COVID-19 entre blâme et éloge : une relecture épidictique des discours autour de la pandémie
Yanick Hypolitte ZAMBO
« Drôle d’époque! Comme dans les mauvais films hollywoodiens, le monde s’est arrêté face à la peur de l’épidémie » (Spinozi, 2020, p. 609). C’est un truisme de dire que le monde entier a traversé une crise sanitaire sans précédent du fait de la COVID-19 (Coronavirus Disease 2019), virus appartenant à la grande famille des Coronaviridae. Il tire son nom de la couronne formée par sa structure. De son épicentre chinois, cette maladie infectieuse déclenchée en décembre 2019 à Wuhan dans la province de Hubei a tendu ses tentacules non seulement dans tout le pays mais également dans le monde entier à telle enseigne qu’aucune sphère géographique de la planète ne semble épargnée. Nonobstant cette mouvance, force est de relever l’incertitude au sujet de la responsabilité de l’apparition du virus ou son origine. Pour certains, ce virus serait issu d’un animal. Pour d’autres, il proviendrait d’un laboratoire scientifique ou d’un État (Fassassi, 2020, p. 4). Ce dernier axiome dénote la position américaine. En substance, dans son allocution prononcée le jeudi 19 mars 2020 à la Maison Blanche, le président Donald Trump a, une fois de plus, réitéré sa rhétorique arrogante antichinoise en pointant un doigt accusateur sur la Chine concernant l’existence de la COVID-19. Il corrigea ainsi son discours (imprimé) à la main en parlant d’un « virus chinois » au lieu du « coronavirus » (AFP, 2020). Certains religieux estiment que l’avènement de la COVID-19 est la manifestation de la colère et la fureur de Dieu comme il l’a fait à Sodome et Gomorrhe (Genèse 18:20-21).
Au-delà de la multiplicité de ces hypothèses, les arguments sont plus axés sur la nature zoonotique avec en ligne de mire le pangolin. Cette supposition ne vient pas sans fondement. Elle est plutôt motivée par le rôle des animaux concernant la transmission de certains syndromes respiratoires. Il en est précisément du MERS-Cov/SARS-Cov transmis respectivement par le dromadaire et la civette (Cui, Li et Shi, 2019; Azhar et al., 2014). Par ailleurs, le degré d’exposition varie en fonction de la capacité à maîtriser la maladie. Lorsque cette dernière s’est répandue à travers le monde au premier trimestre 2020, l’Afrique était présentée comme un continent qui serait manifestement décimé. L’argument évoqué étant la vétusté et l’indigence caractérisées des équipements médicaux ambiants et l’Afrique figurant parmi les régions les plus vulnérables aux maladies infectieuses et parasitaires (Jeugue Doungue, 2015, p. 2). Cette prédiction apocalyptique s’arc-boute sur l’idée de la fragilité et de la vulnérabilité des pays de grande tradition médicale moderne. Pour le dire simplement, ces pays qui présentent une expertise professionnelle réelle avec des infrastructures sanitaires de pointe et les systèmes de sécurité les plus aboutis au monde ont montré leurs limites dans la lutte contre cette pandémie.
C’est dans ce contexte inouï et morbide que l’Organisation mondiale de la santé (OMS), par une allocution de son directeur général, lui attribua l’épithète de « pandémie » le 11 mars 2020. Révélée au monde de façon rude, grossière et incongrue, la maladie à coronavirus entraîne plusieurs décès et génère l’anxiété. Vu sous cet angle, la pandémie du coronavirus constitue un « événement » planétaire. L’événement est appréhendé ici comme « ce qui survient […] sans avoir été prévu et qui peut modifier les conditions d’existence de personnes ou de collectivités » (Danvers, 2006, p. 14). Il relève de la surprise, du dérangement, de la déconcertation, de l’étonnement (Danvers, 2006). Dans le dessein d’endiguer la propagation du virus et de réduire le taux de létalité y afférent, les pouvoirs publics ont pris certaines mesures, en l’occurrence l’application scrupuleuse des règles d’hygiène élémentaires et le confinement.
