COVID-19 et résonances médiatiques dans la presse camerounaise. Éléments de construction d’une crise sanitaire

Dorothée Béatrice NDOUMBÉ

La crise sanitaire liée à la pandémie de COVID-19 a nourri de nombreux fantasmes parfois contradictoires. Certains estimaient qu’il s’agissait d’un virus créé en laboratoire et délibérément répandu dans le monde pour museler les contestations sociales, pour limiter l’accroissement de la population mondiale dont le nombre inquiète les organisations internationales, notamment en Afrique, et éviter le gaspillage des ressources énergétiques et naturelles. D’autres soutenaient l’idée que la surestimation du danger et les mesures de sécurité visant à confiner les oppositions citoyennes, mais aussi qu’une gestion volontairement catastrophique, avaient pour but de nuire aux projets politiques de certains gouvernements. Dès la première apparition de cette crise sanitaire mondiale, de nombreuses communications ont été faites aussi bien par les acteurs et actrices politiques que les professionnel·le·s de la santé. Par ailleurs, certains discours alarmistes avaient prédit la catastrophe pour l’Afrique. En effet, les médias européens et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avaient imaginé les rues jonchées de cadavres : « Et même si la population est plus jeune que dans les pays développés, il y aura nécessairement des millions de morts« [1](Antonio Guterres, 2020). Cependant, l’Afrique se mettait en rang de bataille pour venir à bout de « cet ennemi commun » qui semblait avoir été fabriqué pour décimer sa population.

Toute publication est créée pour un but précis et toute information a une finalité. Charaudeau (2011) donne à l’information médiatique deux visées : une visée d’information dont l’enjeu est la crédibilité et une visée de captation avec comme enjeu la dramatisation. Il dit en effet que

La finalité du contrat de communication médiatique se trouve en tension entre deux visées qui correspondent chacune à une logique particulière : une visée de faire savoir, ou visée d’information à proprement parler, qui a à produire un objet de savoir, selon une logique civique : informer le citoyen; de faire ressentir ou visée de captation, qui tend à produire un objet de consommation marchande selon une logique commerciale; capter le plus grand nombre pour survivre à la concurrence (Charaudeau, 2011, p. 70).

Une communication médiatique a, a priori, un but précis lorsqu’elle est émise. Par conséquent, les produits des médias sont confrontés aux pressions et contraintes diverses d’autres champs qui peuvent avoir un impact sur leurs contenus. Tout produit médiatique est le résultat d’un compromis entre les buts des institutions et les demandes des publics, entre des objectifs différents, des émetteurs. Par conséquent, les journalistes sont confronté·es aux pressions et contraintes du champ médiatique auquel ils ou elles ne peuvent résister (Esquenazi, 2014. Comme le rappelle également Géraldine Muhlmann (2004a, p. 7-14), le souci d’objectivité qui organise l’écriture journalistique est le fruit des exigences du corps social telles que les comprennent les industries de la presse. Ainsi, le discours des médias est en réalité le résultat d’un processus associant des acteurs sociaux disparates qui interagissent dans le champ médiatique (Esquenazi, ibid., p. 13). En outre, « L’un des obstacles majeurs au traitement politique des malaises sociaux pourrait bien résider dans le fait que ceux-ci tendent à avoir une existence visible seulement à partir du moment où les médias en parlent. C’est-à-dire lorsqu’ils sont reconnus comme tels par la presse » (Champagne, 1991, p. 64). Partant de ce constat et sur la base d’un décryptage minutieux, cet article fait une analyse descriptive et comparative de la couverture médiatique en vue d’explorer les conséquences de la médiatisation de la crise sanitaire COVID-19. L’analyse vise à savoir comment la presse a rendu compte de la découverte du premier cas de contagion au Coronavirus au Cameroun.

L’objectif de cette analyse est d’un côté de mettre en exergue les éléments qui ont suscité la forte attention de la presse quotidienne d’information lors du traitement journalistique de l’avènement de la COVID-19. De l’autre, l’article interroge les raisons des choix rédactionnels de la presse à cette occasion. Il questionne quels différents aspects de la crise sanitaire sont les plus représentés et de quelle manière, afin de déterminer comment les entreprises de presse ont joué leur rôle à ce moment précis de la crise. D’une manière globale, ce texte questionne le champ journalistique en se demandant s’il peut opérer un travail de construction des événements sociaux en fonction des intérêts propres à chaque journal et de son alignement éditorial. L’analyse permettra ainsi de déterminer les représentations véhiculées par la presse à travers le traitement informationnel de la crise sanitaire.

Partant du principe de la responsabilité et du rôle des médias dans la société, mais aussi de la finalité du contrat médiatique, nous postulons que les médias peuvent, selon les circonstances, contribuer à la construction des idéaux ou alors propager une image déformée qui ne reflète pas la réalité des problèmes sociaux en mettant par exemple l’accent sur les situations alarmantes et négatives de la crise, tout en négligeant ceux qui peuvent être valorisés. Il s’agit d’analyser l’apparition de la COVID-19 au Cameroun et ses différentes résonances médiatiques à travers la presse d’information quotidienne afin d’explorer leur finalité.

Méthodologie

Les articles de presse retenus pour cette étude ont été choisis à partir de l’apparition de l’évènement analysé à la une des éditions ou simplement dans les pages intérieures du journal. Ceux-ci couvrent la période de la survenue de la pandémie au Cameroun, le mois de mars 2020 notamment. Les sources sont la presse imprimée : Cameroun Tribune, La Nouvelle, La Nouvelle Expression, Le Jour et Mutations. Nous avons procédé à une analyse thématique du discours en partant des rubriques recensées et à une analyse du contenu de presse. Les articles retenus pour cette étude ont été choisis en fonction de leur disponibilité dans l’espace médiatique.

