locales. L’analyse porte également sur les obstacles rencontrés par les acteurs humanitaires, les initiatives économiques développées par les femmes, l’affirmation de nouvelles figures féminines de leadership et les limites des interventions, ainsi que les mesures palliatives mises en place.
Méthodologie
La présente étude a été menée dans les départements du Mayo-Sava et du Logone-et-Chari, situés dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, des zones frontalières particulièrement affectées par les violences de Boko Haram. La population d’étude est composée de femmes survivantes de la crise sécuritaire ainsi que d’acteurs et actrices humanitaires engagé·e·s dans leur accompagnement vers la résilience.
L’approche méthodologique repose principalement sur des données qualitatives, mobilisant une analyse documentaire et des entretiens semi-directifs réalisés auprès de 26 personnes, incluant des femmes survivantes et des intervenant·e·s humanitaires issu·e·s des ONG concernées. La revue documentaire a porté sur la situation sécuritaire de la région et sur les réponses apportées à la crise Boko Haram, à partir des rapports et des travaux antérieurs (Kossoumna Liba’a et al., 2017; ONU Femmes, 2018; OCHA, 2021; Safiatou, 2021; Tanagued, 2021), permettant d’appréhender le niveau d’implication des femmes dans les processus de consolidation de la paix.
Les données primaires ont été collectées grâce à des guides d’entretien administrés à 20 femmes survivantes, dont dix dans le Mayo-Sava et dix dans le Logone-et-Chari. Ces femmes sont des bénéficiaires des actions humanitaires, mais aussi membres et leaders d’associations féminines. Dans le Mayo-Sava, ces groupements sont : les Acteurs Dynamiques de Calcio (ADYCA), le Cœur d’une Mère, les Femmes Bayam-Selam, le Réseau des Femmes, l’Association des Jeunes Femmes de Mora (AJEFMO), le GIC Yaha Yesso de Mehe, le GIC des femmes de Manawatchi et l’association des femmes arabes choa. Dans le Logone-et-Chari, les répondantes appartiennent aux groupements suivants : le GIC Tam-Tam, le GIC Nadjma, le GIC Faham, le GIC Almagoche, le GIC Ngama, le GIC Arkiss, le GIC Hile Haoussa 1, le GIC Hile Haoussa 2, le GIC Ouli Goulmade et l’association Dilga Eli. En outre, les données ont été complétées par les informations recueillies auprès de six acteurs et actrices humanitaires, dont 3 dans le Logone-et-Chari et 3 dans le Mayo-Sava. Ceux-ci et celles-ci travaillent pour le compte d’organismes tels que le Redressement Économique et Social Inclusif du Lac Tchad (RESILAC), le Norwegian Refugee Council (NRC), le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), le Réseau des Volontaires Communautaires pour le Progrès (RESEVCOMP) et le Centre d’Appui à l’Auto Promotion pour le Développement Durable (CAPROD). La sélection de ces personnes ressources a été faite grâce à la technique d’échantillonnage par choix raisonné afin d’obtenir des informations fiables en rapport avec cette recherche. Enfin, cette collecte des données s’est enrichie par la prise de photos qui a permis de visualiser les interactions sociales et de compléter le discours des informateur·trice·s.
Les données recueillies ont été soumises à une analyse thématique de contenu. Leur interprétation a permis d’élucider les variables étudiées en rapport avec la vulnérabilité socio-économique des femmes, leur insertion socio-économique et leur leadership. La présentation des résultats s’est accompagnée des images illustratives et des verbatims des acteurs et actrices interrogé·e·s.
En ce qui concerne le cadre théorique, la théorie du leadership adaptable de Gary Yukl (2002) est convoquée pour rendre compte de la situation des femmes survivantes de la crise sécuritaire Boko Haram. Elle repose sur le postulat selon lequel les leaders doivent ajuster constamment leurs comportements et leurs stratégies en fonction des spécificités de la situation et des personnes qu’ils dirigent. Ce modèle met l’accent sur la flexibilité et l’adaptabilité du leader, en reconnaissant que des situations variées nécessitent des approches différentes pour maximiser l’efficacité du leadership. Pour Yukl, un leader efficace doit avoir la capacité de changer de style et d’approche en fonction des défis, des besoins des subordonnés et des conditions organisationnelles. Pour ce faire, le leader doit procéder à la compréhension du contexte organisationnel, à l’évaluation des besoins des subordonnés, à la flexibilité du comportement, à la réactivité aux situations changeantes et au leadership en fonction des objectifs.
Dans la présente étude, les femmes se servent du leadership adaptable dont l’objectif est de mieux comprendre les besoins de leurs pairs, de s’adapter aux différentes situations afin de maximiser la performance et la satisfaction au travail. En fonction des situations, des opportunités, elles adaptent leur management afin de créer un environnement favorisant l’autonomisation économique de leurs pairs. Ainsi, les leaders féminins mobilisent les autres femmes, les motivent et créent des relations motivantes pour les rendre autonomes dans une perspective collective. Cela signifie que les leaders doivent être formés pour être conscients de la nécessité de flexibilité dans les situations changeantes afin de gérer des équipes de plus en plus diversifiées.
Pour examiner en profondeur le contenu des données recueillies, le présent chapitre est structuré en quatre parties. La première explore les besoins exprimés par les survivantes de la crise sécuritaire et les nouveaux facteurs de vulnérabilité. La deuxième partie traite des stratégies d’autonomisation économique des femmes affectées par cette crise. La troisième porte sur l’émergence du leadership féminin, et la quatrième sur les obstacles et les conditions pour une meilleure indépendance financière de ces survivantes.
Besoins exprimés par les survivantes de la crise sécuritaire
Le déplacement forcé des populations des zones de combat vers d’autres localités d’accueil a fait émerger un lot de besoins exprimés par les survivantes de la crise sécuritaire.
En effet, en fuyant ces zones, les femmes ont abandonné tous leurs biens et les avoirs nécessaires à leur survie. Dès leur installation dans les villes hôtes, elles ont fait face à plusieurs difficultés, à savoir : le problème de nutrition, la pauvreté et la difficulté d’autonomisation économique, le manque de formation aux petits métiers, les défis de sécurité, l’éloignement des points d’eau et des lieux de collecte du bois de chauffe, l’obscurité, ou encore l’absence de ressources, d’opportunités et de services sociaux de base.
Pour s’installer dans les camps d’accueil, les populations déplacées ont besoin de ce qu’il convient d’appeler « le kit de dignité », qui comprend l’alimentation, l’eau, le matériel d’hygiène et le logement. Ces éléments servent à la satisfaction vitale. Or, sur les sites d’accueil, les jeunes filles et les femmes manquent de tout. Comme le renseignent Kossoumna Liba’a et ses collègues (2017 : 119), elles « sont d’autant plus exposées qu’elles n’ont pas les moyens de subsistance suffisants ni de protection dans leur lieu de vie (abri, tente, maison…) ». Elles survivent au jour le jour avec un nombre de repas limité en quantité et en qualité. Elles peinent à disposer d’un kit de dignité adéquat (Safiatou, 2021). C’est la raison pour laquelle OCHA (2022) expose l’aperçu des besoins de cette population vulnérable en ressortant les priorités suivantes : abris, eau, hygiène et assainissement, éducation, nutrition, protection de l’enfance, santé et sécurité alimentaire. Les déclarations suivantes détaillent la pluralité de ces besoins :
Nous avons besoin de nourriture, de soins sanitaires, d’abris, d’argent, de sacs vides pour mettre du sable et faire des digues pendant les inondations, et d’électricité (entretien avec la responsable de l’association Ngama).
