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Actions humanitaires et résilience des déplacées internes de Boko Haram à Tada-Mokolo dans l’Extrême-Nord du Cameroun

Juvintus Guimaye

Introduction

Depuis une décennie, l’extrémisme violent manifesté par la crise Boko Haram a déstabilisé les pays du bassin du lac Tchad, notamment les régions de Diffa au Niger, du Nord-Est du Nigéria, de l’Extrême-Nord au Cameroun et du lac au Tchad. L’avènement de Boko Haram dans la région de l’Extrême-Nord au Cameroun et précisément dans le Mayo-Tsanaga est marqué par des attaques cruelles, causant plusieurs morts, des déplacements forcés, des destructions d’infrastructures sociales et de biens économiques, etc. Si « dans un monde en équilibre instable constamment menacé d’anéantissement, la gestion des crises devient synonyme de survie » (Ndiaye, 2011 : 20), alors « il va sans dire que la résolution des conflits en Afrique et au-delà demeure une préoccupation de premier ordre de la société internationale » (Kpodar, 2002 : 16). Ainsi, en dépit de la multitude des stratégies de résilience[1] mises en œuvre par les organisations internationales telles que OIM, UNHCR, RESAEC, PAM, ALDEPA[2], pour atténuer les traumatismes psychologiques et moraux des victimes, dans l’effet d’endiguer la violence et de restaurer la paix, les acteurs, actrices et victimes locaux·ales sont amené·e·s à développer d’autres méthodes pour une meilleure autonomisation et une résilience définitive en terre d’accueil.

Le présent chapitre propose une analyse anthropologique des facteurs qui concourent à la résilience des femmes déplacées face à leur vulnérabilité, selon une approche ethnométhodologique. Cette réflexion prend appui sur des données numériques (film ethnographique) et sur des sources orales et iconographiques pour montrer comment la situation des déplacées de Tada à Mokolo a poussé les humanitaires et surtout les femmes déplacées elles-mêmes, sous l’impulsion des leaders, à proposer des mécanismes de résilience adaptés au contexte spatio-temporel de leur sédentarisation.

Terrain et méthodes de collecte des données

Aperçu du terrain d’enquête

Pour réaliser cette étude, un travail de terrain a été mené dans l’arrondissement de Mokolo, chef-lieu du département du Mayo-Tsanaga, précisément dans le village Tada où est basé l’un des sites d’accueil et de sédentarisation des personnes déplacées internes (PDI). Le département du Mayo-Tsanaga est, depuis 2013, un lieu d’accueil des personnes victimes des atrocités de Boko Haram. Ce qui s’explique par l’existence de nombreux sites de réfugié·e·s et de déplacé·e·s internes.

D’après le DTM (Displacement Tracking Matrix), publié par l’OIM et couvrant la période du 27 novembre au 08 décembre 2017, la région de l’Extrême-Nord du Cameroun compte une population déplacée estimée à 342 416 individus, dont 241 030 personnes déplacées internes, 31 656 réfugié·e·s hors camp[3] et 69 730 retourné·e·s. 91% de ces déplacements sont dus à la crise Boko Haram. Des 699 971 âmes que compte le département du Mayo-Tsanaga, 62 434 sont des déplacé·e·s internes, soit un pourcentage de 9% (Yewah & Ongbehos, 2018 : 5). Dans l’arrondissement de Mokolo, il existe quatre sites de déplacé·e·s internes : les sites de Zamaï (deux sites), de Zamalva et de Ouro-Tada. Celui de Tada, terrain de notre recherche, créé en 2016, est le plus grand du fait de l’effectif élevé des personnes qu’il abrite, environ 2000 déplacé·e·s[4] et environ 400 ménages[5]. Ce camp est un village subdivisé en quatre grands blocs. Le bloc 1 est composé des Mafa[6], venu·e·s des villages Kerawa-Mafa et Zeleved dans le Mayo-Moskota. Le bloc 2 est composé des Hidé, populations venues de Tourou[7], mais aussi des personnes venues des villages Ldamang, Mabass, Yakawa, Mazi. Le bloc 3 est occupé par les peuples venus des villages frontaliers du Nigéria (Amchidé). Il s’agit des Peuls, des Haoussas, des Kanouri. C’est également ce bloc 3 qui abrite la seule école du site, une petite mosquée et un petit espace vers la sortie pour des activités religieuses. Enfin, le bloc 4 comprend les Mandara.