Éléments de codage et d’analyse

L’analyse des articles va s’appesantir sur six éléments principaux :

  • la titraille : comment se présente-t-elle et que laisse-t-elle entrevoir;
  • le langage ou le terme utilisé pour qualifier la crise, pour en parler ou pour la mentionner;
  • le genre journalistique : reportage, compte rendu, enquête, interview;
  • les sources citées : sources médicales, politiques, etc.
  • les situations de pic dans la médiatisation : elles correspondent à l’apparition du sujet à la fois en une du journal et dans les pages intérieures.

Limites de la méthode

La méthode que nous avons adoptée comporte deux principales limites :

  • L’analyse de contenu a porté exclusivement sur les supports écrits et en ligne. Elle aurait pu, en effet, intégrer les supports audiovisuels;
  • La période n’englobe pas la durée de la pandémie mais uniquement le moment de son apparition en Afrique et au Cameroun plus précisément. Toutefois, elle permet de saisir les choix médiatiques des journaux retenus.

Les stratégies de médiatisation de la pandémie par les quotidiens

Notre analyse de la presse sur l’annonce de la COVID-19 est à la fois quantitative (nombre d’articles publiés par publication) et qualitative. L’analyse qualitative, à proprement parler, s’intéresse à la typologie des genres rédactionnels (reportage, compte rendu, analyse, enquête), les périodes de pic, c’est-à-dire le moment où le sujet figure à la une et est traité dans les pages intérieures, la qualité de la titraille et l’existence ou non des contenus traitant de la théorie complotiste.

Les situations les plus médiatisées

Le quotidien Cameroon Tribune (CT) du mois de mars 2020 a publié 20 numéros, dont 18 sur la COVID-19 et 02 qui n’en parlent pas. Les deux numéros en question sont respectivement les éditions des 6 et 7 mars qui ont été consacrées à l’actualité parlementaire.

Le journal commence un traitement timide de l’information sur la COVID-19 puis lui donne une plus grande place et une attention plus soutenue à partir du 17 mars où la pandémie sera considérée comme un événement planétaire important. Il sera présent dans toutes les éditions à la fois en première page et en pages intérieures. Les éditions des 2, 3, 10, 11 et 13 mars sont celles qui ne parlent pas de la pandémie à leur une, mais lui consacrent au moins une page intérieure comme le présentent les tableaux ci-dessous.

Tableau 1. Présence de la COVID-19 dans CT (source : auteure)
Nombre d’éditions Éditions sur la COVID-19 Éditions sans COVID-19
20 18 2

Le tableau ci-dessus fait une présentation du nombre d’éditions du journal ayant traité de la COVID-19 en mars.

Tableau 2. Traitement quantitatif de la COVID-19 dans CT (source : auteure)
COVID-19 en une Sans COVID-19 en une Nombre d’éditions
12 6 18

En analysant l’apparition de la pandémie à la une des numéros retenus, nous observons que des 18 numéros ayant traité de cette crise sanitaire, 12 éditions l’annoncent en une et 6 la traitent sans toutefois en parler en une. L’analyse quantitative et chronologique révèle des pics dans le traitement de la COVID-19 dans Cameroon Tribune, notamment le 9 mars, puis du 18 au 30 mars comme indiqué dans le graphique ci-dessous.

Graphe 1. Analyse chronologique de l’apparition de la COVID-19 dans Cameroon Tribune (source : auteure)

Cette analyse quantitative des jours qui ont connu une forte médiatisation nous permet de considérer qu’il y a eu un bond le 9 mars au moment où la pandémie a fait l’objet de sujets à la une du journal et un traitement abondant sur 5 pages successives. Ce pic dans le traitement journalistique de la pandémie par Cameroon Tribune intervient après la confirmation de deux cas de contamination. Cette confirmation va susciter un branle-bas chez les différentes autorités dont les secteurs d’activités étaient fortement impactés par la pandémie à COVID-19.

Image 1. Titres de CT du 18 mars 2020
Image 1. Titres de CT du 18 mars 2020

La une de CT du 18 mars intervient lorsque les mesures de confinement sont édictées par le gouvernement et à la suite de l’intervention du président de la République via un tweet dans lequel il insiste sur la nécessité de les respecter. La parole médiatisée du chef de l’État via les réseaux sociaux a sans doute eu un effet sur le traitement journalistique de l’information à ce moment. Elle participe à la construction des représentations que l’on peut se faire de la pandémie. Cette parole va fonctionner comme un accélérateur de la prise de conscience de la gravité du mal que constitue le virus. Les prochains pics apparaîtront le 12 mars lorsque le président de la République reçoit, en audience, l’ambassadeur des États-Unis, Peter Balerin, dont la visite avait pour but de « féliciter le Cameroun pour les mesures prises et de réitérer l’appui des États-Unis dans la lutte contre le Coronavirus et le VIH/Sida » (CT, 12 mars 2020).

Cette une sera renforcée par l’information sur les deux premiers contaminés à la COVID-19 en voie de guérison. Le journal présente en outre un gouvernement fort et dont les décisions ont un impact positif sur l’évolution de la pandémie au Cameroun (Cf. CT 19 mars en pied d’une : « Covid-19. Strong government measures to protect life ». Le traitement médiatique permet de relever une volonté de l’organe de presse de présenter l’état de la question et la place que lui accordent les autorités.