La nourriture, les soins sanitaires, les abris, l’argent, la scolarisation des enfants sont ce qu’il nous faut pour pouvoir vivre ici (entretien avec la responsable de l’association Arkiss).
Les femmes manquent du nécessaire pour vivre dans les camps de déplacés : ustensiles de cuisine, vivres, matériel de couchage et points d’eau potable (entretien avec la responsable de l’association de DILGA ELI).
Dans cette logique, l’expression des besoins des femmes, surtout celles déplacées interrogées dans le cadre de cette étude, se résume en termes de sécurité, de soins sanitaires, d’abris, de vivres, de point d’eau et d’électricité, d’habits pour enfants, de scolarisation, de matériel de couchage et de moyens financiers.
En outre, la nécessité d’une autonomisation économique des femmes afin de réduire leur dépendance économique vis-à-vis des hommes et leur vulnérabilité a été relevée parmi la multitude des défis à surmonter. L’accroissement de leurs moyens de subsistance, la création et la gestion des activités génératrices de revenus étant nécessaires, la responsable des Acteurs Dynamiques de Calcio a par exemple proposé des actions durables en ce sens, telles que « la mise en place d’un espace de solidarité entre les femmes, leur autonomisation, la création et la gestion des AGR ». Ces actions visent une amélioration du niveau d’autosuffisance économique des femmes en vue de leur réinsertion économique et sociale. Toutefois, la satisfaction de ces besoins exige des ressources financières qui ne sont pas à la portée des femmes se trouvant dans une situation de vulnérabilité sociale.
Facteurs et acteurs aggravants de la vulnérabilité féminine
Dans les villes de départ et d’accueil, plusieurs facteurs aggravant la vulnérabilité des femmes survivantes ont été recensés et décriés. Le premier facteur est sans doute celui de l’insécurité qui ne permet pas aux femmes de se déplacer comme elles le veulent et qui les expose aux risques de violences basées sur le genre (VBG), à l’instar des enlèvements, des agressions physiques, etc. En rapport avec ce facteur sécuritaire, la présidente de l’Association du Réseau des Femmes de Mora affirme :
Dernièrement, à Kerawa, les femmes ont été victimes d’une agression des membres de Boko Haram qui leur ont coupé les oreilles, les seins. D’autres ont été tuées alors qu’elles partaient couper du bois pour le vendre afin de subvenir à leurs besoins. (Entretien avec la responsable de l’Association du Réseau des Femmes de Mora, le 11 décembre 2022)
Les atrocités décrites par la présidente du Réseau des Femmes de Mora sont un exemple des incidences fâcheuses sur la sécurité des femmes dans la région. C’est ce que reconnait d’ailleurs ONU Femmes (2018 : 8) : « la présence de Boko Haram dans la forêt ou la brousse de l’Extrême-Nord constitue un danger sans précédent pour les femmes à la recherche des ressources naturelles ».
La pauvreté et la dépendance financière des femmes représentent des obstacles majeurs à leur autonomie économique, exacerbant ainsi leur vulnérabilité face aux problèmes de sécurité. Ces obstacles sont souvent liés à des contraintes culturelles, mais aussi économiques et éducatives qui limitent l’accès des femmes à des opportunités de développement personnel et professionnel. Ces contraintes culturelles et sociales ont des répercussions directes sur la capacité des femmes à accéder à des ressources économiques et à prendre des décisions indépendantes.
Tout d’abord, les normes culturelles et religieuses jouent un rôle central dans la définition du statut des femmes. Dans de nombreuses sociétés, ces normes dictent leur place dans la sphère privée, souvent confinée au mariage et à la maternité. Ce cadre restrictif, inscrit dans la tradition, limite l’accès des femmes à des rôles actifs dans la société, notamment en matière de travail rémunéré. Comme l’indique l’ICG (2016 : 12), ces règles imposent aux femmes des rôles domestiques, sans leur offrir de réelles possibilités de s’engager dans des activités génératrices de revenus (AGR). Dans ce contexte, les normes sociales sont souvent renforcées par des pratiques familiales où le mariage est vu non seulement comme une étape de la vie des femmes, mais aussi comme une manière d’assurer leur subsistance, notamment dans des contextes de pauvreté.
En parallèle, la situation économique des familles pauvres conduit parfois à des choix qui exacerbent encore les inégalités de genres. Dans des situations où la subsistance devient un enjeu majeur, certaines familles, face à la précarité, voient dans le mariage une solution. Comme le mentionnent Kossoumna Liba’a et al. (2017 : 116), « certaines familles ‘pauvres’ envoient leurs filles en mariage par intérêt dans des familles jugées aisées afin de pouvoir subvenir à leurs besoins ». Ce phénomène, qui peut apparaître comme une stratégie de survie (Safiatou, 2021), prive les jeunes filles de leur droit à l’éducation et les confine à des rôles domestiques et reproductifs.
Le manque d’accès à l’éducation est un facteur déterminant de cette situation. En effet, la scolarisation des filles est souvent négligée, notamment dans des zones comme le Mayo-Sava et le Logone-et-Chari, où les survivantes de Boko Haram, après avoir subi des violences physiques et psychologiques, font face à des obstacles supplémentaires. Le mariage et la maternité précoces sont des facteurs aggravants de la non-scolarisation. Les filles et jeunes femmes qui sont confrontées à ces réalités sont souvent contraintes de choisir des parcours éducatifs limités, comme l’enseignement coranique, qui ne leur permet pas d’acquérir les compétences nécessaires pour accéder à un emploi rémunéré. Ainsi, comme le souligne Ntuda Ebode et al. (2017), la réticence à fréquenter les écoles occidentales et la préférence pour l’enseignement coranique ne favorisent pas leur insertion dans l’économie formelle. Ce choix, en apparence anodin, les prive des moyens d’accéder à une éducation de qualité et à des compétences professionnelles qui leur ouvriraient des portes vers l’autonomie économique. La conjonction des contraintes culturelles, économiques et éducatives maintient ces femmes dans un cercle vicieux de dépendance et d’impossibilité de se réaliser pleinement dans la sphère économique.