Cette proposition de contribution porte sur la rhétorique à l’œuvre dans le contexte de la COVID-19 au regard du télescopage des discours autour de cette pandémie. De façon substantielle, une question fondamentale mérite d’être posée d’ores et déjà : quelle est la nature du discours proféré au sujet de la pandémie de COVID-19? Comme hypothèse, cette rhétorique est marquée par un discours épidictique au regard du contraste ambiant. Sans extrapoler, cette tendance serait de nature à l’assimiler à l’image du dieu Janus. Autrement dit, il est de toute notoriété que le coronavirus est rédhibitoire à la santé publique eu égard à la facilité concernant sa propagation, à la gravité de l’infection et compte tenu de l’inexistence d’une réponse médicale globale. C’est ce qui justifie certainement le foisonnement des protocoles thérapeutiques et des pratiques telles que l’automédication à base de produits manufacturés ou la pharmacopée traditionnelle dans certaines régions. Au-delà de cette considération, les défenseur·e·s de l’environnement estiment que la pandémie est un « moyen » de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de sauvegarde de certaines espèces menacées d’extinction. Sans ambages, le confinement a suscité des indicateurs positifs pour le climat parmi lesquels la baisse des émissions du dioxyde de carbone en Chine, en Italie, aux États-Unis entre autres. En tout état de cause, la COVID-19 fait suffoquer indubitablement la santé publique, les activités économiques et sociopolitiques et constitue un goulot d’étranglement pour les systèmes de santé du monde.
Pour passer au crible cette problématique, le dévolu est jeté sur le rapport entre la pandémie de coronavirus et l’environnement en général et la question climatique en particulier. Ainsi, on mobilisera également la technique de recherche documentaire au regard de l’abondance de la littérature en la matière que l’on combinera à une approche empirique.
COVID-19, une menace réelle et sérieuse pour la santé publique
Comme mentionné plus haut, l’hypothèse formulée dans le cadre de cet article est que la rhétorique à l’œuvre dans le contexte de la COVID-19 est marquée par un discours épidictique. Encore appelé discours démonstratif, il fait partie des trois genres rhétoriques au même titre que les discours judiciaire et délibératif (Eggs, 1994; Van Elslande, 2003). Ce registre se caractérise par l’éloge ou le blâme. Concernant le coronavirus, c’est cette dernière polarité (négative) qui est mise en évidence de manière générale. Cette tendance réprobatrice du genre délibératif ou épidictique s’arc-boute sur la satire. C’est certainement ce qui corrobore le foisonnement des pamphlets au sujet de la pandémie. On assiste ainsi à l’emploi des procédés anaphoriques et hyperboliques recoupant l’établissement du bilan conformément aux contaminations, décès, guérisons entre autres. Ceci étant, et sans risque de se tromper, la COVID-19 est à l’origine de la crise sanitaire actuelle (FAO, 2020) et plusieurs arguments sont mobilisés pour étayer cette propension. Cependant, compte tenu du fait que la santé est un bien commun et une valeur supérieure (Dozon et Fassin, 2001, p. 53), des mesures ont été mises sur pied pour freiner la propagation du virus.
Les arguments de la tendance crisogène de la COVID-19
À n’en point douter, la pandémie de la COVID-19 constitue une véritable menace pour la santé publique. Manifestement, cette impasse semble plus importante et préoccupante que les « scandales sanitaires » connus jusqu’ici (Champagne et Marchetti, 1994, p. 42). Imposant une nouvelle façon de vivre, le coronavirus met le monde entier au pas (R. Nemedeu, 2020). La menace que représente cette maladie est concomitamment objective et subjective. Sur le plan objectif, la menace est certaine eu égard aux données empiriques et factuelles établies. Du point de vue subjectif, la COVID-19 a engendré des traumatismes et de l’anxiété au sein de la population, un choc psychologique sans précédent. À ces éléments phénoménologiques, traduction de la gravité de la situation, s’ajoute le fait que, bien que des vaccins homologués soient désormais disponibles, la lutte contre la pandémie reste un défi mondial.