Toutefois, ces différentes personnes sédentarisées sur le site de Tada ont rencontré des difficultés pendant leur installation dans ce village. En effet, elles recevaient des menaces, subissaient des stigmatisations de la part des populations hôtes. La répartition des terres et le positionnement des déplacé·e·s des différentes communautés sont représentés dans le tableau ci-dessous :

Tableau 1 : Répartition des communautés par localités dans le Mayo-Tsanaga

Méthode de collecte des données

La méthode qui a servi à collecter les données pour cette recherche repose sur des enquêtes de terrain menées en 2017 et en 2022 à Tada. Certaines de ces données ont été montées sous forme de films ethnographiques intitulés Ouro-Tada : Une nouvelle terre des déplacés et Conflit foncier à Tada, réalisés par Guimaye Juvintus. Nous y avons ciblé des femmes dynamiques à statuts particuliers au sein des deux communautés (hôte et déplacée) pour mieux appréhender la relation tantôt conflictuelle, tantôt complémentaire entre ces catégories sociales (déplacé·e·s et hôte·sse·s). D’abord, nous avons effectué des entretiens individuels avec ces femmes, ce qui a permis de les suivre dans leurs diverses activités quotidiennes et professionnelles dans ledit village. Nous nous sommes également entretenus avec le chef traditionnel du village[8], appelé Lawane, avec quelques acteurs et actrices de la société civile (associations, religieux, ONG) et avec certain·e·s membres de la population locale[9]. Toutes les ethnies présentes ont été prises en compte dans le processus d’échantillonnage. Les entretiens ont porté, entre autres, sur la perte de confiance et la réticence des populations à l’égard des déplacé·e·s dans leur localité. Par ailleurs, des entretiens collectifs, sous forme de groupes de discussion, ont également été mobilisés afin de recueillir, d’un côté, le point de vue des femmes et, de l’autre, celui des hommes. L’observation directe, réalisée à l’aide d’une caméra, a constitué, tout au long de l’étude, une technique essentielle de collecte des données, notamment lors des déplacements dans le camp des déplacé·e·s et dans les champs des groupes de femmes, qu’elles soient déplacées ou non. En effet, la cristallisation des conflits entre les populations hôtes et les déplacé·e·s a conduit à la mise en place d’une stratégie de résilience que ces dernier·e·s ont mobilisée afin de s’intégrer dans leur nouvelle terre d’accueil.

Crise Boko Haram et contexte de migration et de sédentarisation des déplacé·e·s internes à Mokolo

Le Cameroun, et particulièrement la région de l’Extrême-Nord, est l’un des pays qui a profondément été touché par la crise Boko Haram. La fréquence élevée d’attentats meurtriers a occasionné le déplacement massif des populations frontalières vers des localités de cette région. Elle a ainsi favorisé l’arrivée massive de réfugié·e·s, de déplacé·e·s internes, mais aussi d’ex-associé·e·s de Boko Haram (ex-combattant·e·s). En dépit des efforts conjoints de lutte contre la secte, le nombre de déplacé·e·s n’a cessé d’augmenter dans les différents camps existants, à la suite des attentats terroristes enregistrés depuis 2020 dans le département du Mayo-Tsanaga. Encore en 2022, des communautés vivant dans le Mayo-Tsanaga ont témoigné des attaques perpétrées dans leur département. Les femmes sont celles qui se déplacent le plus vers des terres nouvelles et s’installent avec leurs enfants. Face à ces difficultés, des mécanismes de résilience se sont développés parmi les victimes de cette crise et se sont imposés à elles comme stratégies de survie en terre d’accueil.

Femmes déplacées et contexte de sédentarisation à Tada dans le Mayo-Tsanaga

Défis fonciers

La terre est au centre d’enjeux identitaires, de pouvoir et de richesse (Shipton & Goheen, 1992). Dans le département du Mayo-Tsanaga, comme dans toutes les autres contrées septentrionales du Cameroun d’ailleurs, les autorités traditionnelles et coutumières ont une légitimité et un pouvoir sur les terres du fait que celles-ci appartiennent généralement à des parents ou à des proches (membres de leur famille) fondateurs de la contrée ou du village. Elles sont ainsi chargées de veiller sur les terres et de préserver l’ordre social. Dans ce contexte, le Lawane, sorte de chef de quartier dans le système administratif hérité des Peuls, assume des responsabilités qui portent sur le droit foncier et le rapport des hommes et des femmes à la terre.