Par ailleurs, dans la logique des facteurs aggravant la vulnérabilité féminine, les femmes manquent également des moyens pour se déplacer. De grandes distances existent entre leur lieu de résidence, leur lieu de travail et leur marché. Pour aller d’un point à un autre, elles pratiquent beaucoup plus la marche qui les fatigue et leur fait perdre du temps. Du coup, elles sont limitées dans leurs activités. Cette situation est décrite de la sorte par une répondante :
Les femmes n’ont pas d’argent de transport. Pourtant, pour de longues distances, elles ont besoin des motos ou des voitures pour aller faire le commerce ou l’agriculture, mais elles ne disposent pas de ces moyens. (Entretien avec la présidente de l’AJEFMO de Mora le 11 décembre 2022)
En outre, l’occupation des terres habitables, de l’espace agricole, la dévastation des champs par le bétail des groupes déplacés et la stigmatisation de certain·e·s réfugié·e·s ont nourri des tensions intercommunautaires et inscrit la cohésion sociale dans un nouveau cycle de conflits (Ntuda Ebode et al., 2017). À ce propos, un humanitaire interrogé à Kousseri évoque, parmi les facteurs qui accentuent les conditions de vie précaires des femmes, « les conflits interethniques ou communautaires, précisément le conflit Arabe Choa / Mousgoum, l’inondation, le décès et l’absence de mari, la pauvreté, la maladie, la sous-scolarisation de la jeune fille et le vol ». Dans cet ordre d’idées, l’une des victimes raconte sa situation en ces termes :
J’ai perdu mon mari depuis 2016 dans la guerre contre Boko Haram. Il m’a laissée avec cinq enfants en charge et, pour avoir à manger, nous sommes obligés de travailler les champs des gens ici à Mora et de faire le petit commerce. C’est très difficile de s’occuper des enfants seule, je ne peux pas satisfaire tous leurs besoins dans cette ville étrangère. (Entretien avec un membre de l’AJEFMO à Mora le 11 décembre 2022)
De plus, dans les cultures patriarcales de ces localités où l’homme est au centre des décisions, l’hostilité des époux au fait que leurs femmes exercent des activités économiques de libre choix constitue un autre blocage. Selon les propos de la responsable de l’ADYCA, les femmes « dépendent de leurs maris, elles ne peuvent rien faire sans l’autorisation de ceux-ci ».
En effet, la plupart des femmes ne font pas le marché elles-mêmes. Elles ne peuvent aller ni venir sans l’autorisation de leur partenaire ou d’un membre de la famille. Cette situation s’explique par la division sexuelle des tâches sociales dans ces socio-cultures où les femmes jouent le rôle des « travaux dits reproductifs » (Goislard, 1996 : 46). Dans ce contexte, le poids des traditions, aussi bien que les époux, constituent des obstacles majeurs à l’émancipation de ces femmes. C’est la raison pour laquelle, selon un rapport du PNUD daté de 2018, la majorité des femmes dans cette région sont des ménagères, sans activités génératrices de revenus. Cela a amené ONU Femmes (2018 : 6) à dénoncer qu’à l’Extrême-Nord en général, « certains hommes auraient substitué leur pouvoir de domination ébranlé, du fait d’un rôle économique en déclin, par le fait de confisquer les documents officiels de leurs épouses, documents bien souvent nécessaires pour accéder à l’aide humanitaire ».
Même les femmes devenues cheffes de ménage suite au décès de leur mari pendant la guerre, qui font dans les petits métiers tels que la culture des légumes et des céréales de subsistance, n’ont pas un circuit commercial fructueux. L’éducation casanière qui leur a été inculquée dès l’enfance les pousse à exercer un commerce passif, les amenant ainsi à attendre que les âmes de bonne volonté viennent acheter leurs articles à domicile.
En ce qui concerne le déni des ressources, d’opportunités ou de services, les répondantes rencontrent toutes ces difficultés dans les différentes zones enquêtées telles Kousseri, Makary, Fotokol, Mora, Mémé et Kolofata. Les personnes qui privent les femmes dans l’accès ou l’obtention d’avantages sociaux sont le plus souvent leur partenaire, leur père ou beau-père et leur frère. De ce fait, Kossoumna Liba’a et ses collègues (2017) expliquent que le partenaire empêche l’autonomisation de la femme parce qu’il pense qu’elle serait pour lui une source d’absence de soumission. Les hommes, par la violence, s’assurent du respect de leurs épouses, car ils estiment que si celles-ci ont les moyens de subvenir à leurs besoins, elle les quitteront. À ce sujet, il ressort de l’entretien mené avec la responsable de l’association Réseau des femmes de Mora qu’il existe des « hommes qui ne souhaitent pas que les femmes progressent et qui sont contre leur émancipation ». Ces conditions maintiennent les femmes dans une situation de précarité et de dépendance financière.
De l’identification des besoins des survivantes de Boko Haram ressort la nécessité d’autonomiser ces femmes sur le plan financier, afin qu’elles puissent améliorer leurs conditions de vie. D’ailleurs, l’une des stratégies façonnées dans le cadre de l’ODD5 est de rendre les femmes autonomes par la pratique des activités génératrices de revenus.
Autonomisation économique des femmes affectées par la crise sécuritaire
La définition de Kabeer (2001 : 27) présente l’autonomisation comme l’« élargissement de la capacité d’une personne à opérer des choix de vie stratégiques dans un contexte où cette capacité lui était antérieurement refusée ». Selon Pradhan (2003 : 53), l’autonomisation des femmes conduit celles-ci à opérer des « choix indépendants, leur permettant d’émerger d’une position subalterne et de faire des réclamations sur leur part des avantages, des interventions de développement comme leur droit, plutôt que d’être les destinataires passives de distributions d’assistance sociale ». C’est pourquoi elle est « perçue comme l’une des stratégies de lutte contre la pauvreté » (Aifa & Dognon, 2022 : 523). Dans le cas présent, nous appréhendons l’autonomisation économique des femmes comme un mécanisme de renforcement des connaissances, des capacités et des aptitudes de celles-ci afin de sortir de leur état de dépendance économique. Dans cette optique, les organisations humanitaires et l’État ont procédé à l’identification des opportunités économiques réelles, à la formation des femmes dans les AGR et à leur implémentation dans les filières choisies et porteuses avec des appuis financiers, matériels et techniques.
Actions humanitaires en faveur de l’autonomisation féminine
Plusieurs actions sont entreprises par les organisations humanitaires locales, nationales et internationales en vue d’autonomiser les femmes dans les localités affectées par la crise sécuritaire Boko Haram. Dans le Logone-et-Chari et le Mayo-Sava, ces organismes sont entre autres : ADES, ALDEPA, CADEPI, CAPROD, IMC, IRC, JRS, LWF, NRC, PAM, PNUD, RESILAC, Public Concern, UNFPA[1].
