Photographie dans la presse quotidienne nationale et mise en récit de la pandémie de COVID-19 au Cameroun : analyse du cas spécifique de Cameroon Tribune
Joséphine Nicole ABOMO ESSOMBA
Le 11 mars 2020, au cours d’une conférence de presse à Genève, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, qualifie l’épidémie due au coronavirus de pandémie. Alors que de nombreux pays sont secoués par la vitesse exponentielle des contaminations, elle atteint naturellement le Cameroun au mois de mars. Les deux premiers cas de contamination au coronavirus sont officiellement annoncés le 7 mars 2020 au cours d’une conférence de presse gouvernementale, de même qu’est annoncée la stratégie gouvernementale dont l’objectif est de limiter sa propagation sur le sol camerounais. Surgie de manière imprévisible, la pandémie de COVID-19 est un bouleversement de l’ordre des choses (Arquembourg, 2006) et, par sa capacité de désordre, elle va distribuer un avant et un après. Cameroon Tribune, quotidien national bilingue, va s’inscrire dans la logique de mise en récit de cette crise sanitaire au rythme de l’évolution des contaminations, avec leur lot de décès et de mises en quarantaine. Dans ses pages, les photographies, avec leurs légendes, vont s’associer aux articles pour montrer et dire cette pandémie. Les éléments saillants de cette actualité sanitaire sont alors le processus de l’action (« quoi? »), les acteurs qui y sont impliqués (« qui? »), le contexte spatio-temporel dans lequel l’action se déroule ou s’est déroulée (« où? » et « quand? ») (Charaudeau, 2011). Pierres angulaires des récits produits, les acteurs sont considérés comme des personnages médiatiques au sens de Devresse (2011, p. 74), c’est-à-dire « tout protagoniste du récit tel qu’il est médiatiquement construit, caractérisé et mis en jeu; qu’il soit politique, professionnel, expert, témoin, simple citoyen ou autre porte-parole ». Ainsi, pour raconter la pandémie de COVID-19, le quotidien gouvernemental va faire le choix de mettre en récit de nombreux acteurs : les membres du gouvernement, les parlementaires, les membres du corps diplomatique, les acteurs des différents niveaux d’enseignement, les acteurs de la société civile, les citoyens ordinaires, etc. Parmi ceux qui ont été montrés dans les photographies, certains sont identifiés par leurs caractérisations, à savoir les noms et la qualité, les actions menées et les espaces ayant servi de cadre à ces actions alors que d’autres vont rester dans l’anonymat.
La question qui émerge de cette asymétrie d’identification et sur laquelle s’adosse le présent article est la suivante : de quelle manière les photographies ont-elles participé à la mise en récit des caractérisations des acteurs choisis par Cameroon Tribune pour raconter la pandémie de COVID-19? En posant que ces acteurs sont mis en récit dans des articles accompagnés d’au moins une photographie, l’hypothèse posée est la suivante : la photographie prend part à la mise en récit des caractérisations des acteurs choisis par Cameroon Tribune pour raconter la pandémie de COVID-19 dans une complémentarité entre son contenu, sa légende et l’article, avec un apport variable de ladite légende. Les noms et la qualité des acteurs, les actions menées et les espaces investis y sont dits dans les éléments que sont la titraille, le chapeau et le corps de l’article. Ils sont montrés à travers le contenu photographique grâce à des outils tels que la posture des acteurs, le motif vêtement, les indicateurs spatiaux et temporels, le texte incorporé dans l’image, etc. Ainsi, la complémentarité relève de la mise en commun de deux dispositions : ce que disent la légende et l’article sur les acteurs et ce que le contenu photographique montre de ces derniers. Ce qui permet l’identification des acteurs montrés, de leurs actions et des espaces occupés.
En tenant compte des considérations de Charaudeau (2011), les photographies, leurs légendes et les articles dans lesquels elles sont intégrées participent à la construction médiatique de la pandémie de COVID-19, à partir des opérateurs tels que le potentiel d’« actualité », de « socialité » et d’» imprévisibilité ». Les récits de presse obtenus sont alors saisis comme des objets journalistiques construits dans le cadre d’un projet éditorial, en l’occurrence Cameroon Tribune. Ces considérations justifient le choix porté sur la narratologie comme support théorique de cette étude. Définie comme « la théorie du récit » (Adam, 1999), la narratologie va également appliquer l’analyse narrative aux récits présents dans les médias. L’hypothèse posée par Lits (2011, p. 26) est que « le pôle médiatique est au cœur du système social et que ce pôle est essentiellement construit selon une logique narrative, dans sa production comme dans sa réception ». Ce qui nous mène de la narratologie classique à la narratologie médiatique, avec la notion de récit médiatique comme dispositif central. Une notion définie comme « un ensemble composite, formé par la mise en commun de diverses productions médiatiques, dans des logiques de composition différenciées pour chaque utilisateur » (Lits, 1997, p. 7). Ainsi, le corpus de récits médiatiques mobilisés a été soumis à une analyse narratologique. Concrètement, il est question de vingt-quatre photographies qui accompagnent autant d’articles de presse. Ces articles rapportent trois événements majeurs de la pandémie de COVID-19 dans les pages de Cameroon Tribune entre mars et juin 2020.
Cadre méthodologique
Roselyne Ringoot inscrit l’événement au cœur des pratiques journalistiques et de la dimension éditoriale. Ainsi, « le journal contribue à le « construire » en attribuant une valeur particulière à certaines informations retenues selon sa périodicité » (Ringoot, 2014, p. 59). Il est alors question de l’événement « construit » en récit médiatique dans les pages de la presse quotidienne nationale. Dans cette section, sont mis en relief les éléments de l’analyse narratologique appliquée aux matériaux collectés à partir d’une recherche documentaire dans les éditions du quotidien gouvernemental publiées entre mars et juin 2020.