Sur le site de Tada, les principales difficultés auxquelles les communautés affectées font face sont le problème d’accès au foncier[10] et aux ressources naturelles, à l’instar de l’eau, des soins médicaux, de l’éducation. Ce constat découle de nos enquêtes de terrain. Il ressort à cet effet que la question foncière est une problématique transversale à tous les sites d’étude. Que ce soit pour cultiver ou pour y résider, les femmes déplacées ont du mal à entrer en possession d’un lopin de terre, surtout lorsqu’elles sont pauvres. Par contre, celles ayant des moyens parviennent parfois à s’acheter des terrains pour construire et y habiter. D’autres, par contre, louent des espaces pour pratiquer de l’agriculture. L’observation faite sur le terrain est davantage corroborée par les témoignages des victimes de la crise en ces termes :

À Tada, avant l’avènement de la crise Boko Haram, il existait déjà un litige foncier au sein de la famille du chef traditionnel. Mais, puisque « la loi du plus fort est toujours la meilleure », le chef (le Lawane de la localité) a pris l’initiative d’accueillir les déplacé·e·s dans sa circonscription. (Entretien avec Dawanday, extrait de Ouro-Tada : Une nouvelle terre des déplacés, 23’-28’)

En effet, la répartition foncière dans le département du Mayo-Tsanaga émane des autorités politiques, administratives et traditionnelles locales. Suivant cette logique, le Lawane de Tada a dès lors développé des stratégies visant à accueillir et à installer les déplacé·e·s internes fuyant les combats pendant la phase aiguë de la crise. C’est ce qu’il affirme d’ailleurs en ces termes :

Ce que j’ai fait, c’est d’essayer d’aider nos frères et sœurs déplacé·e·s en les acceptant et en les installant ici sur notre territoire. La communauté autochtone n’était pas du tout contente de ce geste. Mais, puisque ces déplacé·e·s sont venu·e·s vers moi en tant que « papa » et m’ont demandé de l’espace pour qu’ils·elles puissent aménager, je ne pouvais pas refuser. Ils·elles n’ont pas voulu se déplacer, c’est à cause de la guerre qu’ils·elles se sont retrouvé·e·s ici. Et je me suis dit que ce qui leur arrive peut aussi nous arriver un jour. C’est pourquoi j’ai créé ce camp. J’ai morcelé une partie de l’espace derrière la montagne et donné à qui le voulait. Voici les raisons pour lesquelles je les ai accueilli·e·s ici dans mon village. (Extrait de l’entretien avec le Lawane de Tada, extrait de Ouro-Tada : Une nouvelle terre des déplacés, 23’-28’).

Photo 1 : Une vue du site des déplacé·e·s de Tada à Mokolo, Extrême-Nord Cameroun. [Source : Guimaye Juvintus, octobre 2022]

Suivant ces propos, la prérogative de distribuer les terres disponibles aux nouveaux et nouvelles venu·e·s incombe exclusivement au Lawane. Dans le cas de Tada, cette distribution se fait généralement en tenant compte des terres disponibles. Seulement, la mauvaise négociation pendant la distribution de ces terres d’accueil aux déplacé·e·s a engendré des conflits fonciers entre la communauté hôte et celle des déplacé·e·s. En effet, le Lawane du village Tada a pris l’initiative d’accueillir et d’installer les déplacé·e·s sur des terres appartenant aux populations « autochtones » sans leur consentement. Or, ces terres sont pour ces dernières non seulement un « héritage familial et un patrimoine », mais aussi des espaces réservés à l’agriculture, leur principale activité de subsistance.

Du coup, les déplacé·e·s, de manière générale, sont perçu·e·s et considéré·e·s par les hôtes comme des envahisseurs venus s’emparer de leurs terres. C’est pourquoi, dans le village Tada, ils et elles subissent des stigmatisations de la part des populations hôtes. C’est Erving Goffman (1975[1963]) qui a fait du stigmate (étymologiquement une marque durable sur la peau) un concept sociologique, en l’étendant à tout attribut social dévalorisant, qu’il soit corporel ou non (être handicapé, homosexuel, etc.). Le stigmate n’est donc pas un attribut en soi. Il se définit dans le regard d’autrui. Il renvoie à l’écart à la norme. Toute personne qui ne correspond pas à ce qu’on attend d’une personne considérée comme « normale » est susceptible d’être stigmatisée. Le stigmate s’analyse donc en termes relationnels. Il renvoie autant à la catégorie à proprement parler qu’aux réactions sociales qu’il suscite et aux efforts du ou de la stigmatisé·e pour y échapper.

Dans ce contexte, la stigmatisation se perçoit en effet comme l’opprobre, la discrimination envers des personnes ou des communautés perçues comme partageant l’idéologie, voire supportant les actions menées par Boko Haram sur la base de leur appartenance ethnique ou des contacts qu’elles ont eus avec les membres de ladite organisation. À Tada, les Boudouma et les Kanouri ont particulièrement été victimes de cette stigmatisation (Hamani, 2020 : 142).