Pour montrer que tout le pays est en ordre de bataille et d’accord pour les mesures édictées par le gouvernement, la une du 19 mars va présenter les mesures de confinement et l’adhésion des populations à celles-ci. Le journal met ainsi, en avant, l’adhésion des populations aux mesures gouvernementales, et par ricochet à la politique instituée par le président de la République (Cf. une du journal du jeudi 19 mars et celle de vendredi 20 mars 2020 ci-dessous).

Planche 1. Unes de CT des 19 et 20 mars 2020

Le traitement journalistique de Cameroon Tribune présente également l’état de la question dans les dix régions du Cameroun et les mesures prises par l’État pour maintenir le niveau d’alerte contre le virus. Cinq pages rédactionnelles sont consacrées au numéro du 20 mars.

La construction médiatique de la crise

Le traitement médiatique de la crise sanitaire à COVID-19 par le quotidien Mutations fait observer un journal qui rend compte de la pandémie selon un point de vue présentant la crise comme une utopie pour le politique qui peine à accepter l’existence de la maladie : « Coronavirus. Députés et sénateurs immunisés? L’Assemblée nationale et le Sénat se réunissent dès ce jour dans le cadre de la première session ordinaire de l’année, au mépris de la mesure du Premier ministre interdisant les regroupements de plus de 50 personnes » (une, vendredi 20 mars 2020). Dans sa une du lundi 30 mars, le journal fait voir certains membres du gouvernement comme des « irresponsables » : « Coronavirus Au Cameroun. Les stars du bêtisier ». Il revient dans ce numéro sur les actions controversées de quelques autorités en pleine pandémie de COVID-19.

Le journal Mutations fait un traitement journalistique de la pandémie pour la première fois le 2 mars 2020 lorsqu’il annonce que le Nigeria est contaminé. Mais la COVID-19 à cette date reste un mal utopique et presqu’irréel pour le Cameroun. Cette information sur le Nigeria participe de la construction de cette réalité. Cependant, le journal annonce les prochains jours les mesures prises par l’État pour protéger le pays contre la pandémie. Il présente ainsi le dispositif mis en place par les autorités compétentes « pour barrer la voie à ce nouveau virus dont l’Afrique a enregistré trois cas confirmés » comme l’indique la une de Mutations du 3 mars qui parle d’ailleurs d’une « revue de troupes » et d’« un plan de riposte ». Ce champ lexical de la guerre est une alerte pour les cibles du journal. Il permet de prendre la pleine mesure de la gravité de la crise afin d’avoir des réactions communes, solidaires et efficaces.

Le quotidien commence une couverture timide qui s’intensifie le 9 mars lorsque le premier contaminé est découvert au Cameroun. Un dossier de 6 pages et la une du journal vont mettre une emphase sur la crise bien qu’elle soit encore « une menace fantôme », il ajoute toutefois que la psychose se construit dans la population camerounaise : « La psychose prend corps après deux cas détectés au Cameroun ».

Le quotidien Mutations sera muet pendant six jours sur la pandémie et connaîtra sept jours de pics au mois de mars 2020. Ces derniers correspondent aux jours où le journal a fait un traitement de la COVID-19 à la fois à la une de ces éditions et sur au moins deux pages intérieures. Le 19 mars, le journal publiera sept pages sur le Coronavirus. Il s’agit du pic le plus élevé comme le démontre le graphique ci-dessous.

Graphe 2. Chronologie du traitement de la COVID-19 dans Mutations (source : auteure)
Planche 2. Unes du journal Mutations des 9 et 19 mars 2020

Le 19 mars 2020, le journal fait une édition spéciale sur le Coronavirus. Celle-ci revient sur les premières images et réactions après la décision du gouvernement camerounais de confiner totalement le pays. Cette une fait une analogie entre Le dernier jour d’un condamné, titre d’un roman de Victor Hugo, et « Le premier jour d’un confiné ». Le confiné qui est par analogie un prisonnier, car il est tenu de rester enfermé.

La COVID-19 objet de construction médiatique

Le traitement médiatique des crises sanitaires par les médias ne date pas de la COVID-19. Il est cependant à noter que les médias peuvent contribuer à mieux faire connaître la maladie et à saisir les mécanismes de riposte et de protection contre une telle pandémie. Le journal fait ainsi de la pandémie un objet médiatique dans la mesure où il la rend visible dans l’espace public. Il oriente et suggère sa compréhension par son traitement médiatique. En effet, le journal peut, par le traitement qu’il fait de la crise, la rendre visible ou tout simplement la faire oublier. Les choix des entreprises de presse dépendent dans ce cas de leurs intérêts et de leur secteur d’activité (Champagne, 1991). Quoiqu’il en soit, le traitement de la COVID-19 peut se lire à travers la visée informative et la visée de captation ou de dramatisation, selon les intérêts et les objectifs de chaque quotidien. La première visée est soutenue par un enjeu de crédibilité et se comprend dans le rapport à la vérité. La captation, pour sa part, active le ressenti des lecteurs et lectrices à partir d’une logique commerciale : le désir de pousser à l’achat.