La méthode de l’analyse
L’analyse narratologique adoptée va s’intéresser aux éléments constitutifs des récits proposés par Cameroon Tribune sur la pandémie de COVID-19. Une mise en récit qui « implique de ‘‘faire entrer’’ une série d’acteurs, d’actions, d’objets, de circonstances, dans une narration structurée capable de restituer dans toute sa richesse la constellation des actions, des faits, des acteurs et des prises de position » (Voirol, 2010, p. 51). Baroni (2017) estime qu’un récit qui représente l’action avec clarté et complétude permet au lecteur de trouver des réponses aux questions relatives aux points suivants : le cadre qui concerne le moment et le lieu du déroulement de l’action; l’agent qui renvoie à celui qui agit, le rôle du personnage dans l’histoire, ses relations avec les autres personnages; l’opération qui se rapporte à ce que fait l’agent, son intention, le but visé par son action, les mobiles et les motifs de cette action; les accessoires qui sont les moyens mis en œuvre, les accessoires requis ou compatibles avec la réalisation de l’action. Charaudeau (2011) va poser que la narrativisation des faits doit assurer la description des éléments suivants : le processus de l’action (« quoi? »), les acteurs qui y sont impliqués (« qui? »), le contexte spatio-temporel dans lequel l’action se déroule ou s’est déroulée (« où? » et « quand? »). Pour Lits (2008, p. 113), « raconter, c’est […] donner à voir des personnages, qu’ils soient réels ou fictionnels » car, ce sont eux qui portent les actions et suscitent l’intérêt du lecteur. En cela, ils sont les éléments les plus importants dans la mise en récit des événements et donnent du sens aux actions. Reuter (2009) va mesurer leur importance aux effets de leur absence. Et Lits (2008, p. 138) d’ajouter qu’« il ne lui suffit pas d’être, il doit agir et s’exprimer, entrer dans un rôle et communiquer avec les autres ». Dès lors, les caractérisations des personnages retenues dans cette étude sont le nom et la qualité, les actions menées et les espaces dans lesquels se déroulent ces actions. Tout au long de notre analyse, nous adopterons le terme acteurs en lieu et place de personnages.
En prenant en compte les acteurs de la pandémie de COVID-19 mis en récit dans les pages de Cameroon Tribune, il s’agira d’étudier les caractérisations montrées par le contenu photographique en relation avec la légende et l’article. Ce qui met en visibilité les trois pôles : le contenu photographique, la légende et l’article.
Le contenu photographique
Dans la mise en récit de l’événement avec la photographie, il est question de voir ce qu’elle montre. Pour cela, elle doit être visible, c’est-à-dire accessible, facilement repérable et aussi attractive que possible. Cette visibilité s’actualise dans la combinaison des éléments de mise en page des images et de leurs composantes plastiques à l’instar du cadre, du cadrage, de la taille, de la couleur et de la netteté (Joly, 1993 et 1994). Ainsi, les acteurs, leurs actions et les espaces, visibilisés, sont susceptibles d’être reconnus. Afin d’assurer leur identification, les outils du contenu photographique sont mis à contribution, en relation avec ce que disent la légende et l’article. Ces outils ont une capacité identificatoire variable. Ceux dont la fréquence d’apparition est la plus élevée dans les images du corpus de cet article sont : la posture des acteurs, leur grande exposition médiatique c’est-à-dire une présence régulière dans les médias, le rapport avec la photographie illustrant leur réaction dans le journal, les textes incorporés dans les images. Ces textes ne sont pas toujours présents, car ils ne sont pas une donnée fondamentale de la qualité d’une photographie de presse. Toutefois, dans certaines situations, ils peuvent devenir centraux par ce qu’ils expriment.
La légende de la photographie
La légende est le texte qui est le plus proche de la photographie dans une page de journal. Elle a pour but de restreindre les interprétations et lectures possibles de la photographie de presse (Lavoie, 2008). À cet effet, elle assume plusieurs fonctions. En reprenant Whiting J.R. dans un ouvrage publié en 1946, Lavoie (2008) évoque quatre fonctions : fournir des informations relatives à l’image; orienter le regard du lecteur vers les éléments les plus significatifs de l’image; favoriser les interactions parmi les images d’une série; mettre en valeur l’information visuelle et la lier à l’ensemble des composantes du reportage (autres textes et images). Ainsi, la légende n’offre pas seulement une voie d’accès au contenu de la photographie, elle guide le lecteur dans l’interprétation de ce contenu, mettant certains éléments en valeur et évitant d’autres.
L’article accueillant la photographie et sa légende
Produit de base du journaliste (Martin-Lagardette, 2000), l’article est considéré comme la troisième unité rédactionnelle du journal, après la page et la rubrique. Il est le lieu de développement des événements qui sont rapportés et expliqués selon les techniques professionnelles de l’écriture journalistique et dont « le principal souci est de rendre compréhensible, rapidement et par le plus grand nombre, le sens d’une information, en faisant ressortir l’essentiel immédiatement » (Nta à Bitang, 2021, p. 117). Cette écriture va dire l’acteur, expliquer l’action, donner les noms du lieu investi par ce dernier et déterminer la temporalité de cette action. Ces caractérisations, qui définissent l’acteur comme un être de papier (Lits, 2008), sont dites afin qu’on puisse lui attribuer une identité. Il va également s’affirmer par des paroles rapportées dans le corps de l’article ou sous la forme de réaction, d’interview, de déclaration, etc. Les trois niveaux de lecture de l’article sont la titraille, le chapeau et le corps de l’article (Jamet et Jannet, 1999). La titraille est composée d’un ensemble d’éléments : le titre de la rubrique, le surtitre, le titre, le sous-titre ou accroche et les intertitres. Placé entre le titre et le début de l’article, le chapeau est considéré comme une introduction au texte résumant l’essentiel de l’information. Le corps de l’article détaille les éléments qui informent le lecteur sur l’actualité en question, dans une relation collaborative avec la photographie qui l’accompagne.
Le corpus d’analyse : les événements de la pandémie de COVID-19 survenus entre mars et juin 2020
Le 07 mars 2020, au cours d’une conférence de presse à Yaoundé, capitale du Cameroun, deux cas de contamination sont annoncés officiellement, ainsi que la présentation de la stratégie de lutte contre la propagation de la pandémie à la presse nationale et internationale. Une situation qui va imposer l’application des « mesures barrières » édictées par l’OMS. Trois événements survenus entre cette conférence de presse et le 1er juin 2020 ont été retenus. Considérée comme une étape capitale (Joly, 1993), leur description est faite dans cette section.