En effet, la part des investissements humanitaires en faveur des femmes est non négligeable. Dans tous les projets humanitaires, surtout ceux des ONG internationales, la sensibilité au genre se fait ressentir par « des pourcentages de 30 à 50% prédéfinis à l’endroit des actions orientées vers les femmes. Mais, pour les projets spécifiques aux femmes, celles-ci restent les principales bénéficiaires, comme le cas des projets sur l’autonomisation et le bien-être des femmes » (Entretien avec un chargé de programmes d’une ONG à Mora le 02/12/2022)[2]. C’est dire que les organisations internationales manifestent le souci d’inclure cette catégorie pour une autonomisation économique et un épanouissement social de celle-ci. Ceci permet d’assurer la représentativité du genre dans leurs actions. La politique de nutrition du PAM (2017-2021), par exemple, soutient que l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes sont essentielles pour assurer une bonne nutrition et des moyens de subsistance durables et résilients fondés sur les droits humains et la justice. Ainsi, certaines actions constituent des leviers du renforcement des capacités financières des femmes selon les besoins de leurs secteurs d’activités.
Les femmes interrogées évoquent de façon respective quatre modes d’accès aux financements, à savoir : les humanitaires, les parents, les tontines[3] et l’État. Ce dernier intervient à travers le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF), le Ministère l’Agriculture et du Développement Rural (le MINADER) et le Fonds National de l’Emploi (FNE).
Ces orientations montrent que les humanitaires jouent un rôle important dans les financements obtenus par les femmes. Les ONG, avec leur politique de transferts d’argent, préfèrent envoyer des fonds d’aide aux femmes en ciblant les ménages dans différentes localités touchées par Boko Haram. Le PAM, par exemple, prend en compte la dimension genre dans ses interventions à travers les activités relatives aux marchés alimentaires qui sont des sortes d’« appui aux greniers villageois, avec l’initiative Food For Assets (Assistance alimentaire contre biens communautaires), le Cash-Based Transfer (CBT), les achats locaux et enfin la distribution générale de vivres aux populations, notamment dans l’interaction entre les bénéficiaires et les marchés » (Yossa, 2017 : 50). En partenariat avec le FIDA et la FAO, cet organisme a initié un fonds de garantie de financement des opérateurs économiques des marchés alimentaires, particulièrement pour les femmes.
Les bénéficiaires des actions humanitaires témoignent des différents soutiens reçus de part et d’autre. Dans le Logone-et-Chari, les actions en faveur de l’autonomisation des femmes sont, pour la plupart, réalisées par les organismes nationaux et internationaux. Le RESEVCOMP participe à l’autonomisation des filles. Dans la même logique, le PNUD a soutenu l’autonomisation des femmes à travers le projet HIMO[4]. Ce projet a permis la construction de points d’eau, de magasins de stockage des produits agricoles, de canaux d’irrigation et de fours de fumage. Grâce à ce projet, de nombreuses femmes ont pu investir dans des activités rentables à l’instar du commerce, de l’agriculture et de l’élevage. C’est ce qui amène la responsable de l’association, Dilga Eli, à souligner les avantages du projet en ces termes : « L’argent reçu de la Haute Intensité de Main-d’Œuvre (HIMO) a permis aux filles et aux femmes de faire des petits commerces. Elles ont également acheté des semences de riz, de gombo et d’oignons pour faire des champs dont elles vont vendre les produits après les récoltes ». Actuellement, l’ALDEPA continue d’impliquer les femmes et les hommes dans le projet HIMO à Samakalé dans le Logone-Birni.
Dans cette logique d’autonomisation, une dizaine de femmes ont été formées par le PROLAC[5] à la pratique de la culture hors-sol en novembre 2022 à Kousseri. Comme en témoigne cet informateur, « récemment, le PROLAC vient d’appuyer l’autonomisation des femmes dans le Logone-et-Chari en les dotant de moyens agricoles et en implémentant des magasins de stockage à Kousseri et à Makary, en avril 2022 » (Entretien avec le responsable de RESEVCOMP à Kousseri, le 12 décembre 2022). Les images suivantes illustrent cette forme de culture à l’occasion de cette session de formation.

Dans le Mayo-Sava, plusieurs projets étaient à l’œuvre. L’UNFPA, à travers le projet JSPS[6], a donné aux femmes des petits ruminants afin qu’elles les élèvent et les revendent. De même, le PAM et le PNUD ont apporté diverses aides pour l’autonomisation des femmes. Une informatrice affirme à cet effet : « Nous avons reçu du PAM de l’aide matérielle et financière. Le PNUD, quant à lui, nous a octroyé du matériel pour l’agriculture en groupe, en plus de la formation ». Dans le domaine de l’agropastoralisme, les appuis ont été multiples. Parmi le matériel agricole reçu, les bénéficiaires ont listé les semences, les engrais, les motopompes, les pulvérisateurs à dos. Des magasins, des espaces cultivables et des tricycles, servant de moyens de transport pour évacuer la production vers les marchés locaux, ont également été mis à leur disposition. Les soutiens reçus dans cette filière permettent déjà aux femmes bénéficiaires de réaliser de grandes cultures de sorgho, de maïs, de coton et de haricot blanc, appelé localement « niébé », qu’elles ont désormais la possibilité d’exporter vers d’autres villes du Cameroun. C’est le cas de la réception des motopompes par les GIC Tam-Tam et Nadjima dans le Logone-et-Chari et du don d’un magasin de stockage au GIC Yaha Yesso de Mehe dans le Mayo-Sava, illustrés par les images ci-dessous.


Les organismes humanitaires ont procédé à l’organisation des femmes en groupes de commerce. Ceci a permis à plus d’une de s’investir dans la vente des céréales, de toutes les productions agricoles, du poisson et des pagnes avec la mise en place des boutiques dans le Mayo-Sava. C’est le cas du RESILAC qui a financé l’activité de stockage et de vente de mil par les femmes du Mayo-Sava. C’est ainsi que la présidente d’ADYCA (Acteurs Dynamiques de Calcio) mentionne que cet organisme leur a donné « du mil, des pousses, des mesurettes, des récipients et des formations en gestion d’une AGR » (Entretien réalisé le 8 décembre 2022, à Kolofata). Certaines ONG ont également offert des arachides aux femmes pour qu’elles raffinent de l’huile. Ce qui a amené le responsable de RESEVCOMP à reconnaitre que « le PNUD leur a donné des congélateurs, des machines à écraser, des moulins à huile pour permettre aux femmes de faire des jus de fruits et d’en vendre » (Entretien réalisé à Kousseri, le 12 décembre 2022). La planche ci-après présente, à gauche, les activités des femmes de Dilga Mousgoum qui font de la vente de poisson sec et se préparent à le fumer près du fleuve Logone. À droite, elle expose la réception d’un moulin à écraser par une association féminine à Mora.

Dans le domaine de la restauration, le PNUD a accompagné plusieurs femmes en les dotant des appareils électroménagers, à l’instar des cuisinières et des ustensiles de cuisine tels que les marmites et les assiettes. Ceci a permis à ces femmes bénéficiaires de s’installer en entreprise et d’exercer leur activité de restauration. C’est ainsi que la responsable de l’association Réseau des Femmes de Mora affirme que les femmes réussissent mieux dans cette activité parce que « ces restaurants fonctionnent » (entretien réalisé à Mora le 11 décembre 2022).