Mais la véritable déception de la communauté hôte est qu’elle pense que l’autorité traditionnelle aurait pris de l’argent aux déplacé·e·s avant de leur céder ces terres qui leur appartiennent dorénavant. Interrogé à ce sujet, l’un de nos informateurs dira d’ailleurs : « Les chefs prennent de l’argent aux victimes et leur cèdent des parcelles de terrain dans lesquelles ces dernières construisent tout en implémentant des titres fonciers » (entretien avec Matakon, population hôte de Tada, septembre 2022).

Ainsi, il découle de cet entretien que les relations qu’entretiennent les déplacé·e·s et la population hôte de Tada sont empreintes de rancœur, de mésentente, de discorde, de méfiance et donc de conflictualité. Les tensions intracommunautaires se sont d’ailleurs exprimées dans cette partie du village bien avant que le site des déplacé·e·s ne soit créé. C’est entre les membres de la grande famille du Lawane qu’un problème foncier est survenu, suite à des questions identitaires, pendant la répartition de l’héritage du précédent chef du village, père de l’actuel Lawane.

Dans les régions septentrionales[11] par exemple, les Lawanes en tant qu’autorités traditionnelles, de par le contrôle politique qu’ils exercent sur un territoire et sur les hommes et femmes qui y habitent, contrôlent également l’accueil de nouveaux et nouvelles arrivant·e·s. Ainsi, le principe de régulation coutumière se traduit fréquemment par : « des façons spécifiques d’intégrer, ou non, les « étrangers·ères » à la société locale, en leur accordant des droits, le plus souvent limités par rapport à ceux des « autochtones » (Jacob & Le Meur, 2010). Mais ce pouvoir se limite normalement aux hommes et aux femmes et à la définition des règles d’accès et d’usage sur le territoire. Il ne concerne aucunement l’attribution des propriétés foncières à ceux et celles qui le souhaitent. C’est pourquoi les groupes des déplacé·e·s, qui ont réussi à s’installer sur le site grâce aux terres acquises par le biais du Lawane, sont dans l’espoir d’avoir des documents signés par le Sous-Préfet ou autre autorité administrative qui leur donnera le plein droit et la légitimité sur les terres acquises sur le site de Tada.

En effet, seules les « institutions » étatiques définissent les droits de propriété qui légitiment et organisent le contrôle et l’usage d’une ressource (la terre en l’occurrence), le contrôle du produit de cet usage et le transfert de ce bien ou de cette ressource (Colin, Lavigne Delville & Léonard, 2022 : 44). Détenir des droits sur un bien ou une chose, c’est avoir le droit d’être socialement autorisé·e à exercer certaines actions définies sur ce bien ou cette chose. Les droits fonciers traduisent ces normes sociales et ces principes de justice sur lesquels s’appuient les autorités locales pour administrer leur territoire (lignages, communautés, conseils de famille, État, etc.). Cette quête du droit foncier s’illustre bien dans les propos de ce déplacé mandara ayant acquis une terre auprès du Lawane de Tada :

Nous étions 21 déplacé·e·s qui avions demandé le terrain auprès du Lawane pour construire afin d’y habiter avec nos familles. Ce dernier est venu constater que nous étions dans le besoin. Il est donc allé expliquer le problème au Lamido. C’est ainsi que grâce à ces chefs, nous avons eu un document sur lequel tous les noms de ceux et celles qui sont venu·e·s depuis 2016 et qui ont donné un peu d’argent au Lawane pour avoir un abri figurent. Maintenant, nous attendons des titres fonciers signés par le chef administratif qui peut nous garantir que c’est notre terre et que nous avons tous les droits de la préserver. Car nous sommes toujours dans la peur d’être chassé·e·s un jour par les autochtones qui ne cessent de nous menacer et de nous rappeler que nous sommes chez eux et elles. (Entretien avec Abba, extrait du film Conflit foncier à Tada, 28’-30’, septembre 2022)

Planche 1 : Captures d’écran de l’interview de Abba. [Source : Guimaye Juvintus, octobre 2022]

Mentionnons tout de même que les populations sont conscientes du fait que, dans nos sociétés traditionnelles, « les droits sur les terres sont largement conditionnés par la parenté et par les identités sociales telles que les fondateurs, les premiers occupants des territoires ou autochtones; les aînés ou ceux qui ont hérité d’un espace quelconque, etc. » (Colin, Lavigne Delville & Léonard, 2022 : 54). Dans ce contexte, les déplacé·e·s de Tada, surtout les Mafa, veulent et pensent faire de ces lieux de refuge provisoire un lieu d’habitation définitive et une propriété privée. C’est pourquoi ils et elles cherchent des voies et des moyens pour obtenir un titre foncier des parcelles sur lesquelles ils et elles habitent.