De l’information à la sensibilisation

La titraille de Cameroun Tribune est la même tout au long du mois de mars 2020. Elle se compose d’un surtitre, le plus souvent intitulé « Coronavirus », d’un titre qui annonce le ton de l’article et d’un chapeau qui en présente le contexte. Les premiers jours, la titraille s’inscrit dans une visée informative et « de propagande » sur les actions de l’État du Cameroun. Elle présente le champ sémantique de l’existence de la pandémie dans le pays et traduit la prise de conscience de l’État camerounais sur la question et les mesures entreprises. Cameroun Tribune insiste ainsi sur l’information rassurante : « Coronavirus. Comment le Cameroun s’organise » (CT, une, lundi 2 mars 2020), « Coronavirus. La riposte est bien préparée » (CT, une, mardi 3 mars 2020), « Coronavirus. Mobilisations tous azimuts » (CT, page intérieure du journal 19 mars 2020), Coronavirus. En ordre de bataille » (CT, une, vendredi 6 mars 2020) », « Coronavirus. Dispositif rodé à l’aéroport de Douala » (CT, mardi 10 mars 2020), « Coronavirus. L’hôpital Laquintinie paré » (mercredi 11 mai 2020), « Lutte contre les épidémies. Soutien américain assuré » (CT 12 mars 2020), « Coronavirus : les deux cas en voie de guérison » (CT, une du 12 mars 2020) », « Coronavirus. Tous en alerte » (CT, une du vendredi 20 mars 2020) », « Covid-19 prevention. Strict hygiene As Solution » (CT, une du 17 mars 2020), « Coronavirus. Les autorités font bloc » (CT, mardi 24 mars 2020). Le quotidien Cameroon Tribune construit ainsi la pandémie dans sa posture de rappel de l’existence de la pandémie et des mesures prises pour lui barrer la voie ainsi que celles à respecter pour ne pas contracter la maladie.

À côté de cette visée informative, on peut relever une visée d’éducation et de sensibilisation du quotidien Cameroon Tribune, ainsi qu’une visée de prévention contre cette pandémie à partir des titres à la une. C’est le cas notamment avec les titres suivants : « Coronavirus. Comment l’hygiène peut sauver » (CT, 17 mars 2020), « Combattre le virus. Le dispositif doit être renforcé » (CT, une, du mercredi 18 mars 2020), « Mesures de confinement. Les Camerounais adhèrent » (CT, une du jeudi 19 mars 2020), « Coronavirus. Autres nouveaux cas confirmés » (CT, une de jeudi 19 mars 2020), « Coronavirus. Ne jouons pas avec le feu » (CT, Une de lundi 23 mars 2020), « Lutte contre le coronavirus. Paul Biya poursuit la sensibilisation », « Mesures de restriction contre le Coronavirus. Le gouvernement hausse le ton » (CT, une du mercredi 25 mars 2020), « Lutte contre le Coronavirus. Place à la fermeté » (CT, une de jeudi 25 mars 2020), « Le Covid n’est pas une rumeur » (CT, une de vendredi 27 mars 2020), « Coronavirus. Le prix de l’inconscience » (CT, une, lundi 30 mars 2020).

L’analyse de la titraille fait apparaître une insistance sur la pandémie. Elle contient, pour chaque édition, au moins une fois, le terme « Coronavirus ». Il apparaît que la rédaction a l’intention de mettre l’accent sur la menace que représente la maladie. Elle appelle à la prudence et au respect des mesures barrières. Cette titraille présente également les efforts du gouvernement pour arrêter la progression de la pandémie. Elle établit un lien entre la pandémie et la guerre. La période de pandémie est considérée comme une période de crise au cours de laquelle les populations sont appelées à se mobiliser pour mener la bataille contre l’ennemi. La titraille a donc une visée d’alerte, de mise en garde et de diffusion. Elle contribue, de ce fait, à la construction de l’évènement COVID-19 dans la mesure où elle le rend présent d’une certaine façon dans la vie des lecteurs et lectrices. À la une du journal, la désignation de la pandémie est « coronavirus » et quelquefois « Covid-19 ». On peut en déduire que le journal veut rester fidèle à la désignation de la pandémie afin de fixer le nom et l’objet dans les mémoires et les esprits du lectorat.

De la narration du réel comme construction de la pandémie

La narration de la pandémie à COVID-19 par le quotidien Mutations présente une information de terrain qui fait vivre et voir la maladie telle qu’elle est prise en compte par les populations. En utilisant des figures de style, le quotidien met une emphase sur ce qui se passe sur le terrain à travers une rédaction imagée et engagée :

Cameroun. Un jour coupé du monde. Depuis hier 18 mars, 13 malades de coronavirus ont été identifiés, dont 11 cas à Yaoundé et 2 à Bafoussam. La veille, le gouvernement a annoncé une série de 13 mesures à l’effet de freiner la propagation de la pandémie. Un peu plus de 24h après l’annonce du Premier ministre, Dion Ngute, Mutations tente d’évaluer l’état de mise en œuvre de ces restrictions et leur respect par la population dans les églises, les marchés, les transports, les écoles, les aéroports, les hôpitaux, les hôtels, etc. (Mutations, jeudi 19 mars 2020).

Le journal va multiplier des comptes rendus et des reportages pour faire voir la réalité de la situation de la COVID-19 au Cameroun et dans le monde. Dans le même dossier, le journal présente la situation d’autres villes du Cameroun. Ces reportages dans la vie des populations rendent présent le danger de la pandémie. Même si l’impact n’est pas tout à fait connu, cette narration du réel de la maladie informe et sensibilise en même temps qu’elle peut créer la psychose chez le lectorat : « Bafoussam. Des fugitifs du coronavirus activement recherchés. Des autorités médicales sont à leurs trousses afin de les mettre en quarantaine » (Mutations, vendredi 24 mars 2020).