En ce qui concerne la couture, certaines femmes affirment avoir reçu des machines à coudre et à broder. À Mora, par exemple, le PNUD a soutenu les femmes dans ce domaine avec des équipements. De même, dans le Logone-et-Chari, l’UNFPA et l’ACDC ont formé et appuyé financièrement, matériellement et techniquement, les femmes victimes de Boko Haram en élevage, en agriculture, en AGR, en pisciculture, en saponification, en restauration, en couture et en petit commerce.
En outre, avec l’approche collective de l’insertion socio-économique des femmes, les ONG ont formé celles-ci en « comptabilité simplifiée pour savoir gérer leurs activités et leurs revenus facilement » (Entretien avec un humanitaire à Mora, le 08 décembre 2022). C’est le cas du PNUD qui a formé des femmes en agriculture et en comptabilité. D’autres organismes ont formé des femmes de façon spécifique en compostage (fabrication de l’engrais organique à base des déchets organiques), en itinéraire technique de spéculation reçue, en AGR (gestion des stocks, comptabilité simplifiée et marketing) et en élevage (détection des maladies des petits ruminants, nutrition des petits ruminants, détection de leur gestation et autres conseils liés à l’agropastoralisme).
Les organisations humanitaires ont ainsi envisagé l’autonomisation des femmes dans une perspective holistique, en intégrant les aspects tels que l’information, la formation aux petits métiers porteurs et au renforcement des capacités entrepreneuriales des femmes, la création et le renforcement des coopératives féminines, ainsi que le financement de leurs activités économiques.
Toutefois, il importe de préciser que les femmes survivantes de la crise sécuritaire n’ont pas toutes les mêmes facilités d’accès aux financements. En effet, l’accès aux financements est généralement conditionné par le statut matrimonial de celles-ci. Les plus privilégiées sont d’abord les célibataires/divorcées, puis viennent les mariées, les adolescentes et les veuves. Les données des enquêtes menées montrent que les femmes célibataires/divorcées ont une plus grande facilité d’accès aux financements parce qu’elles n’ont pas une chape masculine qui les en empêche. Par ailleurs, elles accèdent facilement aux informations sur le financement. Cette facilité résulte de l’absence du mari et, logiquement, de la contrainte liée à son refus de laisser le libre choix à la femme de s’investir dans une activité économique. Depuis l’avènement de la crise Boko Haram, la donne tend à changer. De plus en plus de femmes mariées commencent à s’épanouir grâce à la volonté de leur mari à les laisser s’inscrire sur la liste des bénéficiaires de divers appuis.
Dans les zones d’accueil, l’accès des femmes déplacées à la terre s’effectue selon quatre modes principaux : la location (environ 80% des cas), le prêt, le don et l’achat. La location demeure le mode le plus courant, tandis que les autres formes restent marginales en raison de la forte pression foncière et de l’instabilité des ménages, liée à l’espoir d’un retour dans les villages d’origine à la fin du conflit. Face à ces contraintes, l’OCHA et ses partenaires ont organisé en 2022 sept sessions de sensibilisation sur la sécurisation des transactions foncières, touchant 207 femmes dans les départements du Logone-et-Chari, du Mayo-Sava et du Mayo-Tsanaga. Ils ont apporté une assistance juridique à 28 femmes confrontées à des litiges fonciers (OCHA, 2022).
Aujourd’hui, de nombreuses femmes deviennent indépendantes financièrement grâce aux actions des ONG. Celles-ci ont augmenté les marges d’investissement des femmes. C’est cette réalité qu’explique l’une de nos répondantes :
Par la vente des produits issus de leurs champs, avec les fonds reçus des HIMO, elles ont initié le commerce et augmenté la marchandise dans les boutiques. (Entretien avec la présidente du GIC Almagoche à Kousseri, le 12 décembre 2022)
Les dons de sacs de riz, de farine, de sucre et d’huile ont permis aux femmes de réaliser des activités économiques telles que le petit commerce, la vente des aliments. Certaines se sont investies, grâce à l’argent reçu, dans l’achat de marchandises pour revendre et dans la création de petits jardins. D’autres ont reçu des dons en espèces et le paiement issu de HIMO leur a permis d’épargner et d’avoir accès au crédit afin de s’investir dans les AGR. De ces points de vue, on peut dire qu’elles sont autonomes dans la mesure où elles font des activités qui leur permettent d’avoir des revenus et de s’occuper de la scolarisation de leurs enfants et des besoins de la maison, surtout des habits pour la fête. (Entretien avec le responsable de RESEVCOMP à Kousseri, le 12 décembre 2022)
Dans cette optique, les dépenses prises en charge par les revenus des femmes sont significatives dans la satisfaction des besoins familiaux. En effet, certaines informatrices affirment s’occuper de certaines dépenses qui ne leur incombaient pas auparavant. Ce sont notamment l’alimentation, la santé, l’habillement, l’achat du bois de chauffe, du savon et l’éducation des enfants. Ainsi, les revenus générés par les femmes dans ce contexte sont dépensés, pour la plupart, dans l’alimentation qui constitue le principal besoin des ménages. C’est cette réalité que décrivent d’ailleurs Upadhyay et Karasek (2013 : 12) lorsqu’elles affirment :
La supposition est que la femme plus autonomisée désire, outre la maternité, d’autres rôles et de meilleures opportunités pour elle-même et pour ses enfants. En limitant son nombre d’enfants, elle dispose de plus de ressources à consacrer à sa propre personne et à sa famille.
L’inventaire des actions humanitaires en faveur de l’autonomisation des femmes met en évidence la diversité de leurs domaines d’investissement économique. À cet égard, l’intervention humanitaire contribue à la transformation et à la diversification des activités économiques féminines, tout en favorisant l’augmentation de leurs revenus.
Exploration de nouvelles activités économiques par les femmes
Les enquêtes de terrain montrent que les femmes s’adonnent à de nouvelles activités économiques depuis l’avènement de Boko Haram et la perturbation sociale que cette crise a entraînée. Avant la crise, les principales activités économiques des femmes reposaient sur l’agriculture, l’élevage, la couture et la transformation de l’huile d’arachide. Depuis leur installation dans les zones d’accueil, certaines d’entre elles ont diversifié leurs moyens de subsistance en investissant de nouveaux secteurs, notamment le petit commerce de denrées alimentaires et de bois, la pisciculture, la saponification, la vente de bijoux et de pagnes, les activités de microcrédit informel ainsi que la fabrication d’objets d’art.
Émergence du leadership féminin
Le leadership est la capacité à influencer un groupe de personnes et à le gérer afin d’atteindre un objectif commun. Est leader toute personne ayant la capacité de motiver et de fédérer une équipe (Rguibi et Atid, 2021 : 911). Pour Elomari (2016), le leader est une personne capable d’orienter et de motiver les autres membres de l’organisation tout en garantissant leur engagement pour atteindre des objectifs communs. Dans cette logique, Harding (2016 : 63) définit le leadership féminin comme « la capacité d’une femme à influencer directement ou indirectement d’autres personnes, au moyen de pouvoirs officiels ou de qualités personnelles, afin qu’elles agissent conformément à ses intentions ou à un objectif commun ». Dans ce travail, le leadership féminin fait référence à la capacité des femmes à se mobiliser et à s’engager afin de faire évoluer leurs conditions de vie et d’avoir une certaine influence sociale. Dans le Mayo-Sava, tout comme dans le Logone-et-Chari, la création des groupements féminins dirigés par des femmes a fait émerger de nouveaux profils de leaders autrefois inconnus dans les mœurs et les cultures locales.