Un taux élevé de létalité, de mortalité et de propagation du virus
Avant toute chose, il appert de déterminer « la charge sémantique » (Sikondo, cité par Kamto et Tcheuwa, 2010, p. 26) de certains termes. Le taux de létalité désigne ici le nombre de morts par rapport à la population infectée tandis que le taux de mortalité renvoie au nombre de morts conformément à l’ensemble de la population (Diemer, 2020). Une fois cette clarification terminologique opérée, il est de toute notoriété que la pandémie de COVID-19 détruit considérablement l’espèce humaine (Kitio, 2020; FMI, 2020).
Le 19 janvier 2020, les autorités chinoises ont annoncé les deux premiers décès dans la ville de Wuhan. À ce moment, aucun cas n’avait été signalé ou repéré dans d’autres villes chinoises (A. Diemer, 2020). Toutefois, le bilan macabre fut traumatisant et atterrant à partir du mois de mars, soit 79 968 patient·es en République Populaire de Chine et 7 169 hors de la Chine testés positifs (Baud et al., 2020; Mizumoto et Chowell, 2020; Wang et al., 2020) pour un nombre de morts de l’ordre de 38 000 (Diemer, 2020). En date du 7 septembre 2020, 27 219 847 personnes ont été testées positives à la COVID-19 dans le monde, selon les données compilées par la Johns Hopkins University. À ce jour, les États-Unis d’Amérique détiennent le record chagrinant et sinistre en termes de victimes et le premier cas y a été repéré le 21 janvier 2020 (Brinai, 2025).
Grosso modo, les taux de létalité et de mortalité traduisent à suffisance la facilité et la rapidité recoupant la transmission et la propagation du virus. En l’espèce, « le nouveau coronavirus est un virus respiratoire qui se propage principalement par contact avec une personne infectée par le biais de gouttelettes respiratoires produites lorsqu’une personne tousse ou éternue, par exemple, ou par des gouttelettes de salive ou des sécrétions nasales » (OMS, 2020). La résurgence du nombre de cas en Occident est inquiétante et crée de la panique. Ainsi, cette reprise déconcertante de la pandémie vient revigorer sa dangerosité, de surcroît dans un contexte de confusion thérapeutique.
Une thérapie et une prophylaxie balbutiantes d’antan
La lutte contre le serpent de mer de coronavirus a été complexe, difficile et moult incommodités émaillaient sa phagocytose. Par le passé, précisément début 2020, il n’y avait pas de thérapies spécifiques approuvées pour le traitement de la COVID-19 (Vellas et al., 2020, p. 689) encore moins un vaccin homologué à cet effet. Cette toile de fond traduit deux réalités notamment en Afrique : la revalorisation de la chloroquine et l’engouement pour la médecine traditionnelle.
À l’aune de l’imbroglio d’antan marqué par l’inexistence d’un traitement antiviral confirmé (Zumba et al., 2016, p. 327), l’adage « old drug, new trick » trouvait toute sa pertinence. Celui-ci est de nature à suggérer un potentiel thérapeutique important des médicaments existants (Liu et al., 2020). C’est ainsi que la chloroquine a été incontournable pour le traitement du coronavirus, un produit ayant une activité à large spectre contre les infections bactériennes, fongiques et virales (Dowall et al., 2015, p. 3484; Singh et Vijayan, 2020, p. 599). Eu égard à l’enthousiasme autour de la chloroquine, « le marché des médicaments est en plein essor » (Gagné, 2006, p. 59). Néanmoins, l’accès à ces médicaments est problématique particulièrement dans les pays en développement du fait de leurs prix élevés. Ceci est logiquement dû à la faiblesse de la production locale, soit 3% de la production mondiale (Barbière, 2018). Cette précarité justifie la dépendance des importations occidentales. En Côte d’Ivoire par exemple, « 96 % des produits pharmaceutiques sont importés, ce qui entraîne des problèmes de traçabilité, de qualité mais aussi de prix » (Ouattara, cité par Barbière, 2018, page). On comprend assurément la ruée vers les produits falsifiés ou contrefaits car moins coûteux. Ce chambardement thérapeutique balise la pratique de l’automédication caractérisée par sa dangerosité au regard de l’ambivalence du médicament. Ce dernier, malgré sa vocation de garantir la santé, constitue un « poison » (Daburon Garcia, 2001).