Les raisons du choix de Cameroon Tribune
Cameroon Tribune (CT) est le quotidien national bilingue d’informations générales à capitaux publics. Publié pour la première fois le 1er juillet 1974, sa ligne éditoriale est de soutenir l’action gouvernementale dans l’optique d’améliorer le bien-être des populations. C’est dans ce cadre que son implication dans la production et la diffusion de l’information relative à la pandémie de COVID-19 a été importante. En effet, alors que le Cameroun était encore épargné, les faits relatifs à cette épidémie, devenue pandémie le 11 mars 2020, étaient traités dans ses pages dans la rubrique circonstancielle « Spécial ». À la fin du mois de mars 2020, est créée la rubrique « Spécial. Riposte contre le Covid-19 ». Dès lors, cette rubrique devenue permanente, est un espace quotidien dans lequel sont traités les différents événements relatifs à la stratégie de lutte contre la pandémie, les actions des acteurs institutionnels, des hommes politiques, des administrations, de la société civile, des organisations internationales, des chancelleries étrangères, etc.
Événement 1 : conférence de presse conjointe des ministres de la Communication (Mincom), de la Santé publique (Minsanté) et de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (Minepia)
En mars 2020, alors que les contaminations au nouveau coronavirus se multiplient dans le monde entier et que les morts sont comptés par milliers et les mises en quarantaine de plusieurs personnes, deux cas de coronavirus sont annoncés sur le territoire camerounais. Il s’agit d’un Français d’origine camerounaise de 58 ans et d’une Camerounaise de 30 ans. Des cas qui sont confirmés le 07 mars 2020 au cours de la conférence de presse à Yaoundé regroupant les ministres René Emmanuel Sadi (Mincom), Malachie Manaouda (Minsanté) et Dr. Taïga (Minepia). Le plan de riposte gouvernemental contre la pandémie de COVID-19 est présenté à la même occasion.
Événement 2 : premier jour d’application des mesures gouvernementales de lutte contre la propagation de la pandémie de COVID-19 au Cameroun
Alors que dix cas de contaminations de coronavirus sont enregistrés au Cameroun, le dispositif de riposte pour limiter la propagation du virus va être renforcé. Le 17 mars 2020, le Premier ministre, chef du gouvernement Joseph Dion Ngute annonce treize mesures applicables sur tout le territoire national dès le 18 mars 2020. Parmi celles-ci, on peut citer : la fermeture des établissements scolaires et universitaires, des centres de formation professionnelle, des frontières nationales, la régulation des flux de consommateurs dans les marchés et les centres commerciaux, la suspension des surcharges dans les transports publics, l’observance stricte des règles d’hygiène recommandées par l’OMS, la réquisition des hôtels et autres lieux d’hébergement. L’événement 2 concerne alors le premier jour de la mise en œuvre de ces mesures.
Événement 3 : premier jour de reprise des cours après plus de deux mois d’interruption à cause de la pandémie de COVID-19
Dans une déclaration du 29 mai 2020, le Premier ministre Joseph Dion Ngute annonce la reprise des cours dans tous les ordres d’enseignement, ainsi que dans les grandes écoles et les centres de formation professionnelle pour le 1er juin 2020, sur l’ensemble du territoire national. Une reprise qui concerne prioritairement les élèves des classes d’examen de l’enseignement primaire et secondaire alors que les autres ordres d’enseignement obéissent à un timing cadré. Ce troisième événement concerne le premier jour de la reprise des cours dans un contexte de lutte contre la pandémie de COVID-19. À cette reprise s’est greffée la visite des autorités dans les établissements à l’effet de s’assurer de son effectivité.
Les formules de mise en récit des trois événements dans les pages intérieures de Cameroon Tribune
Les photographies retenues sont celles qui ont été publiées dans les pages intérieures de Cameroon Tribune. Certains événements y sont mis en récit dans un seul article avec une image alors que d’autres sont narrés à travers plusieurs articles avec autant de photographies. Le tableau ci-après présente les formules de mise en récit des trois événements retenus.
| Événement 1 | Conférence de presse conjointe Mincom, Minsanté et Minepia |
| Édition de CT | CT no 12049 de lundi 09 mars 2020 |
| Nombre d’articles | 2 articles (pp.16-17) |
| Nombre de photos | 2 |
| Événement 2 | Premier jour de mise en œuvre des mesures gouvernementales de lutte contre la propagation de la pandémie de COVID-19 au Cameroun |
| Édition de CT | CT no 12057 de jeudi 19 mars 2020 |
| Nombre d’articles | 12 articles (pp. 3-9) |
| Nombre de photos | 12 |
| Événement 3 | Premier jour de reprise des cours après plus de deux mois d’interruption à cause de la pandémie de COVID-19 |
| Édition de CT | CT No 12105 de mardi 02 juin 2020 |
| Nombre d’articles | 10 articles (pp.3-9) |
| Nombre de photos | 10 |
Les acteurs, les actions et les espaces montrés et identifiés
Cette articulation analyse les caractérisations des acteurs mis en récit, à savoir le nom et la qualité, les actions et les espaces occupés. Elle met en lumière les relations entre ce qui est montré dans les photographies et ce qui est dit par les légendes et les articles.