Situation sociale

Lors des enquêtes de terrain, nous avons constaté que les liens sociaux sont menacés au sein de la communauté mafa dans presque tous les arrondissements touchés par la crise. Pour les populations de Tada, l’arrivée massive des déplacé·e·s amène la communauté présente à se poser les questions suivantes : « Ne sont-ils pas aussi des Boko Haram? D’où viennent-ils précisément? Pourquoi se réfugier seulement ici? ». Dès lors, la méfiance et la suspicion sont constamment présentes au sein des familles, dans les relations interpersonnelles. Ceci empiète sur la tolérance et l’harmonie dans les relations individuelles et intercommunautaires. C’est ainsi qu’un de nos interlocuteurs du camp des déplacé·e·s explique comment ce climat de suspicion et de mésentente est entretenu au sein de la communauté :

Pour qu’on vive ensemble dans la paix et l’entente, il faut que la population hôte soit au courant des situations qu’on a vécues. Qu’elle sache dans quel contexte nous nous sommes retrouvé·e·s ici et quelle vie nous avons menée là-bas. Avant d’être ici, nous étions heureux·ses avec nos familles, nos maisons, toute notre richesse… Aujourd’hui, on a tout abandonné pour trouver la paix auprès de nos frères et sœurs, et nos parents d’ici. Mais ces derniers·ères ne nous font pas confiance et ils et elles nous accusent souvent d’être de connivence avec les BH. Nous, les chefs de famille, sommes obligés de travailler pour les gens pour une rémunération minable. Nous n’avons plus de personnalité, nous sommes devenus impuissants ici dans ce village. Nous avons tout perdu. Souvent, lorsque je plonge dans mes pensées, je me demande pourquoi Boko Haram ne m’a pas achevé! Je vis sans avoir les pieds sur terre. (Entretien avec Ali Matakon, déplacé interne du camp de Tada, 20 septembre 2017, Tada Mokolo)

Dans ce contexte, les relations basées sur des considérations de genre sont bien perceptibles dans les villages touchés, du fait du statut marginal des femmes dans la région de l’Extrême-Nord en général. Ceci s’explique par le fait que les violences basées sur le genre sont fréquentes et que les femmes et les filles sont particulièrement exposées à d’autres maux tels que les mariages forcés et précoces, sans oublier l’esclavage (travaux forcés). Les enlèvements et bien d’autres abus sont exercés sur la gent féminine par les groupes terroristes de Boko Haram. C’est ce qui explique l’effectif élevé des femmes réfugiées dans la plupart des camps. Elles chercheraient à échapper aux violences exercées par la secte.

Les relations entre les communautés hôtes et les déplacé·e·s internes sont pour la plupart du temps conflictuelles, pire entre les femmes. Les épouses des « déplacés » sont très souvent indexées, critiquées, voire même stigmatisées et méprisées par les groupes sociaux existants. Des tensions autour des identités, des terres, des points d’eau sont fréquentes. Les femmes de certains groupes claniques ou identitaires sont plus accusées d’être des complices rattachées à Boko Haram. Pourtant, dans le passé, les membres de ces mêmes clans s’entendaient et collaboraient. Aujourd’hui, l’on assiste à une dégradation sérieuse des liens sociaux et même parfois familiaux. L’exemple le plus connu chez les Mafa est le clan des Glavda accusé, plus que d’autres, de complicité avec les terroristes. Aussi, les ethnies les plus indexées par les Mafa sont celles proches[12] du groupe terroriste, à l’instar des Kanouri et des Mandara.

Femmes, act·eur·rice·s et mécanismes de résilience

Les précédentes analyses ont montré que les difficultés que rencontrent particulièrement les femmes déplacées du village Tada à Mokolo sont consubstantielles à leur existence. Elles sont en effet liées à leur intégration sociale au sein des communautés autochtones, à l’amélioration de leurs conditions de vie matérielle, économique et culturelle. Ainsi, dans cette difficile sédentarisation, les femmes sont les plus vulnérables et les plus stigmatisées. Face à ces difficultés, plusieurs acteurs et actrices, de par leur savoir-faire, leur dynamisme, leurs attributions fonctionnelles, se mettent en branle pour pousser les déplacé·e·s en général et les femmes en particulier vers une résilience globale. Il s’agit entre autres des ONG, des associations et surtout des leaders, parmi lesquels des femmes dynamiques.

