Conclusion
Le présent ouvrage propose un balisage des principales problématiques liées à la femme et à la réhabilitation de son statut au Nord-Cameroun. Inscrites dans un contexte marqué par des crises socio-sécuritaires multiformes, dont la plus significative demeure celle de Boko Haram, les contributions analysent, selon des perspectives théoriques, méthodologiques et épistémologiques variées, les processus de déconstruction et de reconstruction progressive des stéréotypes, des clichés et des idées reçues concernant la femme, à l’aune des mutations sociales engendrées par ces crises.
Certain·e·s auteur·e·s interrogent le rôle des femmes dans les dynamiques sécuritaires des zones affectées par Boko Haram, en mettant notamment en lumière l’instrumentalisation de leur corps comme arme de guerre dans les stratégies de conquête et de défense territoriale. Les analyses soulignent également le poids des traditions et des pesanteurs socioculturelles dans la construction des identités féminines et dans la définition des rôles, du statut et des représentations sociales. Ces dimensions sont étudiées aussi bien au sein des communautés déplacées que dans les domaines sportif et social, ou encore à travers des œuvres romanesques qui reproduisent les structures hiérarchiques et idéologiques des sociétés hors texte.
Par ailleurs, l’ouvrage rend compte des mutations affectant le statut de la femme. Il souligne les mécanismes de résilience développés par les femmes et leur contribution à la réhabilitation de leur place au sein de la communauté, en tant qu’actrices à part entière du développement local et de la survie collective.
Dans cette perspective, l’ouvrage montre comment l’autonomisation économique des femmes, à travers la création et la gestion d’activités génératrices de revenus, participe à la transformation de leur statut social et à l’émergence d’un leadership féminin dans les sociétés septentrionales du Cameroun. Ce leadership s’affirme également par une présence accrue des femmes dans les domaines sécuritaire, sportif et footballistique. Au-delà de l’épanouissement physique, cette visibilité nouvelle contribue à leur reconnaissance sur la scène publique régionale, puis nationale et internationale.
Les multiples initiatives entreprises par les femmes en vue de leur réhabilitation sociale influencent profondément la doxa locale et le regard porté sur elles dans les régions septentrionales. Elles transforment aussi le discours social et littéraire. La création littéraire apparaît ainsi comme un vecteur privilégié des idéologies, des représentations et des mutations sociales à l’œuvre dans une communauté à un moment donné de son histoire.
En définitive, Discours et résilience des femmes face à Boko Haram. L’expérience du Nord-Cameroun dresse un état des lieux de la condition féminine et du débat heuristique autour de la question du genre dans cette région, à l’heure des crises et des recompositions sociales qu’elle traverse. La transdisciplinarité et la pluridisciplinarité des approches permettent de saisir l’ampleur des transformations en cours, tout en montrant que certains espaces demeurent difficilement accessibles aux femmes. Plusieurs dimensions de la problématique du genre restent encore peu explorées, notamment leur implication dans les sphères de décision et dans l’organisation et le fonctionnement politiques, malgré les avancées déjà observées.