Certaines personnes déclarées guéries présenteraient des symptômes étranges : douleurs thoraciques, musculaires ou articulaires, diarrhées. Généralement, les patient·es seraient testé·es à nouveau positifs (Deluzarche, 2020). Cette impasse cause des ravages psychologiques, les individus atteints par la maladie étant stigmatisés. Vu sous cet angle, la COVID-19 deviendrait une maladie chronique. Dans l’optique d’assurer le droit à la santé, certaines régions comme l’Afrique mettent en évidence la médecine traditionnelle.
La médecine traditionnelle est plébiscitée par les populations africaines compte tenu de la facilité recoupant son accès, de la modestie de son coût et sa flexibilité aux réalités locales. Elle vient donc en complément de la médecine moderne ou conventionnelle. À cet effet, certains pays reconnaissent l’exercice de la médecine traditionnelle. Il en est par exemple du Burkina Faso où cet exercice est assuré par les tradipraticien·ne·s de santé (article 141, alinéa 2 de la loi n° 23/94/ADP portant Code de la Santé publique au Burkina Faso). En un mot comme en mille, le traitement asymptomatique de la COVID-19 est consécutif à l’inexistence d’un vaccin, autre déclinaison de la propension crisogène du virus.
Depuis le début de la pandémie, la recherche d’un vaccin efficace contre le coronavirus a mobilisé d’importants efforts scientifiques à l’échelle mondiale. Aujourd’hui, plusieurs vaccins homologués ont été déployés avec succès, apportant une avancée majeure dans la prévention de la maladie. Toutefois, dans certains contextes, notamment en Afrique, des controverses persistaient. Par exemple, le projet d’utiliser le vaccin BCG, initialement destiné à la tuberculose, comme mesure préventive contre la COVID-19 avait suscité un vif débat sur les réseaux sociaux. Cette indignation était également observée parmi ses diasporas à travers le monde. Les Africain·e·s seraient envisagé·e·s comme des cobayes. Cette polémique a suscité un lexique conséquent et prolifique : « mépris et déconsidération », « raciste », « sérophobe ». On assisterait là à un mouvement ou phénomène antivaccinal (Vié le Sage, 2016, p. 233). Quoi qu’il en soit, l’effet létal et la rapidité de contagion du coronavirus ont entraîné la mise sur pied de mesures draconiennes rédhibitoires légitimement à la liberté d’aller et venir (Fassassi, 2020).
Les mesures mises sur pied pour la maîtrise de la pandémie
La large propagation géographique de la COVID-19 ne pouvait laisser la société internationale indifférente. C’est pour cette raison que des mesures ont été envisagées. Elles sont préventives et curatives.
Les règles liées à la prévention de la pandémie
La prévention constitue ainsi la pierre angulaire de la santé publique moderne et c’est ce qui justifie la pertinence de l’aphorisme : « prévenir vaut mieux que guérir ». Comme l’indiquent J.-P. Dozon et D. Fassin (2001, p. 23), « l’enjeu de son efficacité est de diminuer, voire de supprimer, les facteurs de risque statistiquement ou épidémiologiquement établis ». Les mesures susceptibles de suffoquer la propagation de cette maladie grave foisonnent. Celles-ci sont matérialisées à travers un vocabulaire rythmé par les mots et expressions : quarantaine, confinement, distanciation sociale (se tenir au moins à un mètre des autres personnes), port de masques (encore appelés cache-nez) entre autres. Cette cadence est enchâssée sur la restriction de la mobilité des personnes (il s’agit des voyages intérieurs et internationaux). C’est ce qui fait dire à certains que la COVID-19 marquerait la fin du « village planétaire » (Elbaz, 2012; Tremblay, 2007). Dans le domaine de l’éducation, l’adoption du télé-enseignement a constitué un palliatif à la fermeture des établissements scolaires et universitaires, suite au confinement.