ONG et associations féminines locales

Les interventions ou assistances pour la résilience visent ici à permettre aux personnes et aux institutions d’atténuer les difficultés que rencontrent les victimes des crises face aux déplacements en grand nombre observés dans la région pendant la phase aigüe de la crise Boko Haram. C’est dans ce sens, qu’à travers des programmes, des acteurs et actrices humanitaires et de développement mènent des actions et interviennent spécialement en faveur des femmes dans les localités touchées par la crise pour leur permettre de développer des stratégies pour se prendre en charge, mais aussi pour renforcer les capacités d’accueil des communautés hôtes.

À Tada, les communautés hôtes sont aussi devenues résilientes et se réjouissent de l’aide qui leur est apportée par certains organismes et acteurs et actrices de développement, notamment en termes d’infrastructures telles que l’école et les forages, implémentées sur le site avec la collaboration de la commune de Mokolo. Ces efforts sont indispensables, car ils visent à améliorer leur protection, l’accès à l’éducation et à promouvoir la paix. Ils visent également à favoriser la cohésion sociale qui se consolide autour de ces initiatives. Les communautés hôtes sont aussi impliquées dans les réunions, les sensibilisations et toutes les autres activités mises en place pour les déplacé·e·s et pour ces mêmes communautés hôtes.

L’autonomisation et la résilience chez les communautés hôtes sont spécifiquement l’action des femmes. Elles contribuent en effet au développement des marchés et améliorent les services dans les zones reculées.

Photo 2 : Plaque du projet AFMMC sur le site des déplacé·e·s de Tada à Mokolo. [Source : Guimaye Juvintus, octobre 2022]

À titre d’exemple, l’association des « femmes rurales » de Tada est une initiative communautaire qui utilise les activités agricoles et l’épargne pour renforcer la résilience et promouvoir la cohésion sociale et le vivre-ensemble dans la communauté. Plusieurs activités sont mises en œuvre non seulement par les ONG, mais aussi par l’initiative communautaire afin de renforcer la résilience des femmes. Le rôle important de l’ACF[13] dans l’élan de résilience des femmes déplacées, est une illustration parfaite d’un accompagnement réussi, comme en témoigne notre informatrice principale :

ACF a joué un rôle en offrant des seaux en plastique et en aluminium, des bâches, des lattes pour fabriquer des abris, des couvertures, des pots, des bouilloires, des passoires, des tamis, des marmites, des bassines d’eau, et 14 000 francs CFA pour acheter des récipients de réserve d’eau comme les canaris, les bidons, puisque le problème d’eau est crucial. Une semaine après avoir reçu ces dons, on nous a encore donné une somme de 64 000 francs à chacune. C’est d’ailleurs après ces gestes que la communauté d’accueil a commencé à nous envier et à nous détester car, pour eux, nous gagnons plus qu’eux. (Entretien avec Dawanday, octobre 2022 à Tada Mokolo)

C’est dire que le rôle des ONG et des associations locales dans la résilience, autant des femmes déplacées que des communautés hôtes, est d’un apport certain. Toutefois, l’apport de certain·e·s leaders est également à prendre en compte.

Leadership des femmes déplacées 

Pour Goffman (1975 [1963]), tout membre d’une société est doté d’une identité sociale. Une série de signes extérieurs définit le rang qui lui est assigné dans la structure sociale. Mais cette identité possède deux dimensions que l’auteur établit en ces termes :

Il faudrait mieux dire que les exigences que nous formulons le sont et que, le caractère attribué à l’individu, nous le lui imputons de façon potentiellement rétrospective, c’est-à-dire par une caractérisation qui compose une identité sociale virtuelle. Quant à la catégorie et aux attributs dont on pourrait prouver qu’elle les possède en fait, ils forment son identité sociale réelle. (Goffman, 1975 : 12)

C’est dire que la considération péjorative que les communautés hôtes ont des personnes déplacées en général et des femmes déplacées en particulier ne facilite pas leur intégration sociale.

En effet, dans les coutumes locales, la présence des femmes est généralement proscrite lors des évènements publics tels que les débats communautaires, les comités de développement de la localité ou les rites d’initiation. Toutefois, l’avènement de la crise Boko Haram dans la région de l’Extrême-Nord au Cameroun a bouleversé les pratiques sociales en matière de considérations des genres et réhabilité le statut des femmes jadis assujetties à certaines pesanteurs sociales[14]. Il a permis de constater que les femmes sont les plus résilientes. Aujourd’hui, par le biais des facteurs exogènes et de leurs contributions à la gestion et la recomposition du tissu social, elles bénéficient, au même rang que les hommes, des dons et de l’appui des ONG.