Les acteurs montrés et identifiés
Pour les trois événements du corpus, 111 acteurs ont été cités dans les récits des pages intérieures de Cameroon Tribune. Certains ont été nommés, devenant alors visibles. D’autres par contre, sont restés dans l’anonymat. Parmi les acteurs nommés, quelques-uns ont été montrés dans les photographies. Ces trois catégories d’acteurs sont présentées dans le tableau ci-dessous.
| Événements | Acteurs cités dans les articles | Acteurs nommés dans les articles | Acteurs montrés dans les photos et identifiés par leurs nom et qualité |
| Événement 1 | 7 | 3 | 3 |
| Événement 2 | 49 | 24 | 4 |
| Événement 3 | 55 | 29 | 6 |
| Total | 111 | 56 | 13 |
Cinquante-six acteurs ont été nommés dans les articles. Parmi ceux qui sont montrés dans les photographies, treize seulement sont identifiés par leurs nom et qualité grâce aux outils du contenu photographique, à la légende et à l’article. La synthèse des modalités de cette identification est présentée dans les tableaux ci-après :
| Acteurs identifiés dans les photos | La manière dont ils sont identifiés |
| René Emmanuel Sadi, Mincom | Sa posture dans la photo et sa grande exposition médiatique. |
| Malachie Manaouda, Minsanté | Le texte incorporé dans la photo et sa grande exposition médiatique. |
| Dr. Taïga, Minepia | Le texte incorporé dans la photo et sa grande exposition médiatique. |
| Acteurs identifiés dans les photos | La manière dont ils sont identifiés |
| Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce (Mincommerce) | La relation entre sa posture et le corps de l’article; sa grande exposition médiatique. |
| Kidaldi Taguiéké Boukar, gouverneur de la Région de l’Adamaoua | La relation entre sa posture et le chapeau de l’article; sa grande exposition médiatique. |
| Antoine Bisaga, préfet du département de l’Océan | La légende précise sa position dans la photo. |
| Bernard Okalia Bilai, gouverneur de la Région du Sud-Ouest | La légende décrit l’action montrée. |
| Acteurs identifiés dans les photos | La manière dont ils sont identifiés |
| Jacques Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur (Minesup) | Sa relation avec la photo de sa réaction et sa grande exposition médiatique. |
| Adolphe Minkoa She, recteur de l’Université de Yaoundé II (UYII) | La relation entre sa posture et le corps de l’article; sa grande exposition médiatique. |
| Nalova Lyonga, ministre des Enseignements secondaires (Minesec) | Sa relation avec la photo de sa réaction et sa grande exposition médiatique. |
| Asheri Kilo, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation de base (Minedub) | Sa posture dans la photo et sa grande exposition médiatique. |
| Jacqueline Ze Minkande, doyenne de la Faculté de médecine et de sciences biomédicales (FMSB) | Sa relation avec la photo de sa réaction. |
| Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, Gouverneur de la Région du Littoral | La relation entre sa posture et la légende de la photo. |
Les actions montrées en relation avec les actions rapportées dans les articles
Les actions des acteurs des trois événements ont été rapportées dans les articles et montrées dans les photographies. Dans les tableaux qui suivent, nous mettons en relation ces actions avec celles qui sont montrées dans chacun des trois événements du corpus.
| Action rapportée dans les textes | Action montrée dans les photos |
| Conférence de presse du Mincom, Minsanté et Minépia à Yaoundé | Les trois ministres en conférence de presse
|
| Action rapportée dans les textes | Action montrée dans les photos |
| Mobilisation générale contre la pandémie de COVID-19 | Une femme debout dans un rang reçoit dans une main un produit désinfectant. |
| Fermeture des établissements scolaires | Le complexe scolaire de Melen de Yaoundé fermé. Sur son portail, on peut lire cette inscription : « Écoles fermées jusqu’à nouvel ordre ». |
| Confinement des passagers, en provenance d’Europe, à l’aéroport international de Douala | Des personnages en train de monter dans des cars de transport. |
| Application des mesures gouvernementales dans les administrations | Une femme anonyme colle sur un mur du ministère des Travaux publics, des affiches appelant à la désinfection des mains. |
| Réquisition des hôtels à Yaoundé pour les passagers en provenance d’Europe | L’entrée d’un hôtel anonyme gardée par cinq policiers assis. D’autres personnes sont visibles. |
| Le Mincommerce Luc Magloire Mbarga Atangana en réunion avec les maires des communes d’arrondissement de Yaoundé. | Luc Magloire Mbarga Atangana assis dans une salle avec plusieurs personnes de part et d’autre d’une longue table ovale. |
| Application de la mesure relative à l’interdiction de la surcharge dans les transports publics | Un taxi avec deux passagers assis à l’avant. |
| Application des mesures gouvernementales dans l’Adamaoua | Le gouverneur Kidaldi Taguiéké Boukar, au milieu d’un groupe de personnages, tous debout à l’extérieur, dans un lieu anonyme. |
| Application des mesures gouvernementales à Garoua | Un bâtiment avec sur son portail cette inscription : « Programme national de lutte contre la tuberculose ». Trois affiches d’information sur l’infection au coronavirus sont collées sur ce portail. |
| Réunion sur l’application des mesures gouvernementales à Kribi | Une réunion présidée par le préfet Antoine Bisaga. |
| Réunion sur l’application des mesures gouvernementales au Sud-Ouest | Une réunion présidée par le gouverneur Okalia Bilai. |
| Application des mesures gouvernementales dans l’Extrême-Nord | Une rue de Maroua peu fréquentée. |
| Action rapportée dans les textes | Action montrée dans les photos |
| Reprise des cours au Cameroun dans le respect des mesures barrières. | Les élèves du secondaire, debout, dans une salle de classe. Port de masque et distanciation physique. |
| Reprise des cours dans l’enseignement supérieur et visite du Minesup dans les campus du Mfoundi et de la Mefou-et-Afamba. | Le Minesup Jacques Fame Ndongo et le recteur de l’UYII, Adolphe Minkoa She, dans un amphithéâtre rempli d’étudiants. Port de masque et distanciation physique. |
| Reprise des cours dans l’enseignement secondaire et visite du Minesec dans les établissements scolaires du Mfoundi. | Nalova Lyonga, accompagnée de nombreuses personnes, est dans une classe du secondaire. Les élèves sont assis. Port de masque et distanciation physique. |
| Reprise des cours dans l’enseignement primaire et visite du secrétaire d’État Asheri Kilo, à l’École publique anglophone d’Etoug-Ebe. | Asheri Kilo s’adresse aux élèves assis dans une classe de l’École publique anglophone d’Etoug-Ebe. Port de masque et distanciation physique. |
| Reprise des cours à la FMSB.