Outre cette exigence, il est prescrit de respecter méticuleusement des règles d’hygiène élémentaires. Parmi celles-ci, laver systématiquement les mains avec des gels hydroalcooliques ou à l’eau et au savon; s’abstenir de se toucher les yeux, le nez et la bouche; utiliser un mouchoir pour tousser ou éternuer, à défaut le pli du coude (OMS, 2020). Dans le dessein de garantir la disponibilité des masques et solutions hydroalcooliques ou d’accroître leur offre, les pouvoirs publics encouragent fortement l’investissement de l’industrie locale dans le respect scrupuleux des normes gouvernementales et de l’OMS. À ces mesures s’ajoutent celles relatives au traitement de la maladie.
Les mesures inhérentes au traitement de la maladie
Bien que la maîtrise totale et durable de la pandémie de Coronavirus reste un défi mondial, des avancées notables ont été réalisées grâce à la mise en œuvre de protocoles de traitement et de prévention. Plusieurs stratégies thérapeutiques validées et campagnes de vaccination efficaces ont permis de réduire significativement la morbidité et la mortalité liées au virus. Par ailleurs, au niveau local, certains pays comme le Cameroun ont renforcé leurs infrastructures sanitaires en créant des centres spécialisés dédiés à la prise en charge des patient·es COVID-19. De même, des initiatives telles que le protocole de soins développé par Monseigneur Samuel Kleda à Douala témoignent de l’engagement de divers acteurs dans la lutte contre la maladie.
Par ailleurs, les mesures prises par les États face à la propagation de la pandémie ne font pas l’unanimité. Elles sont « saluées, critiquées ou purement et simplement défiées » (Ndiaye Mbaye, 2020, p. 7). À titre illustratif, le responsable de l’Église Life Tabernacle Church en Louisane, le Pasteur Tony Spell, est passé outre les règles de confinement en continuant de célébrer des messes. Il fut donc arrêté le 31 mars 2020.
En somme, il est de toute notoriété que la COVID-19 constitue une menace réelle et sérieuse pour la santé publique. Cette ambiance timorée et morbide traduit systématiquement la polarité négative du discours épidictique ambiant. Qui plus est, les trois catégories d’actions préventives telles que décrites par D. Omrane et P. Mignot (2018) ne sont pas pleinement assurées. Sans exacerber, on remarque une garantie mitigée des préventions secondaires et tertiaires. En substance, la prévention secondaire renvoie à toutes les actions de nature à réduire la morbidité, mieux les conséquences d’une maladie existante. La prévention tertiaire quant à elle représente les mesures visant à réduire l’invalidité inhérente aux maladies chroniques. En revanche, la prévention primaire a trait à toutes les actions dont l’objectif est de réduire considérablement l’occurrence d’une maladie. Celle-ci n’est malheureusement pas garantie à l’heure actuelle au regard de l’inexistence d’un vaccin.
Dans nombre de pays notamment africains, les considérations au sujet du coronavirus présentent un certain paradoxe depuis quelques temps. Au sein de la population, le déconfinement (total) donnerait l’impression de la fin de la maladie. La mise sur pied des protocoles thérapeutiques en rapport à la pharmacopée traditionnelle, par les tradipraticiens et le Clergé vient envenimer la situation. Cet imbroglio entraîne conséquemment le non-respect des mesures barrières prescrites par les gouvernements. L’OMS appelle ainsi tous les pays à augmenter leur niveau de préparation, d’alerte et de réponse pour identifier, gérer et soigner les nouveaux cas (WHO, 2020). La vigilance reste donc de mise. Au regard de ce qui précède, la pandémie de COVID-19 menace la santé publique. Cependant, force est de noter qu’elle est « célébrée » par les environnementalistes.
COVID-19, une pandémie « célébrée » par les fervents défenseurs de l’environnement
Dans cette partie, il est question de mettre en exergue la polarité positive du discours épidictique au sujet du coronavirus. Ce dernier fait l’objet d’éloges surtout au sein des environnementalistes. Avant toute chose, il n’est pas superflu de signaler que la notion d’environnement sera appréhendée ici comme l’ensemble des éléments du milieu naturel, les ressources humaines et le patrimoine culturel. À l’issue de cette définition stipulative, il est important de préciser que l’origine historique de l’éloge remonte à l’Antiquité. Ce repère ou référent se justifie par la célébration et la valorisation des vertus de la Cité par les orateurs grecs et cette apologie se présentait sous la forme de panégyrique. En rapport à la pandémie de COVID-19, l’éloge repose sur une valeur pratique, c’est-à-dire celle qui profère l’opportunité de la COVID-19 en rapport aux questions environnementales. L’éloge serait ainsi étroitement lié à l’exercice de la publicité (Bonhomme, 2018). La considération laudative de la COVID-19 peut être doublement analysée suivant une trajectoire environnementaliste. Primo, cette maladie ô combien grave serait susceptible de concourir d’une manière ou d’une autre à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Secundo, la lutte contre la pandémie participerait à la sauvegarde de certaines espèces menacées d’extinction.
