Préface

Alice NGA MINKALA, ancienne Directrice de l’ESSTIC - Université de Yaoundé II

C’est avec un réel plaisir que je présente cet ouvrage collectif, issu d’un travail de réflexion et de maturation engagé autour de la pandémie de COVID-19, dans le prolongement du colloque intitulé « La pandémie de COVID-19 : construction d’un événement », tenu à l’École Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (ESSTIC) de l’Université de Yaoundé II en juin 2023. Ce fut un intense moment scientifique, mais également un moment chargé d’émotion, car organisé dans un contexte encore proche de la crise; un moment qui a permis de réunir des chercheuses et des chercheurs ayant chacun un vécu particulier de la pandémie, soit en tant que victimes de la COVID-19, soit comme témoins apeurés ou meurtris par la concentration de drames vécus dans leur environnement immédiat, en un laps de temps aussi court. Avec le recul du temps, ces chercheuses et chercheurs ont interrogé, à partir de terrains africains et plus particulièrement camerounais, les multiples significations de la pandémie dans les espaces publics, médiatiques et institutionnels.

La publication de ce livre trois années après ce colloque ne doit pas être comprise comme un simple effet du temps éditorial. Elle témoigne au contraire d’une exigence essentielle de la recherche : celle de la maturation. Certaines crises imposent l’urgence de la réaction; elles exigent aussi, pour être véritablement comprises, le temps du recul, de la reprise analytique, de la confrontation des points de vue et de l’approfondissement théorique. En cela, cet ouvrage fait le choix d’une lecture distanciée, attentive non seulement à l’irruption de la pandémie, mais aussi aux reconfigurations durables qu’elle a produites dans les domaines de la communication, du savoir, de l’action publique, de l’éducation, des médiations documentaires et de la vie sociale.

L’un des mérites de ce collectif est précisément de ne pas réduire la COVID-19 à un fait exclusivement sanitaire. Les textes réunis ici montrent avec clarté que la pandémie doit également être pensée comme un événement construit dans les discours, les médias, les institutions et les pratiques. Elle a été nommée, racontée, interprétée, négociée, contestée; elle a donné lieu à des formes diverses de publicisation, de médiatisation et d’appropriation. À travers cette perspective, l’ouvrage apporte une contribution importante à la compréhension des dynamiques par lesquelles un fait devient un événement public, puis un objet de savoir.

Cette réflexion est d’autant plus précieuse qu’elle s’inscrit dans un ancrage africain assumé. En portant une attention particulière au Cameroun, tout en dialoguant avec des enjeux plus largement africains, les contributions réunies dans ce volume rappellent que les crises globales ne s’imposent jamais de manière uniforme. Elles se déploient dans des contextes situés, traversés par des histoires, des institutions, des rapports de pouvoir, des pratiques de communication et des ressources locales spécifiques. L’intérêt de cet ouvrage tient justement à cette capacité à penser ensemble l’ampleur mondiale de la pandémie et la singularité des expériences africaines.

La richesse du livre tient également à sa diversité disciplinaire et méthodologique. Les chapitres qu’il rassemble abordent successivement les cadres et les conditions de production du savoir en contexte pandémique, les formes de mise en discours et de médiatisation de la crise, ainsi que les dispositifs institutionnels, les médiations de proximité, les conflits d’interprétation et les réponses sociales qui ont accompagné sa gestion. Ce pluralisme ne disperse pas le propos; il en renforce au contraire la portée, en permettant d’appréhender la pandémie dans sa complexité et dans la pluralité de ses effets.

En tant que directrice de l’ESSTIC au moment du colloque, je me réjouis, trois années après, de voir aboutir un projet scientifique dont l’ancrage institutionnel, l’ouverture intellectuelle et la portée collective reflètent pleinement l’esprit dans lequel cet événement avait été accueilli et soutenu. Cet ouvrage témoigne de la vitalité des recherches menées dans nos espaces universitaires sur les transformations contemporaines de la communication et sur les grandes crises qui traversent nos sociétés. Il constitue, à ce titre, une contribution importante non seulement à la mémoire critique de la pandémie, mais aussi à une réflexion plus durable sur les conditions de la vie collective, de la circulation des savoirs et de la construction des événements dans les sociétés africaines contemporaines.

Je forme le vœu que ce livre trouve toute sa place auprès des chercheuses et des chercheurs, des étudiantes et des étudiants, ainsi qu’auprès de toutes celles et de tous ceux qui s’intéressent aux manières dont se construisent, dans le temps, les crises et les mondes sociaux qu’elles révèlent.

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Perspectives africaines sur la pandémie de COVID-19 Droit d'auteur © par Esther Olembe, Thomas Hervé Mboa Nkoudou, Gilbert Willy Tio Babena et Lydiane Tsayem est sous licence License Creative Commons Attribution - Partage dans les mêmes conditions 4.0 International, sauf indication contraire.