|
Dans un amphithéâtre, Jacqueline Ze Minkande s’adresse aux étudiants assis. Port de masque et distanciation physique. |
| Reprise des cours dans l’Adamaoua et visite des autorités dans les établissements scolaires. | Les autorités et des élèves dans une classe du primaire. Port de masque et distanciation physique. |
| Reprise des cours à Buea et visite des autorités dans les établissements scolaires. | Les autorités et les élèves dans une classe du Government High School de Buea. Port de masque et distanciation physique. |
| Reprise des cours à l’Ouest et visite des autorités dans les établissements scolaires. | Les autorités et les élèves dans une classe du primaire. Port de masque et distanciation physique. |
| Reprise des cours dans le Littoral et visite du gouverneur dans les établissements scolaires de Douala. | Samuel Dieudonné Ivaha Diboua dans une classe du primaire. Port de masque et distanciation physique. |
| Reprise des cours au Sud et visite des autorités dans les établissements scolaires. | Les autorités dans une classe du primaire. Port de masque et distanciation physique. |
Les espaces montrés et identifiés
Plusieurs espaces ont servi de cadre au déploiement des actions rapportées dans les articles. Certains ont été nommés alors que d’autres sont restés dans l’anonymat. Il s’agit des lieux génériques tels que les hôpitaux, les établissements scolaires, les ministères, etc. Pour ceux qui ont été nommés, certains ont été montrés dans les photographies et identifiés dans la relation entre ces images, leurs légendes et les éléments des articles. Le tableau suivant visibilise la place de ces trois groupes d’espaces.
Ainsi, parmi les 76 espaces nommés dans les articles, seulement onze ont été identifiés dans les photographies. Une identification qui s’est faite à travers certaines modalités : le texte incorporé dans la photographie, la légende en relation avec l’article, les éléments de l’article, la posture de l’acteur principal, etc. Les tableaux ci-après précisent la modalité correspondant à chaque espace identifié dans la mise en image des événements 2 et 3. Le premier n’ayant pas d’espace identifié.Tableau 12. Les modalités d’identification des espaces montrés, événement 2 (1er jour d’application des mesures gouvernementales de lutte contre la pandémie de COVID-19)
| Événements | Espaces cités dans les articles | Espaces nommés dans les articles | Espaces identifiés dans les photographies |
| Événement 1 | 0 | 0 | 0 |
| Événement 2 | 50 | 37 | 7 |
| Événement 3 | 50 | 39 | 4 |
| Total | 100 | 76 | 11 |
| Espaces identifiés dans les photos | La manière dont ils sont identifiés |
| Complexe scolaire de Melen de Yaoundé | Le texte incorporé dans la photo : le nom de l’école inscrit sur la barrière. |
| Un lieu à proximité de l’aéroport international de Douala | La légende et le chapeau de l’article. |
| Un lieu situé au ministère des Travaux publics à l’Immeuble de l’Émergence | Le texte incorporé dans la photo : une affiche collée au mur portant la mention du ministère. |
| Salle de réunion du ministère du Commerce à Yaoundé | La posture de Luc Magloire Mbarga Atangana comme celui qui préside la réunion et le chapeau de l’article situent le lieu à Yaoundé. |
| Le siège du Comité national de lutte contre la tuberculose de Garoua | Le texte incorporé dans la photo : le nom du lieu est inscrit sur le portail. |
| La salle de réunion des Services du gouverneur du Sud-Ouest | La légende parle de réunion de crise présidée par Okalia Bilai et le corps de l’article annonce également cette réunion. |
| Une rue de Maroua | La ville est indiquée dans la légende. |
| Espaces identifiés dans les photos | La manière dont ils sont identifiés |
| Amphithéâtre 1000 de l’Université de Yaoundé II (UYII) | L’identification de Jacques Fame Ndongo et d’Adolphe Minkoa She. De plus, le nom du lieu est donné dans le corps de l’article. |
| Une salle de classe de l’École publique anglophone d’Etoug-Ebe | Identification d’Asheri Kilo et l’indication de l’école est donnée dans le chapeau. |
| Un amphithéâtre de la FMSB | Identification de Jacqueline Ze Minkande. |
| Salle de réunion du ministère du Commerce à Yaoundé | La posture de Luc Magloire Mbarga Atangana comme président de la réunion et le chapeau de l’article situent le lieu à Yaoundé. |
| Une salle de classe du G.H.S Buea Town | Le texte incorporé dans la photo : « G.H.S. » est inscrit sur un siège de la salle de classe. |
La photographie et les acteurs de la COVID-19 dans les pages de Cameroon Tribune : une identification contrastée des caractérisations, dans la complémentarité entre la photographie, sa légende et l’article
En tant qu’outil s’associant à la mise en récit des acteurs de la COVID-19 dans les pages de Cameroon Tribune, la photographie s’intègre dans ce dispositif de lisibilité (Charaudeau, 2011) qu’est la presse écrite. L’article, unité rédactionnelle retenue, est composé de trois niveaux de lecture auxquels s’ajoutent les photographies et leurs légendes. Des images dont l’ancrage à cette actualité détermine leur News Value. Traduite par Lavoie (2007) en termes de « valeur d’actualité », il s’agit d’une caractéristique qui se fonde en grande partie sur la relation entre la photographie et les textes, laquelle se tisse à deux niveaux : le premier étant la relation entre la photographie et sa légende et le second niveau représenté par l’ensemble constitué de la photographie, de sa légende, de la titraille, du chapeau et du corps de l’article. Dans le cas de la pandémie de COVID-19, le contenu photographique représente les éléments de cette actualité dont le sens sera stabilisé dans la relation avec les textes. Ces éléments interviennent à des degrés variables selon que l’on veut identifier les nom et qualité des acteurs montrés, les actions qu’ils mettent en œuvre ou encore les espaces dans lesquels ces actions ont eu lieu. Une identification qui se veut contrastée à cause du nombre peu élevé des acteurs concernés, de même que les espaces. À l’inverse, les actions montrées sont dans leur quasi-totalité, mises en relation avec les actions décrites dans les textes.Le nom et la qualité des acteurs identifiés dans un va-et-vient interprétatif entre la photographie, sa légende et l’article
Les acteurs sont présentés avec des attributs qui vont leur assurer une individualité. Avec le nom, ils vont accéder à la vie. Comme le dit Mekana (2021, p. 106), « le fait de nommer un personnage dans un récit est une façon de lui donner une identité, de le faire sortir de l’anonymat et de le rendre visible ». Les traits physiques des acteurs se rapportent à leur apparence et les traits psychologiques concernent les sentiments, les réflexions, les émotions, etc. Dans l’ensemble des cinquante-six acteurs sortis de l’anonymat dans les articles, certains ont été montrés dans les photographies et identifiés par leurs nom et qualité. D’autres font partie des groupes d’anonymes : les passagers du vol Air France arrivé à l’aéroport international de Douala, les maires de Yaoundé, les passagers d’un taxi, les étudiants dans les amphithéâtres, les élèves des enseignements secondaire et primaire, les personnages qui accompagnent le Minesup, le Minesec, les gouverneurs et le préfet de l’Océan. Un seul personnage féminin anonyme est montré dans son individualité.Ainsi, dans les vingt-quatre photographies analysées, treize acteurs ont été par leurs noms et qualité. Cette identification s’est faite à travers des va-et-vient interprétatifs entre le contenu photographique, la légende, la titraille (ou le titre), le chapeau et le corps de l’article. Pour le cas précis des légendes, elles ont donné peu d’informations à travers ces questions d’information élémentaires : qui, où et quand (Nevert, 2015). En ce qui concerne la question « qui » pour identifier le sujet de l’action montrée, une seule légende a apporté une réponse en indiquant le nom et la qualité de l’acteur. Il s’agit de la mise en récit de la réunion convoquée par le gouverneur pour l’application des mesures de lutte contre la pandémie de COVID-19 dans le Sud-Ouest : « The South West Crisis meeting chaired by governor Okalia Bilai » (CT no 12057 du 19 mars 2020, p. 9).