Le champ lexical de la guerre est également utilisé pour rendre compte de l’effort que fait le gouvernement pour prendre en charge la pandémie : « Riposte au coronavirus. La Cemac en ordre de bataille. Un fonds de 2 milliards Fcfa sera mobilisé pour mettre en œuvre les quatre axes et actions prioritaires contre cette épidémie. » (Mutations, une, vendredi 13 mars 2020). Cette narration imagée du réel par le champ lexical de la bataille peut être comprise comme la volonté du journal d’insister sur les efforts et la détermination de l’État à venir à bout de la pandémie. Pourtant, le même journal va relever des incongruités dans l’action gouvernementale en matière de respect des consignes édictées.

La diversité des genres rédactionnels comme construction de l’événement COVID-19

Les genres rédactionnels peuvent être considérés comme des éléments de construction des événements. En effet, en fonction du genre utilisé (d’information ou d’opinion), les journalistes ou les organes de presse peuvent donner une résonance différente à l’information.

Résonance informative et construction de la crise

La place relativement modeste occupée par les commentaires dans le quotidien Cameroun Tribune est sans doute une preuve de l’adoption par le journal d’une posture informative dès la survenue de la COVID-19. Les articles ont essentiellement été d’ordre informatif une fois que le virus est apparu au Cameroun et en Afrique. Pendant l’élection législative de 2020 qui animait les débats, CT n’a traité la COVID-19 en une seule page intérieure sans en rendre compte en première page de cette édition. Cette posture rédactionnelle peut être analysée comme étant le souci d’informer le public. Le but est certes d’informer, mais également de présenter un Ministère de la Santé publique alerte et engagé pour éviter le pire[2]. La visée d’information est également convoquée à travers les reportages sur la ruée vers la chloroquine[3], ou encore sur l’exigence du port du masque dans les transports en commun : « Transports publics. Le port de masque est obligatoire » (Le Jour, 8 avril 2020).

Planche 3. Extraits de CT du 02 mars 2020 sur la mobilisation du Cameroun contre la pandémie

La construction de l’événement se fait également par une déconstruction de ce qui est dit dans les réseaux sociaux en vue de donner une information de qualité aux lecteurs et aux lectrices. En présentant comment s’organise le Cameroun, le quotidien indique quelques données qui rassurent et peuvent en même temps inquiéter : « Déjà 3000 morts, 85000 malades, près de 60 pays contaminés. Depuis le 28 février, 1 cas confirmé au Nigéria » (CT, 2 mars 2020). Certains reportages et comptes rendus présentent également la situation du moment comme alarmante.

Les articles publiés sont majoritairement des reportages et des comptes rendus. Ils sont faits sur les différents sites, soit de propagation du virus, de la prise en charge des malades, soit sur les lieux stratégiques de prise de décision. En effet, en plus d’être un problème de santé, la COVID-19 rentre également dans la catégorie d’événements politiques. C’est pourquoi, le « sens politique » imprimé par la presse quotidienne est bien identifiable à travers non seulement la couverture médiatique (comptes-rendus, reportages, enquêtes et interviews), mais aussi à travers la diffusion systématique des messages du président de la République, des prises de paroles du chef du gouvernement et des ministres concerné·e·s par cette situation d’urgence sanitaire. Le traitement médiatique de la COVID-19 par la presse en fait un événement politique d’ampleur internationale qui justifie que la presse en ligne internationale en parle de manière insistante.

L’approche pédagogique est privilégiée par la parole donnée aux expert·e·s lors des interviews et le souci d’éclairer l’opinion, mais aussi grâce à des mises au point et précisions au moment où les fausses informations foisonnent dans les réseaux sociaux : « Coronavirus et réseaux sociaux. La folle ruée vers la chloroquine » (CT, jeudi 5 mars 2020).

Résonance de captation et de dramatisation

Charaudeau définit le mécanisme de construction du sens de discours comme étant le résultat d’un double processus de transformation et de transaction. Il ressort du rapport dialectique entre ces deux processus que « le monde à commenter » n’est jamais transmis tel quel à l’instance de la réception. Il passe par le travail de construction de sens du sujet énonciateur qui le constitue en « monde commenté » à l’adresse d’un autre dont il postule à la fois l’identité et la différence (Charaudeau, 2011, p. 78). L’événement n’est donc jamais transmis au récepteur tel qu’il s’est déroulé dans son état brut. Il subit une transformation qui est fonction des diverses contraintes de la rédaction et de celles de l’entreprise médiatique. Ainsi, sa signification dépend de l’émetteur et du regard du sujet récepteur qui devra décrypter le message.

L’apparition de la COVID-19 dans la ville de Wuhan en Chine en 2019 a fait naître un discours construit autour d’une théorie complotiste indiquant que le virus a été créé pour décimer le continent africain de sa population. Pour certains adeptes de cette théorie complotiste au Cameroun, la France et la Chine en veulent à l’Afrique : « Coronavirus : La France et la Chine tombent le masque… » (La Nouvelle, 31 mars 2020). Par ailleurs, d’autres complotistes occidentaux vont estimer que cet arrêt de la COVID-19 en Chine vise tout simplement à provoquer une vente des titres des sociétés occidentales sur les places boursières chinoises » (La Nouvelle, 31 mars 2020). Cette approche complotiste indique également que la pandémie est « une conspiration de plus contre la vie sur terre… L’épidémie Coronavirus cache et annonce une pandémie mondiale de maladies chroniques encore plus mortifères » (La Nouvelle Expression, 30 mars 2020).