Formation des femmes leaders des groupements
Aujourd’hui, il y a lieu de remarquer la création des mouvements associatifs où les femmes sont à la tête dans plusieurs localités du Logone-et-Chari et du Mayo-Sava. Comme le témoignent les propos du responsable du RESEVCOMP, « Avant, les femmes ne s’intéressaient pas aux associations. Elles se contentaient des petites tontines. Maintenant, elles s’y intéressent et arrivent à légaliser des GIC et des associations ». De plus en plus, les organismes d’aide humanitaire optent pour l’approche collective afin de procéder à la réinsertion économique des populations vulnérables. Pour former les femmes en associations ou groupements, les ONG organisent des rencontres, des journées de volontariat pour leur expliquer la nécessité d’être constituées en groupes, afin de les appuyer. La création de ces groupements de femmes se fait selon leurs domaines d’activité ou de spéculation. La responsable du GIC Dilga Eli affirme à ce propos : « Depuis environ cinq ans, le PAM a formé plusieurs groupements d’agriculteurs paysans qui sont encadrés par des associations ». Ces associations intègrent les femmes hôtes et les Personnes Déplacées Internes (PDI). La planche ci-dessous expose des séances de sensibilisation des femmes à la création des associations à Mémé (l’image à gauche) et à Kousseri (l’image à droite) par le RESEVCOMP.

Désormais, on assiste à la formation de plusieurs groupements dans les deux départements. Dans le Logone-et-Chari, il y a, en l’occurrence, le GIC Allahou Akida des femmes Mousgoum du Logone-Birni qui pratique le fumage et la vente de poissons, ainsi que celui des femmes Dilga Mousgoum. On peut également citer : le GIC Nadjma et le GIC Tam-Tam de Djambarbar dans la localité de Kousseri, le GIC Ngama qui pratique l’élevage, l’association de Dilga Eli ayant pour domaines d’activités l’agriculture, l’élevage et les AGR, le GIC des femmes de Ouli Goulmade qui s’investit dans l’agriculture, le GIC des femmes de Hilé Haoussa 2 qui s’est lancé dans les AGR et l’association MAM qui regroupe les femmes productrices de jus de fruits.
Dans le Mayo-Sava, l’association des femmes de Walaadé a donné naissance à d’autres associations, notamment le réseau des femmes du Mayo-Sava, les femmes entrepreneures, les femmes bayam-selam, AJEFMO, ADYCA, FEDYCA, Cœur d’une mère et l’Association des femmes Arabes-Choa. Celles-ci font respectivement dans la fabrication et la vente de jus de fruits, l’achat et la vente de légumes et de céréales, l’extraction et la vente d’huile d’arachide, la fabrication et la vente de yaourt. La liste n’est pas exhaustive, car il en existe bien d’autres qui font dans plusieurs filières économiques. Pilotés par les femmes, ces groupements sont actuellement opérationnels et certains très actifs sur le terrain. Toutefois, il y a des associations mixtes qui regroupent les hommes et les femmes. Tel est le cas des « associations de Worba, de Gancé qui sont mixtes et qui font dans l’agriculture, les cultures maraîchères telles que les oignons, l’ail. Ces associations concernent aussi bien les hommes que les femmes » (Entretien avec la présidente du Réseau des Femmes de Mora, le 09 décembre 2022 à Mora).
Dans la formation et le renforcement des capacités entrepreneuriales des femmes, celles-ci ont également reçu une formation du Fonds National de l’Emploi (FNE) en management des entreprises pour pouvoir gérer leurs groupes. De manière précise, cette formation a consisté à sensibiliser les femmes à l’esprit d’équipe, à la culture de la transparence et à la gestion des coopératives. Ces actions envisagent à long terme de réduire le niveau de dépendance aux aides humanitaires de ces communautés affectées par la crise sécuritaire Boko Haram. Ainsi, comme le témoigne d’ailleurs le responsable du RESEVCOMP, plusieurs « GIC organisés sous forme de OBC continuent de fonctionner et de faire évoluer leurs AGR, même après le départ des ONG initiatrices de leur groupement » (Entretien avec le responsable du RESEVCOMP à Kousseri, le 12 décembre 2022). En perspective, les femmes poursuivent leurs efforts de conduire leurs groupements avec des interventions réelles.
Leadership et actions des femmes leaders
Les femmes à la tête des groupes d’association sont désormais considérées comme des leaders. Comme le souligne d’ailleurs la responsable du RESEVCOMP :
Ces leaders parviennent à mettre les femmes ensemble et à les faire travailler en synergie. Ce qui, dans le contexte féminin, n’est généralement pas chose facile. En termes de profil, on peut dire de ces leaders qu’elles sont des femmes qui ont réussi à surmonter des difficultés avant, pendant et après la crise Boko Haram. En plus, elles ont accepté de se mettre ensemble avec les personnes inconnues (autres femmes déplacées) pour améliorer leurs conditions de vie et gérer leur destinée commune. Ce qui, en soi, est une très bonne chose.
Ainsi, plusieurs associations et GIC sont opérationnels et voient déjà leurs activités en évolution. Ce responsable du RESEVCOMP poursuit en disant :
Aujourd’hui, on observe des femmes qui managent des GIC, elles font des efforts pour les faire progresser. Par exemple, à Kousseri, il y a la responsable du GIC Tam-tam, celles du GIC Nadjma et du GIC Faham qui font marcher leurs activités.
Dans le Mayo-Sava, les présidentes des groupements féminins tels que le Réseau des Femmes, l’ADYCA, les FEDYCA, le Cœur d’une Mère, les Femmes Bayam-Selam et l’association des femmes Arabes-Choa, à travers leurs divers engagements, se distinguent et sont considérées comme des figures, voire des leaders, dans leurs localités respectives. La responsable du réseau des femmes et d’ADYCA arrive particulièrement à mobiliser fortement leurs pairs dans le but d’initier et de diversifier les AGR. En cela, ces leaders ont généralement une certaine capacité de persuasion et arrivent à mobiliser et convaincre leurs pairs. Elles développent une approche collective et deviennent de plus en plus courageuses et travailleuses en exerçant une certaine influence. Ceci grâce au fait qu’elles ont suivi des formations en entrepreneuriat, aux choix des métiers et à l’organisation en associations ou coopératives.