COVID-19 comme « moyen » de réduction relative des émissions de gaz à effet de serre
Selon les scientifiques, notamment du Groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre est la cause du changement climatique qui éraille l’humanité. On fera fi ici des débats sur la nature de ce phénomène (astronomique/anthropique). Qu’il soit le fait de la nature ou des activités humaines, le réchauffement climatique est rédhibitoire à la jouissance effective des droits de l’Homme et n’épargne aucune partie du globe terrestre. Ce fléau ne saurait laisser la communauté internationale indifférente; c’est justement pour cette raison que des mesures sont mises sur pied pour le maîtriser. Celles-ci, concernant non seulement l’atténuation, mais également l’adaptation, se révèlent inefficaces eu égard à la récurrence du phénomène et l’ampleur des dégâts y relatifs. De ce fait, l’avènement de la COVID-19 avec le cortège de mesures prises pour la combattre sont salutaires malgré la temporalité de leurs effets positifs sur le climat.
La déclinaison laudative de la COVID-19 sur le climat
Lorsque la COVID-19 a été détectée en Chine et même à la suite de sa déclaration de pandémie par l’OMS, aucun référent laudatif n’avait été envisagé. Tous les débats étaient orientés vers sa propension crisogène. Toutefois, la définition des mesures draconiennes pour y faire face aura assaini l’environnement en général et le climat en particulier. Pour le démontrer, on s’appuiera sur les secteurs du transport, de l’industrie pétrolière ou charbonnière.
Depuis la révolution industrielle, les émissions de gaz à effet de serre augmentent considérablement. Ceci peut se justifier par le fait que cette ère est marquée par la course effrénée au développement, traduction de la relation déséquilibrée entre l’homme et la nature. Paradoxalement, cette mouvance se situe aux antipodes de l’idéologie de développement durable prônant une prise en compte concomitante des volets économique, écologique et social. Le facteur commun étant la solidarité intra et intergénérationnelle.
Le secteur du transport (ou de l’automobile) est l’un des plus émetteurs de gaz à effet de serre. De nombreux rapports indiquent que le domaine du transport aérien représente environ 5% des émissions mondiales de GES responsables du réchauffement climatique; et l’impact de l’aviation sur le système climatique pourrait devenir de plus en plus important si des mesures efficaces ne sont pas prises (Gautier et Mazounie, 2015). Le secteur maritime quant à lui représente 3 % des émissions mondiales et celles-ci seraient susceptibles de croître de « 50 % à 250 % d’ici à 2050 pour atteindre 6 % à 14 % des émissions mondiales » (C. Gautier et A. Mazounie, 2015, p. 27) si rien n’est fait. L’avènement du coronavirus a imposé l’adoption de nouveaux modes de vie. Il en est par exemple de la réduction imparable de l’usage des voitures et le recours accru au vélo. En avril 2020, le confinement a entraîné une décroissance de 17 % des émissions journalières mondiales – soit 17 millions de tonnes par jour (Canadell et al., 2020). Les évaluations d’Airparif indiquent que le confinement a favorisé l’amélioration de la qualité de l’air pour le dioxyde d’azote de -20 % à -35 % selon les semaines (AIRPARIF, 2020, p. 1). Ces données statistiques seraient susceptibles d’inciter à l’atteinte de l’objectif fixé par l’accord de Paris sur le climat, celui de contenir l’élévation de la température moyenne de la planète en dessous de 2 °C et de 1,5 °C. Malgré les effets positifs des mesures de confinement sur le climat, force est de relever que la réduction des émissions de gaz à effet de serre ne s’inscrit pas dans la durée.