La COVID-19 a fait son apparition au Cameroun en apportant une certaine terminologie et des croyances qui seront diffusées dans l’espace public. Ainsi, dans les quotidiens Cameroon Tribune, Le Jour, Mutations, la maladie à Coronavirus est désignée selon plusieurs termes qui font partie de la construction de l’événement à part entière. La COVID-19 est qualifiée de « redoutable virus », de « « menace » qui sévit toujours » (CT, mardi 3 mars 2020), « Covid-19. La bombe de Kondengui. Des cas suspects de l’épidémie du coronavirus dans le plus grand pénitencier du Cameroun sèment la panique » (Le Jour, 14 avril 2020). Par ailleurs, la COVID-19 est accompagnée de qualificatifs qui peuvent soit amener à en avoir peur, soit rassurer quant à une possible guérison et une maîtrise du virus. Les messages diffusés laissent entrevoir le pire : « L’OMS invite tous les pays encore épargnés à se préparer à l’arrivée de la COVID-19 en avertissant que se croire à l’abri de la maladie serait une « erreur fatale » » dit le ministre de la Santé publique du Cameroun (CT, lundi 2 mars 2020).

La maladie est désignée par CT comme « un tueur international » qui provoque une « vague de panique » et la « peur ». Il s’agit à la fois, d’une « épidémie de coronavirus » et « d’une pandémie de coronavirus » contre laquelle les méthodes de lutte sont mal connues et renseignées. L’impact du virus en fait un ennemi contre lequel la société doit se mobiliser pour le vaincre. Le journal construit un corpus langagier autour d’un environnement qui fait penser à la guerre, au combat : « Coronavirus. Le Cameroun en ordre de bataille » (CT, lundi 9 mars 2020). Le caractère politique de ce type d’événement n’est plus à mettre en doute. En effet, la lutte contre la pandémie est systématiquement mise en relation avec les actions des politiques et des événements antérieurs comme le VIH/Sida (Cf. CT du jeudi 12 mars 2020).

Le vocabulaire du journal le place dans une visée à la fois préventive, informative et dramatique, et dans une ambiance de guerre contre un virus omniprésent : « Coronavirus. Dispositif rodé à l’aéroport de Douala. Le protocole de sécurité mis en place par les autorités sanitaires permet de scanner tous les voyageurs », « normes de protocoles de sécurité », « Menace du Coronavirus », « Masa 2020. Dispositif colossal mis en branle pour la réussite d’une grande rencontre » (CT, mardi 10 mars 2020). D’autres expressions participent de la construction de la pandémie en insistant sur le lexique de la peur : « L’inquiétude grimpe » (CT mardi 17 mars 2020), « Combattre le virus. Le dispositif doit être renforcé » (CT du mercredi 18 mars 2020), « Coronavirus. Mobilisation tous azimuts. Le spectre de la propagation de la maladie dans le pays hante tous les esprits. D’où les mesures musclées prises par le gouvernement » (CT jeudi 19 mars 2020), « Coronavirus. Tous en alerte. Déjà une quarantaine de cas » (CT de vendredi 20 mars 2020).

La visée de captation et de dramatisation est encore plus perceptible lorsque le discours de la presse quotidienne indexe des pays amis du Cameroun comme l’a fait le journal La Nouvelle dans la publication de mardi 6 avril 2020 : « Covid-19. Comment la France prépare l’implosion de l’Afrique ». Le texte précise que dans certains groupes en Europe, la Covid-19 était perçue comme une crise pouvant causer des mouvements d’humeur qui pourraient aboutir à une guerre civile : « Il part du principe que les villes seront l’épicentre des crises et que très rapidement, la question du ravitaillement des quartiers se posera pour l’eau, la nourriture et l’électricité. Des phénomènes de panique urbaine pourraient apparaître. Elles sont le terreau sur lequel se construisent les manipulations des émotions populaires » (La Nouvelle, 6 avril 2020).

La nature des sources du discours médiatique

La nature des sources médiatiques est importante pour déterminer la visée du discours énoncé par les médias. En effet, une différence fondamentale est à faire entre le discours d’un·e journaliste dit·e « scientifique », une revue scientifique et un·e journaliste généraliste qui, du fait d’une situation d’urgence, est tenu de rendre compte d’un événement scientifique comme la crise sanitaire à COVID-19. Quelle que soit leur spécialité, les journalistes doivent s’appuyer sur diverses sources crédibles pour rendre compte de la crise. Cette obligation s’appuie sur le fait que la visée d’information des médias a un enjeu primordial qui est celui de sa crédibilité. Cette visée informative consiste à faire connaître aux citoyen·ne·s ce qui s’est passé ou ce qui est en train de se passer dans « le monde de la vie sociale » (Charaudeau, 2011, p 71). Pour mettre en œuvre cette visée, les médias utilisent deux types d’activités langagières : « la description-narration » qui consiste à rapporter les faits du monde et « l’explication » dont le but est d’éclairer le destinataire de l’information sur les causes et les conséquences de ces faits. Dans les deux cas, il se pose un problème de rapport à la vérité.

Dans un discours d’information, [cependant], il ne s’agit pas de la vérité en soi, mais de celle qui est liée à la façon de rapporter les faits : il ne s’agit pas tant des conditions d’émergence de la vérité que des conditions de véracité. Il ne s’agit pas pour l’instance médiatique d’authentifier les faits, de les décrire de façon vraisemblable, d’en suggérer les causes et de justifier les explications qu’elle fournit. (Charaudeau, ibid.).