Les différents rôles joués par les femmes augmentent ainsi leur visibilité sociale. Ils font évoluer leur statut social, car elles quittent le statut de femme de ménage pour celui de représentantes de leurs pairs au niveau sociétal. À ce sujet, l’une d’elles dira d’ailleurs :
Avec la création et le fonctionnement de leur association, les femmes leaders sont de plus en plus prises en compte dans le processus de résolution des conflits dans leurs différents quartiers. Leur autonomisation a permis qu’elles soient plus respectées. (Entretien avec la responsable de l’association des Femmes Bayam-Selam à Mora le 09 décembre 2022)
Par leur participation communautaire, elles assistent aux instances de prise de décisions concernant leurs localités. En cas de réunions de concertation avec des autorités locales (sous-préfets, maires, chefs traditionnels), les représentantes des associations sont invitées à y participer, afin de donner leurs points de vue sur des questions spécifiques et de participer à la prise de décisions.
Dans cette logique, on observe un certain dynamisme de groupes. Des sensibilisations d’autres femmes à intégrer les groupes pour la recherche des subventions sont constamment menées. Tel est le cas de l’Association du Réseau des Femmes du Mayo-Sava qui a mis sur pied un projet de création d’une entreprise de fabrication de jus de fruits et de fabrication de savon de ménage. Ce réseau est actuellement à la recherche de financements. Ayant déjà bénéficié de la construction des hangars pour les réunions, les femmes responsables des associations initient concrètement la mise en place des espaces de solidarité entre elles, la création et la gestion des AGR et la prise en charge des responsabilités familiales. Ainsi, la participation des femmes aux activités économiques leur permet non seulement d’assurer leur subsistance, mais elle leur offre également la possibilité de se prendre en charge, de préserver leur dignité, de créer du capital social et d’augmenter leur confiance en soi. Comme le fait constater le responsable du RESEVCOMP,
Avec les petits appuis reçus de part et d’autre et le lancement de leurs activités, ces femmes arrivent à faire marcher leurs activités, à envoyer leurs enfants à l’école jusqu’à l’université et à subvenir à leurs besoins. Il y a une amélioration de leurs conditions de vie malgré certaines difficultés.
Cette implication sociale des femmes leur a permis d’élargir leur capital économique et social. Ceci grâce aux différentes formations reçues, ces femmes ont su développer leurs aptitudes personnelles sur le plan moral et social. Ce qui leur permet, aujourd’hui, de conduire leurs groupes associatifs avec moins de difficultés. En fait, ces compétences les aident à s’épanouir dans la vie courante et à s’ouvrir à la vie associative. En dépit de leur dynamique émancipatrice, les femmes survivantes de Boko Haram sont encore confrontées à certaines résistances dans le processus de leur autonomisation économique.
Obstacles à l’autonomisation économique des femmes survivantes
Dans le contexte sécuritaire de la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, la question d’autonomisation des femmes survivantes de Boko Haram fait face à de nombreux défis d’ordre économique, social et culturel. Ce qui justifie le fait que les humanitaires et les femmes survivantes rencontrent des écueils dans leur ambition d’autonomisation.
Obstacles du côté des acteurs et actrices humanitaires
Plusieurs facteurs constituent des barrières à l’action humanitaire en faveur des femmes dans le Logone-et-Chari et le Mayo-Sava. Dans le Logone-et-Chari, par exemple, ces facteurs sont entre autres : la situation sécuritaire, les inondations, les tensions et violences intercommunautaires, la dégradation des routes, les ravages des cultures par les oiseaux migrateurs et autres animaux qui affectent significativement la production agricole, les perturbations climatiques qui s’ajoutent à la crise Boko Haram existante (OCHA, 2022).
Certaines difficultés se rapportent à la formation des femmes en management et en gestion de leurs associations, à la non-maîtrise des langues officielles (le français et l’anglais) par les femmes vulnérables. La plupart d’entre elles sont analphabètes et leur formation se conçoit généralement dans les langues officielles. En effet, comme le reconnait d’ailleurs le Responsable du RESEVCOMP,
70% de ces femmes n’ont pas fait l’école. Elles ne savent ni lire ni écrire. Les acteurs et actrices humanitaires sont confronté·e·s aux barrières linguistiques, car il faut expliquer à ces femmes le contenu de la formation conçue dans les langues officielles en arabe, en kanouri ou en mandara qu’ils et elles maitrisent encore moins.
Cette barrière de langue est un véritable problème pour la réussite des projets d’autonomisation des femmes. Les personnes qui sont envoyées dans les communautés ne parlent pas les langues locales et, du coup, le message ne passe pas bien. Cela entraîne généralement un problème de compréhension des formations par certaines femmes et les pousse à la négligence de celles-ci.
Sur le plan culturel, certaines femmes vivent des restrictions de sorties et ont un accès limité aux informations d’opportunités, car elles ne participent pas aux réunions d’information. D’autres refusent de sortir de leurs foyers pour faire des AGR, préférant utiliser leurs enfants qui leur rapportent des revenus. Ces enfants, garçons comme filles, assurent la satisfaction de besoins familiaux au détriment de leur scolarisation. Cette situation est plus perceptible dans le Logone-et-Chari, déplore d’ailleurs un humanitaire interrogé à cet effet.
D’autres obstacles rencontrés par les ONG dans leurs actions en faveur de l’autonomisation économique des femmes sont, entre autres : la religion, le refus des époux de laisser leurs épouses exercer librement les activités économiques, l’implication des hommes dans les activités des femmes, l’absence des femmes lors des sensibilisations. Certaines considérations socioculturelles ne sont pas favorables à l’idée du leadership féminin.
En outre, il importe de noter que les barrières linguistiques, la concurrence dans les marchés offrant les mêmes produits, les pertes occasionnées par les épidémies des petits ruminants et le manque de marché approprié, l’insuffisance des ressources liées au financement, demeurent des défis majeurs pour la réponse humanitaire à l’autonomisation des femmes dans la région (OCHA, 2022).
Obstacles du côté des femmes survivantes
Du côté des femmes, certains blocages font également obstruction à leur indépendance financière, malgré les actions des ONG réalisées. Ces obstructions sont en lien étroit avec le mauvais état des routes, les tracasseries administratives, la gestion de la maternité (de la grossesse jusqu’à la garde des enfants en passant par l’accouchement) ainsi que la gestion des activités domestiques et commerciales.
Aussi, toutes les femmes interrogées reviennent sur d’autres difficultés communes, à savoir : les charges familiales élevées, la longue distance des marchés, le manque de moyens de transport pour acheminer les denrées au marché, le manque de marchés appropriés et le faible taux de vente.