Dans leur processus de résilience notamment, les femmes déplacées exercent de nouveaux métiers : couture, élevage, agriculture leur permettant de subvenir aux besoins élémentaires de la famille. Elles sont encadrées dans cette initiative économique par des ONG qui les forment dans divers secteurs d’activités économiques (couture, élevage, agriculture, commerce, fabrication de savon, etc.), et les accompagnent dans le processus de leur autonomisation.

Parmi ces femmes déplacées, il y en a une qui se démarque de par son leadership. C’est le cas de Dawanday, femme déplacée du site de Tada, qui s’est assignée une mission, celle de défendre les intérêts des déplacé·e·s, que ce soit auprès du gouvernement (police, gendarmerie, justice, etc.), auprès des chefs traditionnels qu’auprès des partenaires internationaux. En tant que collaboratrice des ONG, Dawanday travaille à sensibiliser les personnes qui demeurent encore dans leur abri sans rien faire, femmes et hommes compris·es. C’est ce statut qu’elle décrit en ces termes :

Ici à Tada, je joue plusieurs rôles. Je suis la Présidente des femmes déplacées de Ouro-Tada. Je collabore avec les ONG. Je suis l’intermédiaire entre les communautés de déplacé·e·s et d’hôtes. Mon avantage, c’est que je suis instruite, je parle bien français, mafa et haoussa aussi. Mon rôle de présidente consiste en effet à servir d’interprète entre les autres qui ne s’expriment pas en français. S’il y a des formations et autres sensibilisations, je traduis les messages. Même quand il y a problème entre les hôtes et un membre des déplacé·e·s qui ne parle pas mafa, c’est moi qui interviens et mon statut de Mafa aide aussi à plaider favorablement auprès de la communauté d’accueil. Le fait de mener plusieurs activités fait en sorte que je ne reste presque pas à la maison. Je travaille beaucoup et la chance, c’est que mes 3 enfants sont tous des adolescents. Aujourd’hui, j’effectue des voyages dans tout le département comme relais communautaire, enquêtrice et autres. Je voyage beaucoup. J’assiste aux différents séminaires de renforcement de capacité organisés par les ONG, aux formations pratiques, etc., pour venir transmettre la connaissance à d’autres femmes ici dans le camp. (Entretien avec Dawanday, 22 septembre 2017 à Tada Mokolo)

Photo 3 : Dawanday dans l’une de ses activités de relais communautaire. [Source : Guimaye Juvintus, octobre 2022]
Planche 3 : Deux leaders féminines. [Source : Guimaye Juvintus, 2022]

Outre Dawanday, d’autres femmes jouent également des rôles de relais communautaires au sein de communautés hôtes et déplacées dont elles sont proches. C’est le cas de ces deux femmes qui sont respectivement la représentante des femmes de la population hôte de Tada (à gauche) et la présidente des femmes déplacées du site de Tada (à droite). Elles sont en pleine collaboration dans un champ agricole communautaire, symbole de résilience et du vivre ensemble.

Planche 4 : Présidente des paysannes de Tada à gauche, Présidente des déplacées de Tada à droite. [Source : Guimaye Juvintus, 2022]
Photo 4 : L’expression du vivre ensemble et de la collaboration entre les femmes de la communauté hôte et celles déplacées. [Source : Guimaye Juvintus, 2022]

Dans ce contexte d’autonomisation ou d’affirmation de la gent féminine, le statut de l’homme connaît une profonde mutation. En effet, comme le déclare l’un de nos informateurs, « les hommes sont devenus ce qu’ils n’étaient pas auparavant ». Pour de nombreux informateurs et de nombreuses informatrices interrogé·e·s, le pouvoir des hommes s’est considérablement amoindri. Le déplacement forcé induit par la crise a conduit nombre d’hommes à se retrouver dans l’incapacité de subvenir aux besoins élémentaires de leur famille.

Par ailleurs, les hommes se sentent lésés lors des interventions humanitaires, dans la mesure où les enfants et les femmes constituent généralement les principales personnes bénéficiaires de l’aide humanitaire ou caritative. Il arrive fréquemment que des chercheurs et chercheuses soient confondu·e·s avec des acteurs humanitaires par les populations du site de Tada, lesquelles leur adressent des doléances dans l’espoir de trouver des solutions. Les femmes sont ainsi les plus nombreuses à venir se plaindre, dans l’espoir d’obtenir quelque chose en retour.