Une réduction essentiellement temporelle des émissions de gaz à effet de serre
La réduction des émissions de gaz à effet de serre suite à la pandémie de la COVID-19 est à court terme et ambiguë, les effets étant conjoncturels. Aussi, le risque d’un rebondissement des émissions de ces gaz plane, compte tenu des mesures de relance économique çà et là. Dans ce sens, le confinement n’aurait été qu’une « parenthèse verte » recoupant les « petits gestes pour le climat » (Polverini, 2020, page). En d’autres termes,
Si l’on peut se réjouir de cette situation, il ne faut pas surestimer ses effets sur le long terme : pour qu’une influence notable se fasse ressentir sur le réchauffement climatique, il faudrait que les émissions de gaz à effet de serre continuent à diminuer de 7,6 % chaque année, jusqu’en 2030. Autant dire qu’il est illusoire de compter là-dessus, d’autant que les industries commencent progressivement à se remettre en marche (Polverini, 2020, en ligne).
Cela veut dire que les gouvernements devraient penser des initiatives moins polluantes et prôner une économie décarbonée. La COVID-19 est une catastrophe sanitaire, c’est un poncif. Il serait absurde de se lover et se cantonner sur ses effets positifs consécutifs à la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour lutter efficacement contre le changement climatique. Ainsi, des efforts considérables sont nécessaires tant sur le plan de l’atténuation que de l’adaptation. L’optimisme des écologistes, suite à l’avènement du coronavirus ne se limite à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ils estiment que l’occasion est venue pour garantir la sauvegarde de certaines espèces menacées d’extinction avec la montée en puissance du braconnage.
COVID-19, une aubaine pour la sauvegarde de certaines espèces menacées d’extinction
Cette sous-partie prend en compte l’hypothèse de la nature zoonotique de COVID-19 avec pour agent vecteur le pangolin, mammifère nocturne, myrmécophage ou insectivore. La lutte contre cette pandémie constituerait l’espoir d’une meilleure sauvegarde de ce mammifère (Liu, W. Chen and Chen, 2019). À titre de rappel, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) signée à Washington le 3 mars 1973 constitue la base légale de cette protection. Dans le point liminaire du préambule de ce texte, les États contractants « reconnaissent que la faune et la flore sauvages constituent de par leur beauté et leur variété un élément irremplaçable des systèmes naturels, qui doit être protégé par les générations présentes et futures ». À cet effet, la convention met en évidence la coopération internationale. Le pangolin faisant l’objet de notre analyse ici est une espèce inscrite à l’Annexe I de la CITES depuis la 17e session de la Conférence des Parties à la CITES (CoP17, Johannesburg, 2016). Cette Annexe regroupe toutes les espèces menacées d’extinction susceptibles d’être affectées par le commerce. Leur commerce doit être conforme à une réglementation spécifiquement rigoureuse afin de ne pas compromettre leur survie, et ne doit être autorisé qu’exceptionnellement (Article 2, alinéa 1 de la CITES). Une journée mondiale leur est dédiée : le 17 février de chaque année. Toutefois, en dépit de cette disposition et leur rôle écosystémique, le commerce de ce mammifère a atteint des proportions lucratives inestimables, espèce appréciée pour sa viande et ses écailles.
Le pangolin, un mammifère prisé pour sa viande
Malgré les lourdes sanctions consécutives au commerce illégal des pangolins, ceux-ci deviennent les mammifères les plus braconnés au monde détrônant les espèces emblématiques et médiatisées : éléphants, rhinocéros (Garric, 2016). C’est ce qui justifie leur inscription sur la liste rouge des espèces menacées d’extinction de l’Union internationale pour la conservation de la nature.
Le premier argument justifiant la ruée vers le pangolin est sa chair considérée comme « un mets raffiné » (Schneider, 2018, en ligne), consommée en Afrique et en Asie du Sud-Est, fraîche ou boucanée. La viande du pangolin est riche en protéines, ces nutriments qui satisfont les besoins nutritionnels. Qu’elles soient d’origine animale ou végétales, les protéines « jouent un rôle structural (au niveau musculaire ou encore cutané) mais sont également impliquées dans de très nombreux processus tels que la réponse immunitaire (anticorps), le transport de l’oxygène dans l’organisme (hémoglobine), ou encore la digestion (enzymes digestives) » (ANSES, 2025, en ligne). Ainsi, une carence en protéines serait rédhibitoire au bon fonctionnement de l’organisme. La couverture du besoin protéique est donc importante.