L’identification va s’opérer à travers les caractérisations données par les textes et les photographies des acteurs montrés : c’est la mise en commun du contenu photographique et des outils textuels. La posture des acteurs dans les photographies a été très sollicitée. Elle englobe à la fois leur attitude physique et vestimentaire. Une autre qualité des acteurs va être convoquée : leur rapport à l’actualité. Elle est révélatrice de leur présence dans les médias. Ce qui a ainsi facilité l’identification des ministres et des gouverneurs. Mais, avec le port du masque, il a fallu un autre élément : le rapport entre l’image de réaction et la présentation de l’acteur dans la photographie. C’est ainsi que l’identification des acteurs a été activée par des combinaisons telles que : légende/rapport à l’actualité; posture dans la photographie/corps de l’article/rapport à l’actualité; posture dans la photographie/chapeau/rapport à l’actualité; posture dans la photographie /relation avec la réaction/rapport à l’actualité.
Les actions montrées en relation avec les actions dites dans la complémentarité entre la photographie, sa légende et l’article
Les actions montrées sont reliées aux actions dites dans une complémentarité entre le contenu photographique, la légende et les éléments de l’article. Le chapeau, qui résume le contenu de l’article, vient en appui aux légendes en donnant des informations telles que les nom et qualité des acteurs, l’action concernée, la date et le lieu de cette action.
Les actions montrées reliées aux actions dites dans une complémentarité qui naît dans le contenu photographique et s’achève dans le corps de l’article
La complémentarité se construit à partir de l’action montrée et des textes incorporés, pour se poursuivre par la légende, la titraille et le chapeau, afin de s’achever dans le corps de l’article. Ce mouvement contribue à favoriser l’interprétation. Pour le récit sur la fermeture des établissements scolaires par exemple, l’action montrée est l’extérieur d’un établissement scolaire désert. Deux textes sont présents dans l’image : le nom de l’école inscrit sur la clôture (complexe scolaire de Melen) et l’annonce sur le portail (« Écoles fermées jusqu’à nouvel ordre »). Cette annonce est complétée par la légende qui explique la raison de cette fermeture : « C’est silence radio pour combattre la propagation du coronavirus » (CT no 12057 du 19 mars 2020, p. 4). Ces textes contextualisent l’action montrée qui se précise davantage dans la titraille. Sa date est stabilisée dans le chapeau : « fermeture effective depuis hier », c’est-à-dire le lundi 18 mars 2020. Un autre exemple est la reprise des cours à l’Ouest. L’action montrée est une classe de l’école primaire avec des élèves portant le masque et distants les uns des autres et un groupe de personnages dans lequel on reconnaît un maire par le port de son écharpe tricolore. La légende annonce la reprise effective de l’école : « L’école a effectivement repris » (CT no 12105 du 02 juin 2020, p.8). La titraille indique le lieu de la reprise (à l’Ouest) tandis que le chapeau précise la date de la reprise (hier).
Les actions montrées reliées aux actions dites dans une complémentarité fondée sur un apport décisif des légendes
Certaines actions montrées sont reliées aux actions dites par le biais des légendes. En effet, pour certaines photographies, les légendes décrivent de façon précise l’action montrée et font échos à la titraille et au chapeau qui fixe ladite action par l’indication de la date de sa survenue. C’est le cas de la mise en récit de la conférence de presse de confirmation des deux cas de contamination au coronavirus au Cameroun. Pour l’une des deux photographies utilisées à cet effet, la légende décrit son contenu en mentionnant la qualité des acteurs représentés (le Mincom, le Minsanté et le Minepia), l’action menée, leurs interlocuteurs et le contenu de leur communication : « Members of Government brief the press on the Coronavirus situation in Cameroon » (CT no 12049 du 09 mars 2020, p. 17). Un autre cas à relever est la photographie utilisée pour l’application des « mesures barrières » dans la région du Sud-Ouest. La légende décrit l’action montrée, une réunion présidée par le gouverneur de ladite région : « The South West Crisis meeting chaired by governor Okalia Bilai » (CT no 12057 du 19 mars 2020, p. 9). Sans pour autant décrire l’action montrée, d’autres légendes vont donner des indications sur les acteurs montrés, le lieu et la date. Ces indications singularisent leur relation avec l’action montrée. Pour la mise en application du dispositif de confinement des passagers arrivés à l’aéroport international de Douala, la photographie utilisée est accompagnée de la légende suivante : « Peu après l’arrivée des passagers du vol Air France ce 17 mars 2020 à Douala » (CT no 12057 du 19 mars 2020, p.4). L’action est mentionnée, de même que les acteurs, la date et le lieu. Les textes incorporés donnent également des indications qui confirment celles données par la légende. C’est le cas de la mise en récit des mesures barrières dans les administrations et les entreprises publiques camerounaises. La légende donne l’indication sur le lieu : les administrations. Celle-ci est précisée par le message que le personnage anonyme fixe sur le mur : il s’agit du ministère des Travaux publics. Avec ces légendes, l’action montrée est mise en relation avec l’action dite. Les explications supplémentaires sont fournies par la titraille et le chapeau qui, en plus, fixe le moment de l’action en précisant la date de sa survenue.