Une autre difficulté qui s’apparente au manque de suivi et d’accompagnement dans les projets de ces ONG est le déficit de transfert des compétences aux associations locales pouvant faire ce travail après les ONG. Pour ce fait, on constate notamment l’arrêt des activités par manque de volonté. Le vol, la vente du matériel destiné à appuyer l’autonomisation financière des femmes font également partie du lot des problèmes rencontrés. À Blangoua, par exemple, les répondant·e·s rapportent que beaucoup de femmes ont arrêté leurs activités après le départ de l’IMC, du fait du manque de suivi. Dans ce sens, Koupna III (2024) relève la mauvaise coordination de l’action humanitaire sur le terrain en expliquant :
Les organisations non gouvernementales nationales et internationales ne respectent pas le protocole de coordination de l’action humanitaire qui était confié à OCHA. Chaque organisation non gouvernementale, tant nationale qu’internationale, réalise ses activités sans avoir à rendre des comptes aux autorités administratives locales. En réalité, cela a été provoqué par la délivrance des autorisations et des accréditations de descente sur le terrain par les autorités régionales à Maroua, chef-lieu de la région (Koupna III, 2024 : 112)
Somme toute, l’autonomisation des femmes dans le Mayo-Sava et le Logone-et-Chari est un processus enclenché avec de nombreux défis. Pour parvenir à une véritable égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles telles que le préconise l’ODD5, certaines conditions sont à remplir. En plus de l’assurance de la sécurité qui relève de la responsabilité globale, d’autres conditions doivent être réunies par les acteurs et actrices humanitaires et par les bénéficiaires féminins.
À l’évidence, les recommandations exprimées par les femmes se traduisent par l’appui financier, matériel et technique de leurs activités génératrices de revenus, l’accroissement des moyens de subsistance, la mise en place des dispositifs de suivi des activités des femmes, la sensibilisation des populations sur les méfaits de certaines pratiques coutumières exposant les femmes/filles à la dépendance, l’assurance de la formation des femmes aux activités productives (fabrication de savon, transformation des produits agricoles, pastoraux et piscicoles), l’appui de la mise en association des femmes, l’appui des femmes en énergies renouvelables (biogaz, gaz domestique) et la mise des éclairages publics avec les plaques solaires pour permettre aux femmes de vendre dans la nuit.
D’un autre point de vue, pour être indépendantes sur le plan financier et devenir leaders, les femmes doivent mener des activités lucratives, mettre sur pied des groupes uniquement féminins pour la bonne marche, être présentes lors des formations et des sensibilisations, être dynamiques et entreprenantes, en initiant des projets rentables, et savoir développer le vivre-ensemble en travaillant davantage et en s’ouvrant aux autres. Dans cette optique, une répondante propose l’encouragement de « l’ouverture d’une caisse d’amortissement dans les AGR pour subvenir aux besoins éventuels de la communauté » (Entretien avec la présidente d’ADYCA –Acteurs Dynamiques de Calcio–, le 8 décembre à Kolofata). Telles sont les dispositions que doivent prendre ces survivantes de Boko Haram pour sortir de leur vulnérabilité socio-économique. Cette recommandation rejoint d’ailleurs les propositions de Yossa (2017) qui pense que :
Au-delà de la sphère conjugale et familiale, l’autonomisation des femmes opératrices des marchés passe par le relèvement d’un certain nombre de contraintes et d’obstacles majeurs qu’elles rencontrent pour leur épanouissement dans l’exercice de leur activité (Yossa, 2017 : 46).
Conclusion
À l’issue de cette étude, il ressort que la crise sécuritaire provoquée par le groupe terroriste Boko Haram dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun a rendu urgente et indispensable l’assistance aux localités affectées. Les départements du Mayo-Sava et du Logone-et-Chari, parmi les zones les plus exposées aux violences, ont particulièrement retenu l’attention des pouvoirs publics et des organisations internationales, lesquelles se sont mobilisées pour appuyer la reconstruction socio-économique de ces territoires. Dans ce contexte, une attention spécifique a été accordée à l’autonomisation économique des femmes.
En complément de l’action des organisations internationales, la société civile, à travers diverses associations, joue un rôle central dans l’accompagnement des femmes survivantes de Boko Haram, notamment par un appui psychosocial, technique, matériel et financier. Ces organisations se sont ainsi révélées déterminantes dans l’insertion socio-économique des femmes, en les formant à des activités génératrices de revenus et en favorisant leur organisation en groupements. Par ailleurs, l’approche collective adoptée a contribué à l’émergence et au renforcement du leadership féminin au sein de ces communautés.
Les échanges menés avec les femmes bénéficiaires ainsi qu’avec les acteurs et actrices humanitaires ont permis de mettre en évidence les impacts et les acquis des actions humanitaires en matière d’autonomisation économique et de promotion du leadership féminin. L’analyse développée dans ce chapitre s’appuie sur la théorie du leadership adaptable de Gary Yukl (2002), afin de montrer la capacité des femmes leaders à s’ajuster aux contraintes et aux réalités contextuelles qui leur sont imposées. L’étude des logiques humanitaires d’autonomisation économique des femmes survivantes a également permis de retracer l’évolution de ce processus, tout en mettant en lumière les défis auxquels ces organisations sont confrontées.
Cette analyse a par ailleurs permis d’identifier de nouveaux besoins émergents liés aux activités récemment entreprises par les femmes, ainsi que certaines limites des interventions humanitaires actuelles et les mesures d’amélioration envisageables. Toutefois, des débats épistémologiques demeurent ouverts autour des notions d’autonomisation et de leadership féminin dans un contexte marqué par une crise sécuritaire persistante. Des recherches futures pourraient ainsi interroger la durabilité et la portée réelle de cette autonomisation à long terme, dans un environnement caractérisé par des instabilités sécuritaires et économiques récurrentes. De plus, les stratégies de développement économique mises en œuvre en situation d’urgence ne prennent pas toujours suffisamment en compte les spécificités locales ni les obstacles structurels à long terme. Ce qui invite à approfondir, à l’avenir, les questions d’adoption et d’appropriation de ces mécanismes de développement par les communautés concernées.
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- ADES : Agence de Développement Économique et Social; ALDEPA : Action Locale pour un Développement Participatif et Autogéré; CADEPI : Cellule d’Appui au Développement Local Participatif et Intégré; CAPROD : Centre d’Appui à l’Auto-Promotion pour le Développement Durable; IMC : International Medical Corps; IRC : International Rescue Committee; JRS : Jesuit Refugee Service; LWF : Lutheran World Federation; NRC : Norwegian Refugee Council; PAM : Programme Alimentaire Mondial; PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement; RESILAC : Redressement Économique et Social Inclusif du Lac Tchad; UNFPA : Fonds des Nations Unies pour la Population. ↵
- Les personnes interrogées travaillant pour le compte des ONG ont requis l’anonymat. ↵
- C’est une pratique économique locale consistant à réunir un groupe de personnes qui cotisent une somme d’argent qu’elles remettent à tour de rôle à chacun·e des membres selon un chronogramme bien défini. ↵
- Ce sigle signifie Haute Intensité de Main-Main-d’Œuvre locale. Il s’agit de projets financés par les ONG qui consistent à employer les jeunes et à les inciter à réaliser des actions citoyennes telles que le curage des caniveaux, le reboisement et la réhabilitation des bâtiments publics, moyennant une rémunération estimée à 3 000 FCFA par jour. ↵
- C’est le Projet de Relance et de Développement de la Région du lac Tchad. ↵
- C’est le projet Jeunesse et Stabilisation pour la Paix et la Sécurité dans la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun conduit par UNFPA. ↵