Le pangolin, une espèce courtisée pour ses écailles
En plus de la viande, le commerce illégal du pangolin porte aussi sur ses écailles. Faites de kératine, celles-ci lui permettent de se protéger contre les prédateurs. Mais face à l’homme, mieux le braconnier ou trafiquant, cette défense ou armure s’avère inéluctablement inopérante surtout eu égard à la nature recluse de ce mammifère. En Chine par exemple, les écailles de pangolins sont utilisées dans la médecine traditionnelle. Vu sous cet angle, ce produit aurait un capital thérapeutique notoire en rapport à l’acné, au cancer ou à l’impuissance sexuelle. D’ailleurs, entre 1994 et 2012, 53052 pangolins d’Asie ont été décimés pour leurs écailles. En Afrique, les statistiques sont plus alarmantes, avec 91899 pangolins exterminés entre 1999 et 2017 (Challender et Waterman, 2017, p. 37 et 52). Généralement, les pays d’origine et de transit sont désormais le Nigeria, le Cameroun, la RDC et l’Ouganda (Schneider, 2018).
Considérée comme le plus grand consommateur mondial des produits issus de la faune sauvage (Singh Khadka, 2020), la Chine a récemment mis sur pied certaines mesures pour garantir la pérennité des pangolins. En substance, « la liste 2020 des médicaments traditionnels approuvés par le pays n’inclut désormais plus les écailles de pangolin, figurant dans la liste depuis des décennies » (Maron, 2020, en ligne). Dans le même sillage, le Gabon a rendu public l’arrêté n° 0024/PR/MEFMEPCODDPAT portant interdiction de la chasse, la capture, la détention, la commercialisation, le transport et la consommation des pangolins et des chauves-souris. Objectivement, ces mesures semblent être la face cachée de l’iceberg car le 31 mars dernier, plus de six tonnes d’écailles de pangolins ont été saisies par les douaniers à Port Kelang en Malaisie à destination de la Chine. Enfouies sous les noix de cajou, lesdites écailles étaient estimées à 16 millions d’euros, soit plus de 2 600 euros le kg : un marché juteux et florissant (Verdier, 2020).
Conclusion
Au demeurant, il était question de déterminer la rhétorique à l’œuvre dans le contexte de la COVID-19. Comme remarque, les tonalités au sujet de cette pandémie sont discordantes : il n’y a pas un chorus discursif. Pour le dire simplement, l’épidictique est la cheville ouvrière de l’édifice rhétorique en matière de coronavirus (L. Nicolas, 2015). Ce registre recoupe deux polarités : le blâme et l’éloge. La réprobation est inhérente à sa propension crisogène. Autrement dit, la pandémie de COVID-19 constitue assurément une menace réelle et sérieuse pour la santé publique et vient s’ajouter à d’autres pathologies affectant considérablement les individus. Ceci se justifie par les taux élevés de létalité, de mortalité et de propagation du virus. Au-delà de la précarité de la santé publique, la maladie a véritablement impacté le secteur économique.
A contrario, les écologistes estiment que la pandémie profite à l’environnement. Cette considération laudative dénote la polarité positive de l’épidictique. Pour eux, la COVID-19 regorge des effets positifs sur le climat à travers la réduction des émissions de gaz à effet de serre, notamment dans les secteurs du transport et de l’industrie pétrolière. De fil en aiguille, l’avènement de la maladie en rapport à sa supposée nature zoonotique serait une aubaine pour la sauvegarde des pangolins. Cependant, penser que la COVID-19 est avantageux pour le climat est utopique et paradoxal. Il s’agit véritablement d’un trompe-l’œil, car ces effets positifs sont temporaires ou ponctuels. Il serait nécessaire d’être circonspect avec les plans de relance tous azimuts susceptibles d’accroître les émissions de gaz à effet de serre.
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