Il s’agit surtout pour la presse de rendre compte, avec le plus de précision et de vérité possible, de la situation qui fait l’objet de l’actualité. Plusieurs techniques peuvent être mises en œuvre par les journalistes pour y parvenir. La qualité des intervenant·e·s et des sources est un élément important de crédibilité et de construction du sens, car le discours médiatique participe de la construction du sens que l’on donne à un événement. En effet, les choix des sources, des lieux de reportages et comptes rendus sont rarement anodins, pour les journalistes et sans conséquence pour le lectorat.

Le discours de la science peut être repris et reformulé par un·e ministre, une institution politique ou un journal. Cameroon Tribune étant un média à destination de classes diverses et dont les destinataires appartiennent à des mondes sociaux différents, il peut reprendre les propos de certain·e·s acteurs et actrices afin d’étayer ses analyses. Dans le traitement médiatique de la crise sanitaire à Coronavirus, les journalistes font appel aux voix externes pour expliquer la pandémie qui est nouvelle et méconnue du public. Il s’agit d’une construction plurielle de la crise qui fait appel à diverses sources dont les résonances peuvent être perçues différemment. Cameroon Tribune étant en plus un quotidien destiné à des lecteurs et lectrices appartenant à des mondes sociaux éclatés et diversifiés, il explique la crise par des expert·e·s, dont il reprend certains propos :

« Paul Biya, sur ses plateformes digitales officielles (Facebook et Twitter), indique notamment que ‘‘le monde fait face à une crise sanitaire grave et sans précédent’’. Sans détours, le chef de l’État souligne que cette épidémie ‘‘va impacter nos comportements quotidiens et notre économie’’. Pour ce faire, les compatriotes sont invités à ‘‘respecter scrupuleusement les prescriptions du gouvernement et de l’Organisation mondiale de la Santé’’ » (CT, jeudi 18 mars 2020).

La source citée peut aussi avoir une qualité à la fois politique et scientifique comme c’est le cas du directeur de l’hôpital : « Selon le directeur de l’Hôpital central de Yaoundé, où les malades sont en isolement depuis le 6 mars dernier, leur état de santé s’améliore nettement » (CT, mardi 12 mars 2020), « Et pour la maîtrise de ces cas de COVID-19, une équipe de professionnels aguerris a été mobilisée. Nous avons l’habitude de gérer de pareils cas. Rappelez-vous de l’époque d’Ébola. L’Hôpital central avait également été sollicité à cet effet et notre personnel avait déjà été formé pour faire face à ce type de problème. Ils ont à nouveau été formés afin qu’ils soient à la page. Ce qui fait qu’aujourd’hui, nous avons une équipe qualifiée », poursuit le directeur de l’Hôpital central » (CT, mardi 12 mars 2020). En citant le directeur de cet hôpital, le journal légitimise ses propos et crédibilise les informations dont les sources sont connues et institutionnelles.

Le journal donne la parole à plusieurs expert·e·s dont les propos sont repris dans l’article sous forme d’extrait ou dans le cadre d’une interview intégralement retranscrite. Le but pour la presse quotidienne est de mettre de la distance entre ces propos et ceux de l’expert·e, mais aussi, de mettre de la distance tout en faisant de la différence entre les dires du ou de la journaliste et ceux des expert·e·s qui parlent d’un sujet avec autorité. On assiste ainsi à une véritable mise en scène du caractère pluriel du texte qui est inscrit dans la matérialité du journal tout au long de la rédaction du récit. L’écriture commune de l’actualité apparait également quand il s’agit de rendre compte de la crise sur la base des dires d’une institution internationale comme l’OMS. Les journalistes s’appuient dans ce cas sur des voix autorisées, des expertises avérées pour rendre compte de l’actualité. Dans un univers où toutes les prises de parole peuvent être partagées et considérées comme vraies, la presse quotidienne peut se positionner comme le lieu où la parole est vérifiée et crédible. Elle peut être utilisée comme preuve ou justificatif. C’est dans ce sens que les extraits des acteurs et actrices de la communauté nationale et internationale sont repris par les journaux sélectionnés pour justifier, démontrer et expliquer des situations concrètes. D’ailleurs les journaux prennent pour sources les discours des organisations internationales et nationales pour soutenir leurs dires, pour expliquer les faits et pour rendre compte de l’actualité. Le ministre de la Santé publique sera cité dans un désir de rassurer les populations après la confirmation du premier cas de contamination au COVID-19 dans le pays : « S’agissant de la dame, elle a été en contact étroit avec le premier cas. Nos équipes ont retracé le parcours des deux personnes touchées et nous avons pu identifier 149 personnes du côté du citoyen français et 30 contacts du côté de la dame. Nos équipes sont à pied d’œuvre depuis hier [vendredi, Ndlr] pour suivre ces personnes », va-t-il indiquer » (CT, 20 mars 2020).

La pandémie à COVID-19 impliquait aussi bien le monde de la santé, le monde politique et le monde scientifique. Les autorités sanitaires se situent dans l’intersection de ces mondes différents où les paroles des un·e·s et des autres n’ont bien évidemment pas le même poids (Moirand, 2007). La presse aura donc à cœur de clarifier, d’expliquer et de justifier les discours afin que des confusions ne soient pas faites par le lectorat : « Durant le weekend, 20 cas ont été testés positifs. L’annonce a été faite par le ministre de la Santé publique » (CT, 23 mars 2020), « ‘‘L’épidémie va grimper dans les jours à venir et il faut qu’on la regarde avec réalisme et que ce n’est pas une vue de l’esprit’’, a souligné Dr Georges Alain Etoundi Mballa, directeur de la maladie et coordonnateur du Centre des opérations d’urgence de santé publique » (CT, 23 mars 2020).