 Conclusion

La présente étude, fondée sur des recherches empiriques, avait pour objectif d’analyser les données filmiques des documentaires intitulés Conflit foncier à Tada, réalisés avec l’appui du Projet Sahel On Sahel sur le site des déplacé·e·s de Tada, à Mokolo, dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Les analyses menées ont permis de montrer comment l’assistance apportée aux femmes déplacées par les ONG, l’apaisement des communautés autochtones ainsi que la reconnaissance sociale du rôle des femmes dans l’atténuation des tensions liées aux rapports sociaux contribuent au renforcement de la résilience des populations victimes, en particulier celle des femmes déplacées. La mise au point méthodologique, l’aperçu de la crise Boko Haram, de la venue et de la sédentarisation des déplacé·e·s à Mokolo, ainsi que l’examen de la situation des déplacé·e·s sur le site de Tada ont permis d’évaluer la capacité de résilience des femmes et leur capacité à satisfaire leurs besoins essentiels, condition nécessaire à l’exercice durable de leurs droits humains et à une vie digne, qu’elles soient issues des communautés autochtones ou déplacées.

Bibliographie

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Filmographie

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Guimaye, J. (2022). Conflit foncier à Tada. Sahel on Sahel.


  1. Par résilience, Angeliki Monnier (2024 : 3) désigne : « la capacité des systèmes des individus et des communautés à réagir à divers types de perturbations, de facteurs de stress et de changement, et à s’en remettre ».
  2. Ces organisations internationales sont l’OIM : Organisation Internationale pour les Migrations; l’UNHCR : Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugié·e·s; le RESAEC : Réseau des Animateurs pour l'Éducation des Communautés; le PAM : Programme Alimentaire Mondial; l’ALDEPA :  Action Locale pour un Développement Participatif et Autogéré.
  3. Un camp est un espace plus ou moins aménagé pour accueillir les personnes déplacées internes ou réfugiées. Dans le contexte de la crise humanitaire Boko Haram, plusieurs camps accueillent des milliers de réfugié·e·s. Les déplacé·e·s internes qui vivent hors des familles d’accueil ou des maisons de location sont pour la plupart accueilli·e·s dans des abris précaires exposés aux intempéries et aux risques de maladies provenant des mauvaises conditions d’hygiène, d’alimentation et d’accès à l’eau (Saïbou, I. et al., 2020 : 27). De nos jours, environ 6 millions de personnes se retrouvent dans les camps de déplacé·e·s internes. Les 400 camps de rétention européens voient transiter environ 50 000 personnes par an. Les camps auto-établis, bien que de taille inférieure aux autres camps, sont plus d’un millier dans le monde (Aranda, 2014).
  4. Source : Interview avec le chef traditionnel de Tada. En effet, les statistiques apportées par le chef traditionnel sont aussi crédibles que celles des ONG, parce qu’il détient généralement les données primaires et chiffres exacts relatifs aux populations occupant sa zone de commandement. Sa proximité avec les populations locales lui donne accès à des informations vraies que parfois les humanitaires n’ont pas.
  5. Source : Interview avec le point focal ONG RESAIC et la présidente des femmes déplacées.
  6. Les Mafa ou Matakam qui peuplent le Mayo-Tsanaga ou les Monts Mandara, sont l’ethnie majoritaire du département.
  7. Les Tourou sont un peuple du Mayo-Tsanaga établi à l’ouest du département, dans la région de l’Extrême-Nord où vivent également les Mabass, les Hidé, les Haoussas. Les Mafa sont proches d'eux par leurs ancêtres communs, leurs structures sociales voisines et leurs langues.
  8. Au Cameroun, les autorités traditionnelles sont des « auxiliaires de l’administration » en vertu d’un décret de 1977 qui a considérablement réduit leurs prérogatives. Dans différents pays du bassin du lac Tchad, ces chefferies traditionnelles sont désignées comme émirats, lamidats, royaumes, sultanats, cantons, selon les aires culturelles. Quel que soit le système, les chefs des plus bas échelons de cette administration traditionnelle (villages) sont souvent les seuls détenteurs de l’autorité sur les populations dont ils règlent les litiges mineurs (Saïbou, I. et al., 2020 : 23).
  9. Ceux et celles qui vivent à Tada sans appartenir à cette localité.
  10. Le foncier peut être défini comme l’ensemble des rapports sociaux entre humains à propos de l’accès à la terre et aux ressources naturelles qu’elle porte, et du contrôle de cet usage (Edja, H. & Le Meur, P.-Y., 2009 : 195).
  11. Partie septentrionale du Cameroun qui englobe les régions de l’Extrême-Nord, du Nord et de l’Adamaoua.
  12. Ici la « proximité » fait référence au partage culturel et linguistique avec la majorité des personnes enrôlées par la secte Boko Haram.
  13. ACF (Action Contre la Faim) est une organisation non gouvernementale qui œuvre en faveur des personnes démunies.
  14. Se référer au chapitre 2 sur la dynamique des représentations sociales de la femme.