Les actions montrées reliées aux actions dites dans une complémentarité fondée sur un apport décisif du contenu photographique
Pour certaines photographies (cinq photographies sur les vingt-quatre analysées), leurs légendes n’ont pas de rapport spécifique avec l’action montrée et peuvent de ce fait être remplacées sans une incidence significative sur la relation entre l’action montrée et l’action dite. Une situation spécifique au troisième événement qui met en récit la reprise des classes après plus de deux mois d’interruption. Par la mise en récit du respect des mesures barrières telles que le port du masque et la distanciation physique, les actions montrées relatives à cet événement sont déjà inscrites dans un temps précis, celui de la lutte contre la pandémie du coronavirus. Ce qui traduit leur relation à l’actualité, à savoir la reprise des cours dans un contexte de mesures barrières contre la COVID-19. Par cette mise en contexte, le contenu photographique s’affranchit alors de l’apport de sa légende dans certaines situations. Pour cet événement mis en récit avec dix articles ayant chacun une photographie, les légendes basiques annoncent la reprise des cours : « Tout a démarré en toute sécurité sanitaire », « La reprise est effective », « Une reprise au rythme des mesures barrières contre le Covid-19 », « L’école a effectivement repris », « The doors of classrooms remain open welcome learners ». Des légendes qui n’ont pas de photographies fixes et qui sont explicitées par l’action montrée.
L’identification des espaces montrés : entre un apport important des textes incorporés dans les photos et un apport faible des légendes
Dans la communauté des vingt-quatre photographies analysées, onze espaces investis par les acteurs ont été identifiés. Ce qui représente moins de la moitié des lieux occupés par ces événements. Une identification qui s’est faite avec un apport amplifié des textes incorporés. Quelques combinaisons photo/textes ont été mises à contribution. À partir des textes inscrits sur un objet donné dans la photographie, quatre lieux montrés ont été identifiés : le complexe scolaire de Melen, un mur du ministère des Travaux publics, le siège du Comité national de lutte contre la tuberculose et la salle de classe du Government High School Buea Town (G.H.S.). Une seule légende a permis d’identifier un lieu, une rue de Maroua qui a contribué à la mise en récit de l’application des mesures barrières contre la COVID-19 dans la région de l’Extrême-Nord. Quelques acteurs identifiés ont facilité la reconnaissance des lieux qu’ils occupent : la présence du Pr. Jacqueline Ze Minkande qui permet d’identifier un amphithéâtre de la Faculté de médecine et de sciences biomédicales, l’identification d’Asheri Kilo qui permet de reconnaître une salle de classe de l’École publique anglophone d’Etoug-Ebe. Quelques combinaisons photo/texte ont été également mises à contribution : légende/chapeau; légende/corps de l’article; acteur identifié/chapeau; acteur identifié/corps de l’article.
La photographie et la mise en récit des acteurs de la COVID-19 dans les pages de Cameroon Tribune : un apport variable de la légende
Texte qui jouit de la plus grande proximité avec la photographie, la légende précise, oriente et encadre son sens en fonction des orientations éditoriales du journal. Son but est alors de « restreindre le spectre des interprétations et lectures possibles de l’image de presse » (Lavoie, 2008, en ligne). Ce qui fait de sa présence dans la presse quotidienne une nécessité qui inscrit le document iconographique dans un territoire interprétatif cadré. Aussi, la photographie et sa légende vont jouer un rôle décisif dans la construction du message photographique (Barthes, 1961). Une assertion assumée également par Keim en ces termes : « la communication transmise par un cliché sans légende demeure vague et imprécise; l’information ou le message sera reçu avec difficulté et les erreurs d’interprétation considérables » (1963, p. 43). Quelques-unes de ses fonctions sont déclinées par Martin-Lagardette (2000). Ainsi, la légende peut être informative en apportant ce que ne donne pas directement la photographie. Dans certaines situations, elle va se substituer au texte. Il sera alors question de la « photo-légende », c’est-à-dire une photographie de presse accompagnée seulement de la légende qui résume l’information et apporte d’autres éléments utiles pouvant densifier cette information. La légende peut, en d’autres occasions, faire plus qu’informer et fournir une interprétation à la photographie. Enfin, elle pourra être incitative, à l’exemple des titres chapeaux des articles.
Dans les pages de Cameroon Tribune, la légende va contribuer de façon variable à l’implication de la photographie dans la mise en récit des acteurs de la COVID-19. Pour les treize personnages montrés, identifiés par leurs nom et qualité, six légendes ont été impliquées. En ce qui concerne les vingt-trois actions montrées, une dizaine de légendes ont contribué de façon précise à leur mise en relation avec les actions rapportées par les éléments des articles textes. Enfin, en ce qui concerne les onze espaces identifiés dans les actions montrées, l’apport des légendes est plus faible, et ne concerne que trois images.
Les légendes et l’identification des noms et qualité des acteurs montrés : un apport faible
Un seul acteur a été identifié grâce à la légende. En effet, le nom et la qualité du gouverneur de la Région du Sud-Ouest ont été donnés par la légende descriptive de la photographie de l’application des mesures gouvernementales dans ladite région : « The South West Crisis meeting chaired by governor Okalia Bilai » (CT no 12057 du19 mars 2020, p. 9). Un autre acteur a été identifié de façon particulière par la légende : la désignation de sa position sur la photographie. On peut ainsi lire : « Le préfet de l’Océan (à droite) et son état-major pour appliquer les prescriptions du gouvernement » (CT no 12057 du19 mars 2020, p.8). Son nom est plutôt donné dans le corps de l’article. C’est une légende qui précise l’information absente sur la photographie (Martin-Lagardette, 2000). Enfin, pour quatre autres acteurs identifiés, leurs qualités sont fournies par les légendes tandis que leurs noms sont inscrits dans le corps de l’article.