Plusieurs interviews sont faites afin de permettre aux spécialistes de s’exprimer sur la question et de donner l’information vraie et crédible :

L’OMS indique d’autres signes chez certains patients. Il s’agit de douleurs articulaires, de congestion nasale, d’écoulement nasal, des maux de gorge ou de diarrhée. Ces symptômes sont généralement bénins et apparaissent de manière progressive. Certaines personnes, bien qu’infectées, ne présentent aucun symptôme et se sentent bien. La plupart (environ 80 %) des personnes guérissent sans avoir besoin de traitement particulier », indique l’OMS (CT, 20 mars 2020).

L’analyse montre que le rédacteur ou la rédactrice fait porter des affirmations par une autorité relevant de la communauté langagière nationale ou internationale afin de crédibiliser son texte. La qualité de la source permet au journaliste de donner du sens à ses écrits. C’est une voix autorisée et crédible qui de ce fait crédibilise le texte du quotidien.

Conclusion

Le traitement médiatique de la crise à Coronavirus laisse entrevoir des résonances diverses en fonction des quotidiens, de leur identité et des différentes visées qui motivent leurs approches. On note que les médias se mettent en ordre de bataille avec le gouvernement et rendent compte des actions gouvernementales ce qui donne une résonance médiatique dont le but est de présenter les efforts de l’État face à une pandémie annoncée comme pouvant décimer toute l’Afrique. D’un autre côté, les quotidiens privés ont une approche plus informationnelle de la pandémie et une tendance à diffuser une information brute, sans « habillage » qui peut avoir des résonances médiatiques tendant à la dramatisation. En tout état de cause, la COVID-19 a été médiatisée par la presse quotidienne sur la base des faits observés, des données reçues des organisations nationales et internationales et en donnant la parole aux différentes communautés pouvant crédibiliser les informations diffusées.

Références bibliographiques

Champagne, P. (1991). La construction médiatique des « malaises sociaux ». Actes de la recherche en sciences sociales, 90, 64–76. https://doi.org/10.3406/arss.1991.2997

Champagne, P. (1999). La médiatisation des risques et l’espace public. Actes de la 13e séance du Programme Risques collectifs et situations de crise. Paris : CNRS.

Charaudeau, P. (2011). Les médias et l’information. L’impossible transparence du discours. Bruxelles : De Boeck.

Lazar, J. (2001). Les médias dans la construction de la réalité. L’apport de la théorie de la cultivation. Communication, 20(2), 66–84.

Jamet, C., & Jannet, A.-M. (1999). La mise en scène de l’information. Paris/Montréal : L’Harmattan.

Esquenazi, J.-P. (2014). L’écriture de l’actualité. Paris : Presses universitaires de France.

Champagne, P. (1991). Le traitement médiatique des malaises sociaux. Les cahiers du journalisme, 2, 8-14.

Charaudeau, P. (1997). Le discours d’information médiatique. La construction du miroir social. Paris : Nathan-INA.

Moirand, S. (2007). Les discours de la presse quotidienne. Observer, analyser, comprendre. Paris : Presses universitaires de France.

Muhlmann, G. (2004). Du journalisme en démocratie. Paris : Payot

Sources

  • Antonio Guterres : avec le coronavirus, « on risque des millions de morts en Afrique  » – L’Entretien – France 24, 27 mars 2020
  • Cameroon Tribune, une du 2 mars 2020
  • Cameroon Tribune, 2 mars 2020
  • Cameroon Tribune, 3 mars 2020
  • Cameroon Tribune, 10 mars 2020
  • Cameroon Tribune, 12 mars 2020
  • Cameroon Tribune, 17 mars 2020
  • Cameroon Tribune, une du 18 mars 2020
  • Cameroon Tribune, une du 19 mars 2020
  • Cameroon Tribune, 20 mars 2020
  • Cameroon Tribune, une du 23 mars 2020
  • Cameroon Tribune, 23 mars 2020
  • Cameroon Tribune, une du 27 mars 2020
  • Cameroon Tribune, une du 25 mars 2020
  • Le Jour, 8 avril 2020
  • Le Jour, 14 avril 2020
  • La Nouvelle, 6 avril 2020
  • La Nouvelle, 31 mars 2020
  • La Nouvelle Expression, 30 mars 2020
  • Mutations, 3 mars 2020
  • Mutations, 13 mars 2020
  • Mutations, 18 mars 2020
  • Mutations, 19 mars 2020
  • Mutations, 24 mars 2020
  • Mutations, 29 mars 2020
  • Mutations, 30 mars 2020

  1. Lors d’une interview faite le 27 mars 2020 à France 24 et Radio France Internationale (RFI), le SG de l’ONU alertait la communauté internationale sur les risques de transfert et de propagation rapide de la pandémie en Afrique si rien n’était fait pour limiter les risques. Cette prise de parole avait suscité de nombre réactions en Afrique
  2. Cameroon Tribune a pour ligne éditoriale de rendre compte de l’action gouvernementale.
  3. Il avait été annoncé dans les réseaux sociaux que le coronavirus pouvait être soigné par la chloroquine. La ruée vers les pharmacies pour s’en procurer était la conséquence de ces informations diffusées. Cameroon Tribune se donne donc une mission d’éducation face à ces fausses informations qui sont diffusées.

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Perspectives africaines sur la pandémie de COVID-19 Droit d'auteur © par Esther Olembe, Thomas Hervé Mboa Nkoudou, Gilbert Willy Tio Babena et Lydiane Tsayem est sous licence License Creative Commons Attribution - Partage dans les mêmes conditions 4.0 International, sauf indication contraire.