Les légendes dans la mise en relation des actions montrées aux actions rapportées dans les articles : un apport moyen
Dans la mise en relation des actions montrées avec les actions rapportées par les articles, trois catégories de légendes ont été identifiées : celles qui sont contextualisées par le contenu photographique, celles qui contextualisent plutôt ce contenu et celles qui se trouvent dans une relation ambiguë avec la photographie. Les deux premières étant complémentaires avec leurs photographies, mais avec un apport plus ou moins important de l’une ou de l’autre dans la cohérence entre l’action montrée et l’action rapportée par l’article.
Dans la première catégorie, les légendes disent ou annoncent l’action montrée. C’est la traduction en mots de ce qui est montrée, la verbalisation du message visuel livré par la photographie (Joly, 1993). Certaines peuvent aller au-delà de cette description pour ouvrir la voie à l’interprétation de ce qui est montré. Il peut arriver que cette description, ou interprétation, concerne le fait rapporté par l’article, sans une connexion franche avec le contenu photographique. Ce qui donne lieu à des légendes interchangeables. C’est le cas de la moitié des légendes de l’événement 3 dont l’action majeure est la reprise des cours dans le contexte du respect des « mesures barrières » contre la pandémie de COVID-19. Une action mise en scène dans les établissements de Yaoundé, Ngaoundéré, Buéa, Douala, Bafoussam Ebolowa. La seconde action qui se greffe à celle-ci est la visite des autorités dans les établissements universitaires, secondaires et primaires pour s’assurer de l’effectivité de cette reprise. Cinq légendes des dix photographies de cet événement peuvent s’ajuster à n’importe quelle photographie de reprise de cours dans l’un ou l’autre ordre d’enseignement au Cameroun : « La reprise est effective », « La reprise au rythme des mesures barrières contre la Covid-19 », « L’école a effectivement repris ». Elles peuvent alors être une légende d’une photographie de reprise des cours à Douala ou ailleurs, dans le primaire, le secondaire ou le supérieur. Ces situations mettent en lumière des légendes qui sont contextualisées par les acteurs, les actions et les espaces montrés par la photographie, mais également par les textes qui y sont inscrits.
La deuxième catégorie des légendes rassemble celles qui vont au-delà de la description ou de l’interprétation de l’action montrée. Elles donnent des réponses à l’une au moins des questions : « Qui? », « Où?», « Quand?», « Pourquoi? » et si possible « Comment? ». ce qui leur donne la compétence d’ancrer le contenu photographique dans un territoire interprétatif cadré : elles situent le contexte de ce qui est montré en lui donnant du sens. Moins de la moitié des vingt-quatre légendes qui accompagnent les vingt-quatre photographies analysées rentrent dans cette catégorie : une légende sur deux pour l’événement 1, six légendes sur douze pour l’événement 2 et quatre légendes sur dix pour l’événement 3. Les indications données portent sur les acteurs qui mettent en œuvre les actions montrées, les lieux et les dates de ces actions. Cette légende de la photographie sur l’application du dispositif de confinement des passagers en provenance d’Europe est un cas unique de contextualisation de l’action montrée par les acteurs, la date et le lieu : « Peu après l’arrivée des passagers du vol Air France de ce 17 mars 2020 à Douala » (CT no 12057 du 19 mars 2020, p. 4).
Enfin, dans la dernière catégorie des légendes, trois cas ont été identifiés : la photographie qui s’émancipe de sa légende, la légende qui se comprend grâce à l’apport des autres textes et la légende qui n’a aucune relation avec sa photographie. Cette catégorie s’avère moins importante dans l’ensemble du corpus.
Les légendes et l’identification des espaces montrés : un apport faible
Parmi les espaces investis par les acteurs des trois événements, onze ont été identifiés. L’apport de la légende se limite à trois, traduisant une faible implication de ce texte. Pour la mise en récit de l’application des mesures gouvernementales de lutte contre la pandémie de COVID-19 dans l’Extrême-Nord, la légende de la photographie indique clairement le lieu montré : « Les rues pratiquement désertes à Maroua » (CT no 12057 du 19 mars 2020, p.9). Pour les deux autres cas, la légende s’associe au chapeau ou au corps de l’article pour prendre part à l’identification des espaces montrés.
Conclusion
Cet article a analysé, selon la méthode narratologique, les modalités de la participation de la photographie dans la mise en récit des acteurs mobilisés par Cameroon Tribune dans la narration de la pandémie. Le corpus constitué a rassemblé trois événements qui ont marqué l’évolution de cette pandémie au Cameroun : la conférence de presse d’annonce des deux premiers cas de contamination au coronavirus, le premier jour de l’application des mesures gouvernementales de lutte contre la propagation de la pandémie et le premier jour de la reprise des classes après une interruption de plus de deux semaines due à cette pandémie. Des événements qui ont été rapportés dans des récits de reconstitution associant les photographies, leurs légendes et les articles dont les éléments constitutifs sont la titraille (ou simplement le titre), le chapeau et le corps de l’article. Les photographies, par les outils de leur contenu, ont montré les acteurs et leurs caractérisations (le nom et la qualité), les actions et les espaces ayant servi de cadre à ces actions. Ainsi, la manière dont ces éléments ont été identifiés a permis de conclure que la participation de la photographie à la mise en récit des acteurs choisis par Cameroon Tribune pour raconter la pandémie de COVID-19 s’est faite dans une complémentarité entre son contenu, sa légende et l’article, avec un apport variable de la légende. Une variabilité qui se manifeste dans la faible implication des légendes dans l’identification des acteurs et des espaces occupés et une implication moyenne dans la cohérence entre les actions montrées et les actions rapportées dans les articles. Une variabilité qui suscite un questionnement quant à la place de la légende dans l’activité journalistique d’information par la photographie de presse et son apport à la construction du personnage (acteur) médiatique.
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